Strasbourg

BTP

« Je n’ai pas hérité de Soprema, je me suis endetté pour acquérir la société familiale »

Par Lucie Dupin, le 14 mars 2018

Pierre-Etienne Bindschedler, PDG de Soprema, est entré dans l’entreprise familiale il y a près de 30 ans. Celui-ci est allé au combat pour racheter le groupe familial qui compte aujourd’hui plus de 7 000 collaborateurs à travers le monde.

Pierre-Etienne Bindschedler estime que face au changement climatique, « un nouveau monde s’ouvre à nous, nous devons concevoir des bâtiments qui consomment moins de CO2. Le bâtiment est une start-up, un secteur d’avenir ».
Pierre-Etienne Bindschedler estime que face au changement climatique, « un nouveau monde s’ouvre à nous, nous devons concevoir des bâtiments qui consomment moins de CO2. Le bâtiment est une start-up, un secteur d’avenir ». — Photo : Christian Creutz

C’est l’une de ces entreprises alsaciennes qui pèsent lourd. Le mammouth Soprema, spécialisé dans l’étanchéité et l’isolation des bâtiments, a réalisé en 2017 un CA de 2,55 milliards d'euros et emploie 7 300 personnes dans le monde. Fondé en 1908 à Strasbourg par l’arrière-grand-père de l’actuel PDG, Soprema a connu trois dirigeants. Une success story familiale non sans sueur ni larmes.

Son PDG, Pierre-Etienne Bindschedler, s’exprime peu dans les médias. Invité par le Club de la presse de Strasbourg, l’homme qui vaut trois milliards, né à deux pas des montagnes suisses en 1961, s’est pourtant livré sur son parcours. Comme pour justifier sa présence, Pierre-Etienne Bindschedler affirme qu’« à l’avenir, Soprema communiquera davantage pour mieux faire connaître l’entreprise ».

Si le groupe fait figure de poids lourd, son PDG avoue pourtant que l’entreprise « était leader mondial dans l’étanchéité jusqu’en mars 2017, date à laquelle notre principal concurrent américain a racheté notre premier concurrent européen. De plus, des sociétés qui n’étaient pas dans notre secteur s’y intéressent de plus en plus. Nous devons passer par la médiatisation. »

Un jeune capitaine endetté pour réussir

Après avoir étudié à HEC Lausanne, Pierre-Etienne Bindschedler commence sa carrière dans l’audit, avant que son grand-père lui demande de rejoindre Soprema en 1989, en tant que directeur financier Il a à peine 30 ans. Sa mission est de redresser la barre d’un navire pris en eaux troubles « avec un management déliquescent ». Le jeune homme ne pense pas y rester longtemps et pourtant…

Au décès de sa grand-mère, des conflits entre actionnaires éclatent. Pierre-Etienne Bindschedler mène une course contre son grand-père pour racheter l’ensemble des parts. Et la jeunesse semble avoir payé face à un dirigeant trop âgé pour emprunter. « Soprema est certes un groupe familial, mais je ne l’ai pas hérité, je me suis endetté pour le racheter. Et un Suisse qui s’endette en France, c’est rare », sourit Pierre-Etienne Bindschedler. En 1992, celui-ci devient ainsi PDG d’un groupe qui réalise alors 230 millions d'euros de CA.

Depuis, l’homme d’affaires retient les leçons du passé. « Je ne veux pas faire les mêmes erreurs que mon grand-père. Il faut savoir laisser la place aux jeunes et à l’enthousiasme. Si l’on reste trop longtemps, on risque de se penser indispensable ».

S’adapter et transmettre

Celui-ci construit également l’avenir. L’une de ses fiertés professionnelles est d’avoir lancé une école de formation interne à l’entreprise, accréditée à délivrer des CAP concernant les corps de métier de Soprema.

Si sa dernière petite folie est d’avoir acquis aux enchères un squelette de mammouth pour 430 000 €, tout semble pourtant maîtrisé. « La somme peut paraître dingue pour un tas d’os. C’est une forme de budget de communication amorti vu le buzz que cette histoire a généré. Le mammouth, c’est avant tout le symbole de l’entreprise. L’animal a disparu car plus adapté à son environnement. Nous serons tous amenés à disparaître. Mais l’entreprise, elle, doit perdurer en s’adaptant ». L’adaptation, voilà la prochaine étape du groupe, qui s’apprête à construire son nouveau siège sur son site du Port du Rhin.

Pierre-Etienne Bindschedler estime que face au changement climatique, « un nouveau monde s’ouvre à nous, nous devons concevoir des bâtiments qui consomment moins de CO2. Le bâtiment est une start-up, un secteur d’avenir ».
Pierre-Etienne Bindschedler estime que face au changement climatique, « un nouveau monde s’ouvre à nous, nous devons concevoir des bâtiments qui consomment moins de CO2. Le bâtiment est une start-up, un secteur d’avenir ». — Photo : Christian Creutz

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.

Poursuivez votre lecture