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Interview Kwit : "Si nous avions 3 000 abonnés à l’application Sobero fin 2023, nous serions heureux"

Entretien avec Geoffrey Kretz, fondateur et dirigeant de Kwit

Propos recueillis par Propos recueillis par Isabelle Maradan - 17 janvier 2023

Dix ans après Kwit, application pour arrêter de fumer, le Strasbourgeois Geoffrey Kretz lance Sobero, une application mobile destinée à accompagner ses utilisateurs vers l’arrêt ou le contrôle de leur consommation d’alcool. Le fondateur de la start-up de 15 salariés vise le millier d’abonnés dans six mois.

Geoffrey Ketz PDG de Kwit, vient de lancer l’application Sobero juste avant le début du "dry january" ou "janvier sec", un défi qui consiste à passer un mois sans alcool.
Geoffrey Ketz PDG de Kwit, vient de lancer l’application Sobero juste avant le début du "dry january" ou "janvier sec", un défi qui consiste à passer un mois sans alcool. — Photo : Isabelle Maradan

Comment l’idée de proposer Sobero une application pour prévenir la dépendance à l’alcool est-elle née ?

Pendant le confinement, j’ai expérimenté, comme beaucoup de gens, le fait que l’apéro du week-end était devenu quotidien. Je me suis interrogé sur ma propre consommation. J’ai appris que 9 Français sur 10 déclaraient boire de l’alcool et que près d’un tiers d’entre eux dépassait les seuils recommandés par Santé Publique France, soit moins de deux verres par jour et au moins deux jours par semaine sans alcool.
En parallèle, au cours de notre veille sur les addictions, chez Kwit (la société qui porte le nom de la première application qu’elle a développée pour arrêter de fumer, NDR, nous avons identifié une solution américaine, l’application Reframe, au milieu de l’année 2021. En creusant, nous avons découvert, aux États-Unis toujours, un mouvement important de "sober curious", c’est-à-dire de personnes qui s’interrogent sur leur rapport à l’alcool et son rôle social important. En France, on observe aussi que le dry january (janvier sans alcool) est plus populaire qu’avant. Pour toutes ces raisons, j’ai voulu créer une appli pour ceux qui, comme moi, se questionnent sur leur consommation.

Sobero est une application payante (9,90 € par mois) sans version gratuite. Est-ce une leçon tirée de votre expérience avec Kwit, application qui compte 3,5 millions d’utilisateurs dans le monde mais qui rapporte peu ?

Kwit sera rentable en 2023, mais, même comme leader mondial par le nombre de téléchargements, ces derniers ne permettent pas de générer des revenus se comptant en millions ni même en centaines de milliers d’euros chaque mois. En moyenne, 5 % des utilisateurs seulement passent à la version payante. Il y a beaucoup de solutions gratuites quand on arrête de fumer. Et on est encouragé à le faire !
Pour l’alcool, les solutions numériques basées sur une approche scientifique sont rares, en dehors de celles qui sont disponibles en anglais. Nous avons lancé Sobero sur IOS, mi-décembre. Un mois et demi plus tard, nous avons une centaine d’abonnés. Comparativement, l’américaine Reframe a généré un million de dollars de revenus en décembre 2022. Si Sobero tournait autour de 600 000 euros de revenus mensuels, cela nous irait très bien ! Pour l’instant, nous visons 1 000 abonnés sous six mois et si nous en avions 3 000 fin 2023, nous serions heureux. L’idéal serait, évidemment, d’avoir le remboursement de nos applications par la sécurité sociale, mais pour cela il faut répondre à des normes et avoir des preuves cliniques, notamment. Le chemin est long !

Vous êtes-vous basé sur Kwit pour créer le contenu de Sobero ?

Les contenus et le programme s’appuient toujours sur l’expertise de notre chercheur en santé publique et de notre conseil scientifique. De Kwit, nous avons repris le groupe de soutien et l’accès aux experts, ainsi que la partie avec des contenus, comme des cours, pour gérer le manque, dire non, comprendre pourquoi l’alcool rend dépendant… Pour le reste, tout est nouveau et nous sommes en train de "gamifier" l’application.

Comptez-vous décliner le concept pour d’autres addictions à l’avenir ?

J’espère en effet que nous pourrons investir pour proposer des solutions contre les addictions au sucre, au cannabis, aux antidépresseurs, voire sur des troubles du comportement alimentaire ou du même du sommeil.

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