Grand Est

Agriculture

Enquête En Alsace, l'agriculture se met au numérique

Par Fanny Perrette et Lucie Dupin, le 18 juillet 2019

Tout comme les industriels, les agriculteurs du Grand Est commencent à faire leur révolution numérique. Ils peuvent compter pour cela sur une soixantaine de start-up et d'entreprises du digital basées en Alsace.

De plus en plus de tracteurs connectés, équipés de GPS et de capteurs, font leur apparition dans les champs.
De plus en plus de tracteurs connectés, équipés de GPS et de capteurs, font leur apparition dans les champs. — Photo : © Région Grand Est

L’agriculture alsacienne commence à faire sa révolution. Aujourd’hui, l’heure est aux tracteurs connectés, aux drones, aux robots de désherbage et aux pièges à limace dotés de caméra infrarouge. Le monde agricole entreprend sa modernisation vers le 4.0, avec de belles perspectives à la clé pour les entreprises locales proposant des solutions innovantes. L’enjeu est de taille pour l’économie régionale : dans le Grand Est, l’agriculture représente 10 % de la surface agricole française, pas moins de 220 000 actifs, repartis dans 45 800 exploitations agricoles dont 16 160 exploitations viticoles. Souvent critiquée pour ses produits polluants, l’agriculture cherche à se réinventer en Alsace, où les solutions technologiques offrent une alternative crédible aux intrants, pour produire mieux et à moindre coût.

Traditions et innovations

Pour promouvoir les solutions innovantes auprès des agriculteurs, l’antenne alsacienne d’Arvalis, un institut technique du digital financé et dirigé par les agriculteurs, organise l’événement « Innov & moi », les 11 et 12 septembre prochains à Grussenheim, dans le Haut-Rhin. Parmi les méthodes déjà opérationnelles qui seront proposées aux agriculteurs, on trouve pêle-mêle des matériels d’injection d’azote pour préserver la qualité de l’air, des pièges connectés ou encore des méthodes d’irrigation pilotées à distance. L’Alsace explore également la piste de l’aquaponie, technique qui unit la culture de plantes et l’élevage de poisson. Strasbourg pourrait ainsi accueillir prochainement une des plus grandes fermes urbaines hors-sol de France, tandis que la start-up strasbourgeoise Myfood entend imposer les serres connectées urbaines grâce à cette technique agricole mêlant tradition et innovation.

Le début des fermes du futur

L’événement d’Arvalis s’ancre tout à fait dans la dynamique insufflée par la Région avec son plan « Ferme du futur », lancé en juin dernier. Ce dernier, développé en partenariat avec la Chambre d’Agriculture et la Chambre de Commerce et d’Industrie, vise à accompagner les agriculteurs dans la transformation digitale et l’automatisation de leur outil de production.

« Une trentaine d’agriculteurs ont déjà bénéficié de ce plan », détaille Lilla Merabet, la vice-présidente de la Région Grand Est, en charge de la compétitivité, de l’innovation et du numérique. « Celui-ci se fait en deux temps, poursuit-elle, il y a une période de diagnostic à l’issue duquel des axes d’amélioration sont proposés aux agriculteurs, puis, nous leur proposons un accompagnement sur-mesure ».

Une soixantaine de start-up

Dans cette dernière phase, des entreprises identifiées par la Chambre de Commerce et d’Industrie entrent en jeu. Ce sont 265 entreprises régionales susceptibles d’apporter des solutions pour une transition vers le 4.0 dans tous les domaines d’activité, de l’industrie à l’agriculture, dont une soixantaine pour ce secteur en particulier. Manuel Yguel, à la tête de la société Strataggem (CA 2018 : 200 000 € ; 6 salariés), basée à Strasbourg et spécialisée dans l’optimisation de la transmission de données par radio, en fait partie. « Nous avons créé un système de radio Lora, qui récupère des données telles que la température, l’isométrie ou encore l’ensoleillement grâce à de nombreux petits capteurs, pour transmettre ces informations directement à l’agriculteur », explique-t-il.

Il ajoute que « le principe de la cobotique, une collaboration entre l’homme et la machine pour optimiser les tâches, est très utile dans l’agriculture biologique où les problématiques de rendement se posent souvent. Grâce à la numérisation, on peut produire en quantité suffisante sans avoir recours aux intrants ».

Un marché porteur

Arnaud Sohler, le patron et créateur d’Aéro Vision (CA 2018 : 50 000 €), une société spécialisée dans l’utilisation des drones en agronomie basée à Mackenheim, dans le Bas-Rhin, voit lui aussi tout l’intérêt de la technologie dans ce milieu : « Grâce à des capteurs, les drones peuvent déterminer l’état de santé de la culture en survolant la parcelle. Par exemple, si un endroit précis a besoin d’azote, cela permet d’optimiser la quantité déversée. Pour l’agriculteur, il y a un retour direct sur investissement », explique le chef d’entreprise. Cette dynamique est également positive pour les entreprises, comme le rappelle Manuel Yguel, de la société Strataggem : « Faire partie des entreprises identifiées par la CCI est une vraie opportunité, cela nous amène de nouveaux clients et nous ouvre de nouvelles portes ». Le marché est porteur et semble avoir de belles années devant lui. D’après une étude nationale réalisée par BVA pour Groupama en février 2019, un agriculteur sur deux compte investir dans au moins une technologie qu’il ne possède pas dans les deux ans à venir.

De plus en plus de tracteurs connectés, équipés de GPS et de capteurs, font leur apparition dans les champs.
De plus en plus de tracteurs connectés, équipés de GPS et de capteurs, font leur apparition dans les champs. — Photo : © Région Grand Est

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