Haut-Rhin

BTP

Coronavirus : dans le Haut-Rhin, près de 90% des entreprises du BTP se préparent à reprendre le travail

Par Lucie Dupin, le 23 avril 2020

Selon Étienne Barilley, le président de la délégation du Haut-Rhin de la fédération du bâtiment et des travaux publics, la majorité des entreprises de BTP seront prêtes à reprendre le travail avant le 11 mai.

Etienne Barilley préside la fédération du BTP dans le département du Haut-Rhin.
Etienne Barilley préside la fédération du BTP dans le département du Haut-Rhin. — Photo : © DR

Alors que 96 % des chantiers du Grand Est étaient à l’arrêt au début du confinement, Étienne Barilley, président de la section haut-rhinoise de la fédération du bâtiment et des travaux publics (FBTP), estime que « 80 à 90 % des entreprises du BTP commencent à préparer un redémarrage de leur activité dans le département ». Le président souligne cependant que « l’arrêt des chantiers a été comparable au déclenchement d’une sonnette d’alarme dans un train. L’arrêt est brutal et la remise en route ne peut être que progressive ». Dans le Haut-Rhin, le secteur emploie 18 000 personnes et compte près de 2 200 entreprises, de l’artisan indépendant à la grosse PME.

Pour reprendre le travail dans de bonnes conditions sanitaires, la publication du guide de préconisations de reprise des chantiers dans le BTP constitue « une base robuste pour travailler en sécurité », assure Étienne Barilley. Pour aider les entreprises à adapter et mettre en œuvre les préconisations de ce guide, la section haut-rhinoise de la FBTP propose des accompagnements réalisés par des consultants extérieurs et consacrés à la gestion de crise d'un point de vue social et technique. A l'échelon du Grand Est, la fédération prend aussi en charge un accompagnement pour traduire les préconisations du guide au quotidien avec l’intervention d’un expert des terrains de catastrophes naturelles. 

Certaines entreprises locales ont décidé d’aller plus loin que le guide. En s’approvisionnant en masques en tissu comme le groupe Starter à Feldkirch ou en proposant de réaliser des tests sérologiques comme Soreba à Ribeauvillé. Faut-il multiplier ce genre d’initiatives ? Étienne Barilley préfère renvoyer à l’essentiel, c’est-à-dire aux préconisations du guide. « Dans la reprise du travail, l’ambition, c’est que les salariés comprennent et intègrent au mieux les gestes barrières, c’est la première protection efficace ». Pour autant, le dirigeant alsacien identifie plusieurs freins au redémarrage de l’activité.

Masques, absentéisme et dialogue social

« Malgré les commandes en Chine et la formidable mobilisation de la filière textile locale, nous faisons encore face à une pénurie de masques. De plus, même si dans leur majorité, les salariés veulent reprendre le travail, il faut composer avec l’absentéisme pour garde d’enfants ou arrêts maladie. Des barrières psychologiques doivent également être levées pour apaiser les craintes face au virus. Le dialogue social dans les entreprises du BTP est globalement bon. Mais il faut accepter que face à la situation inédite, le patron ne puisse apporter toutes les réponses. Un nouveau contrat de confiance doit s’instaurer », indique le président de la FBTP du Haut-Rhin.

« Il faut accepter que face à la situation inédite, le patron ne puisse apporter toutes les réponses »

Par ailleurs, un autre frein à la reprise des chantiers provient des donneurs d’ordre. Selon Étienne Barilley, les donneurs d’ordre publics, c’est-à-dire les collectivités, « fonctionnent en mode automatique et traitent l’essentiel. Mais celles-ci devront être en mesure d’assurer rapidement les autorisations administratives de chantier ». 

Le patron de la délégation haut-rhinoise du bâtiment craint également que les donneurs d’ordres privés, particuliers comme entreprises, freinent leurs investissements par manque de visibilité, sur leur emploi ou sur leur carnet de commandes. Étienne Barilley ne cache pas son inquiétude. « La crise va être dure. Nous avons vécu celle de 2008 et nous ne voulons pas que cela se reproduise en 2020. Des leçons ont été tirées et il faut souligner la réactivité des pouvoirs publics à tous les niveaux pour essayer de minimiser l’impact de la crise ». 

Postes de coûts supplémentaires

Il n’y a pas que le volume d’activité futur qui interroge le dirigeant alsacien. Il y a aussi le niveau de marges des entreprises qui vont devoir acheter de nouveaux équipements de protection et aménager les chantiers. Tout cela a bien évidemment un coût. Pour Étienne Barilley, « ces surcoûts doivent être supportés par l’ensemble de la chaîne en évitant le chacun pour soi. Une entreprise du bâtiment réalise entre 2 et 5 % de marges. Lui demander de porter seule les coûts supplémentaires va être difficile ».

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