Haut-Rhin

Chimie

Butachimie vit une révolution technologique à Chalampé

Par Adelise Foucault, le 19 mars 2019

Butachimie, coentreprise portée par Solvay et Invista spécialiste de la chimie du nylon, investit 250 millions d'euros dans le cadre du projet Atlas Event. Celui-ci vise à implanter une technologie de rupture qui permettra à ce site haut-rhinois, qui produit 35 % de l’adiponitrile mondial – entrant dans la composition du nylon 6-6 - d’augmenter sensiblement ses rendements.

Site industriel de production chimique de Butachimie, à Chalampé, dans le Haut-Rhin
En implémentant une technologie de rupture, Butachimie, à Chalampé, va augmenter de 15% ses rendements dans la production d'adiponitrile. Le site fabrique 35% de la production mondiale de ce composé chimique entrant dans la composition du nylon 6-6. — Photo : Butachimie

Sur la plateforme industrielle WEurope, qui accueille sur 125 hectares les entreprises Butachimie, Air Products, Solvay et Linde à Chalampé (Haut-Rhin), un projet à 250 M€ se matérialise peu à peu. Ce projet, nommé « Atlas Event », est porté par Butachimie (400 personnes ; 700 M€ de CA), qui exploite ici le seul site de fabrication d’adiponitrile en Europe. À lui seul il représente 35 % de la production mondiale de ce composé chimique qui, associé à l'hexamethylènediamine (HMD) également produit sur le site, permet de fabriquer du nylon 6-6. Un polymère utilisé pour les fils textiles et industriels à haute valeur ajoutée (vêtements de sport, toiles de parachutes, airbags…) et la fabrication de plastiques techniques, pour l’industrie automobile notamment.

Le marché du nylon 6-6 est en croissance de 4 % par an à l’échelle mondiale, et de 10 % en Chine. « Il nous faut être plus compétitifs pour lutter contre la concurrence chinoise », résume Hervé Humbert, directeur du projet Atlas Event.

Une amélioration de 15 % des rendements

En implémentant une technologie de rupture, ce projet va permettre à Butachimie d’augmenter de 15 % ses rendements, « ce qui représente la marge d’amélioration réalisée au cours de ces vingt dernières années », souligne Herbé Humbert. « Dans la chimie, si l'on veut progresser, il faut nécessairement changer de technologie, explique-t-il. Quand on maitrise la technologie, on atteint un palier qui ne peut être dépassé. Il faut alors innover. » La nouvelle technologie permettra de baisser de moitié le nombre de sous-produits issus du process, et de réduire de 10 à 15 % l’impact environnemental, grâce à la réduction conjointe des déchets et de la consommation énergétique.

Démarré en novembre 2017, le chantier devrait se terminer en novembre cette année. À cette date, l’allemand BASF devrait avoir repris l’activité « polyamides » du belge Solvay, actuellement copropriétaire, aux côtés de l’américain Invista, de Butachimie. La Commission européenne a donné, fin janvier, son feu vert au rachat par BASF de l’activité « polyamides » de Solvay. 

Butachimie prend son indépendance

Butachimie est en effet le fruit d’une coentreprise créée à l’origine par Du Pont de Nemours, qui a apporté la technologie, et Rhône-Poulenc (ex-Solvay), qui a mis à disposition le site, créé dans les années 1950. Les accords de coentreprise ont été reconduits pour 99 ans, en 2014, entre les deux associés actuels, Solvay et Invista. Mais avec le souhait de faire désormais de Butachimie une entité aux ressources indépendantes.

« Jusqu’alors, les équipes de Solvay exploitaient les installations du site Butachimie. Mais comme celui-ci a été choisi pour accueillir la technologie de rupture apportée par Invista, le choix a été fait de créer une entité aux ressources indépendantes, afin de sécuriser leur licence. Ce qui fait que depuis 2014, nous avons dû internaliser toutes les fonctions support, mais aussi les achats et les activités de laboratoire pour gagner notre autonomie », pointe Hervé Humbert. Cette étape, qui a fait bondir l’effectif de Butachimie de 230 personnes en 2009 à 400 personnes aujourd’hui - dont un tiers de plus ces trois dernières années - s’est achevée, fin 2018, par la construction d’un nouveau laboratoire pour un investissement de 7 M€.

Deux mois d'arrêt de maintenance

« Le projet Atlas Event ne concerne que l’unité de fabrication d'adiponitrile. Nous procédons actuellement à la modification de l’unité actuelle et à l’intégration de la nouvelle technologie », précise Hervé Humbert. Le lancement de la production se fera en novembre à l’issue du grand arrêt de maintenance de la plateforme industrielle de Chalampé WEurope (1 000 emplois directs, 3 000 induits). Une maintenance réalisée tous les trois ans et qui durera cette fois deux mois, au lieu d’un habituellement. « Ensuite, il y aura une montée en régime progressive, le temps de bien paramétrer le process », annonce le directeur du projet. Les équipes peuvent déjà prendre en main le nouvel outil, grâce à une plateforme virtuelle de simulation immersive avec des avatars, « pour permettre aux opérateurs de se former sur la nouvelle unité et simuler des évènements », indique Hervé Humbert.

Cet arrêt constitue à lui seul un challenge conséquent, sur lequel Butachimie travaille depuis deux ans et qui représente environ 400 000 heures de travail. 2 000 personnes interviendront sur site durant cet arrêt – dont 500 pour le projet Atlas Event.

Site industriel de production chimique de Butachimie, à Chalampé, dans le Haut-Rhin
En implémentant une technologie de rupture, Butachimie, à Chalampé, va augmenter de 15% ses rendements dans la production d'adiponitrile. Le site fabrique 35% de la production mondiale de ce composé chimique entrant dans la composition du nylon 6-6. — Photo : Butachimie

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