Grand Est

Juridique

Enquête La Scic comble les envies d'éthique des entreprises du Grand Est

Par Adelise Foucault, le 10 septembre 2018

Moins connue que la Scop (société coopérative et participative), la Scic (Société coopérative d'intérêt collectif) séduit de plus en plus d'entrepreneurs. Que ce soit des créateurs en quête de plus de sens dans l'activité économique, des associations en recherche d'un nouveau modèle financièrement viable ou des projets fédérateurs de proximité, ce statut juridique valorise les entreprises du secteur de l'économie sociale et solidaire dans la région Grand Est.

Chez Citiz, coopérative d'autopartage d'origine strasbourgeoise, le conseil d'administration de chaque Scic (le réseau en compte huit) est composé de différents collèges qui décident ensemble de la stratégie de développement. — Photo : Citiz

Connaissez-vous les Scic ? Ce modèle coopératif encore confidentiel connaît un essor national, et plus particulièrement dans le Grand Est. Fin 2017, on en dénombrait 741 en France, dont 163 dans la région, représentant 3 318 emplois. Un chiffre en progression de 15,6 % par rapport à 2016. Cette Société coopérative d'intérêt collectif a même été identifiée par le gouvernement comme un levier de revitalisation des centres-villes d'agglomérations moyennes, dans le cadre de son programme "Action cœur de ville".

Sur un territoire à la riche histoire coopérative – Coop Alsace dans ses belles années, Alsace Lait ou encore le Crédit Mutuel – la Scic dispose d'un terreau favorable. Quand la juriste Alejandra Lopez a créé Alsascic en 2013 à Strasbourg, elles étaient encore peu nombreuses. Les Scic ont vu le jour en 2001, mais ce statut est resté confidentiel jusqu’en 2014, où la loi relative à l’Économie sociale et solidaire (ESS) a assoupli le dispositif, avec la possibilité de créer une SARL ou une SAS sous forme coopérative et pour les collectivités de détenir jusqu’à 50 % des structures organisées en Scic.

« En France, on est en train de modifier notre façon de concevoir et faire de l’économie locale. Les coopératives répondent à ces exigences. »

« Aujourd'hui la moitié des dossiers que j'accompagne concernent la création de Scic, souligne Alejandra Lopez. En France, on est en train de modifier notre façon de concevoir et faire de l’économie locale, estime-t-elle. On remet de l’éthique dans les codes économiques, on ramène de la valeur dans la gestion d’entreprises. Les coopératives répondent à ces exigences. »

Un statut qui séduit les associations

Moins connue que la Scop (Société coopérative et participative), la Scic a un fonctionnement très proche : la gestion est démocratique (une personne = une voix) et ses résultats sont entièrement réinvestis. L’entreprise appartient là aussi aux salariés, mais pas seulement, puisque le capital peut être détenu également par les bénéficiaires de l’activité – les clients, les usagers, les fournisseurs – mais aussi les collectivités locales, bénévoles ou encore financeurs.

Le statut séduit de plus en plus d'associations. Confrontées à une diminution drastique des aides publiques, « elles doivent revoir en profondeur leur organisation », indique Alejandra Lopez. Un constat qui se traduit en chiffres. Selon la Confédération générale des Scop et Scic, « ces quatre dernières années ont été marquées par une forte augmentation du nombre de Scop et de Scic issues d’une transformation d’association : en hausse de 46 % ». Selon l'organisme, la conversion leur permet d'améliorer ainsi leur santé financière, d'acquérir une légitimité économique tout en conservant un mode de gouvernance adapté aux valeurs de l'association.

Une gouvernance plus démocratique

C'est le choix qu'a fait Jean-Baptiste Schmider, fondateur en 1999 et actuel président de Citiz, coopérative de véhicules en autopartage (9 M€ de CA consolidé pour l'ensemble du réseau, une soixantaine de salariés, 1 200 véhicules et quelque 40 000 abonnés). Au bout de quatre ans de fonctionnement, l'association, qui s'appelait alors Auto'trement, avait atteint les limites du statut associatif. « Nous avions besoin de fonds propres pour notre développement. Les subventions étant à durée de vie limitées, nous avons proposé un autre modèle de partenariat aux collectivités, explique le dirigeant. La Scic est l'une des seules sortes de société permettant un partenariat public-privé sans que les collectivités soient majoritaires, comme dans une société d'économie mixte. Elle permet aussi une gouvernance partagée. »

Aujourd'hui, Citiz regroupe, à l'échelle nationale, huit Scic locales (les agences Citiz Alsace et Lorraine venant de fusionner), et trois autres structures parapubliques, chapeautées par la tête de réseau, qui est, elle, une coopérative de consommation. « Au sein de la Scic, toutes les parties prenantes sont associées aux discussions stratégiques, au sein de différents collèges », indique le directeur. Selon Jean-Baptiste Schmider, « la Scic n'est pas adaptée aux start-up ayant besoin de lever très rapidement des fonds, mais aux entreprises fondées sur une volonté de croissance progressive ».

Solibio, à Strasbourg (6 salariés ; CA 2017 : 2 M€), a démarré son activité fin 2007 en tant que Scic. Lancée par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) avec le soutien de la Région Alsace et des producteurs bio alsaciens (dont une majorité de Haut-Rhinois), cette plateforme a été historiquement créée pour commercialiser les produits auprès de la restauration collective. L'activité de Solibio s'est aujourd'hui diversifiée vers les magasins bio et la grande distribution.

« L'avantage de la Scic réside dans les valeurs qu'elle véhicule. Pour le reste nous fonctionnons comme une entreprise classique. »

« L'intérêt s'est porté sur la Scic, qui était encore un statut juridique peu connu, car le modèle de coopérative agricole ne permettait pas d'intégrer d'autres acteurs que les producteurs. Pour porter ce projet, nous avions besoin de fédérer financièrement, comme stratégiquement, tous les acteurs de la filière du bio, pour lui permettre de se développer et d'offrir aux producteurs des nouveaux débouchés », explique le directeur de Solibio (depuis avril), Mathieu Bon. « L'avantage de la Scic ce sont les valeurs qu'elle véhicule. Pour le reste nous fonctionnons comme une entreprise classique », témoigne-t-il.

Un statut porteur pour l'économie sociale et solidaire

« Dans une Scop, les salariés possèdent au minimum 51 % du capital. Le statut est plus adapté à une reprise d'entreprise par ses salariés, par exemple, que pour une jeune entreprise ayant par nature peu de salariés », explique Alejandra Lopez. La juriste, a ainsi orienté vers la Scic un certain nombre de porteurs de projets, à l'instar de Moi moche et bon, société strasbourgeoise lancée par des étudiants en bachelor jeune entrepreneur de l'EM Strasbourg. Elle commercialise du jus de pomme, produit à partir de fruits hors calibre et écartés des réseaux de vente en grande distribution.

Le statut est plus en phase avec le souhait des nouveaux entrepreneurs de ramener l'humain au cœur des organisations, de laisser exprimer leurs ambitions sociétales et environnementales au sein d'un projet économique de proximité. De fait, la Scic est un vecteur de croissance pour l'Économie sociale et solidaire. « L'ESS souffre encore d'une mauvaise image, notamment auprès des financeurs. L'image qu'ils en ont – des entreprises perfusées à dose de subventions, dirigée par des utopiques et rêveurs vivant dans le monde des bisounours, est clairement obsolète », estime Alejandra Lopez. Le modèle coopératif a fait sa révolution, et la Scic contribue à faire émerger une nouvelle économie de proximité plus vertueuse et porteuse de sens.

Chez Citiz, coopérative d'autopartage d'origine strasbourgeoise, le conseil d'administration de chaque Scic (le réseau en compte huit) est composé de différents collèges qui décident ensemble de la stratégie de développement. — Photo : Citiz

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