Bas-Rhin

Industrie

Lemaître Sécurité est secoué par la crise mais bien ancré sur sa base alsacienne

Par Julie Giorgi, le 21 octobre 2022

Lemaître Sécurité peut s’appuyer sur de solides bases malgré la conjugaison des crises subies par son industrie. Ce fabricant de chaussures de sécurité est bien ancré dans le sol alsacien avec une usine récente permettant de regrouper activités productives et logistiques au même endroit.

Le fabricant de chaussures de sécurité Lemaître Sécurité a implanté une nouvelle usine à Uberach en septembre 2020.
Le fabricant de chaussures de sécurité Lemaître Sécurité a implanté une nouvelle usine à Uberach en septembre 2020. — Photo : François Jimenez

"Il va falloir passer l’orage", avertit Cyril Bucher. Le dirigeant de Lemaître Sécurité, fabricant de chaussures de sécurité, est un peu inquiet face à l’année qui se profile. Car on ne parle plus d’une crise mais d’une conjugaison de crises : crise énergétique, hausse des coûts des matières premières, manque de main-d’œuvre… Alors qu’en 2022, la société, avec ses quatre filiales européennes (Allemagne, Belgique, Espagne, République tchèque) affiche un chiffre d’affaires d’environ 40 millions d’euros, pour 2023, Cyril Bucher envisage trois scénarios : une activité stable, en recul de 5 % ou de 35 %… Le pire scénario devrait être évité car l’entreprise possède quelques atouts pour affronter la tempête.

Depuis 2016, appuyée par le groupe indien Rahman Industries, auquel elle appartient depuis 2009, elle n’a eu de cesse d’investir en Alsace. D’abord dans un nouveau centre logistique à Uberach, à quelques kilomètres du siège social historique de la Walck, inauguré en 2017 (un investissement de 2 M€). Puis dans une nouvelle usine de production, opérationnelle depuis septembre 2020, située à la même adresse (un investissement de 4 M€). Ce nouveau site qui emploie 60 salariés, permet de réduire les coûts de transports, les ateliers de production et le hall logistique étant au même endroit. La nouvelle usine est également très performante au niveau énergétique. Les excédents thermiques des compresseurs sont en effet réinjectés dans un système double flux et redistribués dans l’atelier de finition, contribuant en hiver, à une grande partie du chauffage en complément du gaz naturel. Une chaleur conservée aussi grâce à la bonne étanchéité du bâtiment. L’entreprise veut aller encore plus loin en investissant dans des compresseurs plus économes en énergie. L’éclairage est assuré par des lampes LED basse consommation. "Nous avons presque divisé par deux notre consommation d’énergie avec ce nouveau bâtiment par rapport à l’ancien", assure le dirigeant. Des économies bienvenues en ces temps de flambée des prix du gaz et de l’électricité.

Un marché vers les pays nordiques

De plus, Lemaître Sécurité, qui exporte 40 % de son chiffre d’affaires dans plus de 80 pays, surtout en Allemagne, en Espagne et dans les pays de l’Est, a vu certains marchés s’arrêter net depuis la guerre en Ukraine. "Sur 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, les pays de l’Est représentaient 8 millions d’euros et la Russie et l’Ukraine entre 1,2 et 1,5 million d’euros", affirme Cyril Bucher. L’entreprise équipait entre autres, les ouvriers de l’industrie automobile dans ces deux pays. Désormais, le fabricant est davantage tourné vers les pays nordiques. Depuis trois ans, il a investi ce marché avec un produit haut de gamme équipé d’un système de laçage à molette et une semelle technique adaptée aux conditions climatiques difficiles. Il y a trois ans, Lemaître Sécurité avait également testé le marché japonais, mais sans succès. Idem pour le marché canadien, trop contraignant au niveau réglementaire. "Chaque marché a ses spécificités et ses propres normes au niveau des EPI (équipements de protection individuelle)", rappelle le dirigeant. Le bureau d’études basé à La Walck est chargé de créer les nouveaux modèles et les innovations. En 2023, la nouveauté est une gamme éco-conçue labellisée Lemaître Safety Green. Une gamme destinée au marché européen qui intègre au moins cinq composants recyclés.

Augmenter les salaires, malgré tout

Malgré la conjoncture actuelle compliquée, la PME alsacienne a augmenté les salaires. Chaque année, les salaires sont revalorisés suite aux négociations annuelles obligatoires avec les délégués du personnel. Mais pour 2023, l’augmentation sera plus importante que les années précédentes : entre 4,7 % (évolution du Smic constatée depuis le mois de mai) et 5,6 % (selon l'inflation constatée en France sur douze mois, à fin août par l’Insee). "L’inflation sera durable, estime Cyril Bucher. Je veux que chaque salarié ait de quoi remplir son frigo." Un choix assumé, qui se fera au détriment d’autres dépenses initialement prévues pour la communication, notamment la vidéo et les réseaux sociaux.

Le projet de déménager le siège de La Walch et le laboratoire d’essais, qui emploient 40 salariés, sur le site d’Uberach est également reporté à 2025-2030. Un troisième carrousel d’injection devait également être mis en service en 2023. Un investissement d’un million d’euros au départ mais qui sera limité à 200 000 euros dans un premier temps.

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