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François-Noël Buffet. La métropole de Lyon : financièrement, « un géant aux pieds d'argile »

ajouté le 9 janvier 2015  -  - Mots clés : Actualité, Politique, François-Noël Buffet, Métropole, Front National, Aéroport Saint-Exupéry

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« A Oullins, en 2014 la baisse de dotations de l'Etat a représenté plus d'un million d'euros de pertes sur un budget de 28 millions et celle de 2015 sera de 800.000?. »

Le sénateur-maire UMP de Oullins détaille les projets de développement pour sa ville dont l'aménagement d'une nouvelle zone d'activité de 30 hectares dédiée aux sciences du vivant... Et tacle au passage la gestion « très personnelle » de Gérard Collomb dans la mise en place de la nouvelle métropole.

La métropole voit le jour ce mois-ci. Estimez-vous que le dossier a été plutôt bien géré par Gérard Collomb ?
C'est une gestion qui a toujours été, comme d'habitude, très personnelle. Nous - membres de l'opposition - n'avons été associés à quel que niveau que ce soit à des discussions de fond. Je reste très inquiet sur le fait que les capacités de la métropole vont se retrouver considérablement réduites. Et ce pour deux raisons. D'abord structurelle. D'un EPCI qui était un levier d'aménagement très fort, nous passons en effet à une collectivité je dirais presque de droit commun qui va devoir prendre des compétences nouvelles à caractère social que nous n'avons jamais gérées. Mais ce n'est pas le plus grave. Le plus grave c'est que nous savons tous que la dépense sociale est une dépense de guichet que nous ne maîtrisons pas et qui émarge budgétairement à la section de fonctionnement, donc financée au détriment de notre investissement. La métropole est certes une collectivité locale puissante mais c'est peut-être un géant aux pieds d'argile en termes financiers. Nous n'aurons plus cette capacité d'investissement sauf à augmenter l'emprunt ou la pression fiscale. Or nous savons tous aujourd'hui que la pression fiscale n'est - socialement - plus augmentable. Nous allons nous retrouver avec une métropole embourbée, avec des capacités budgétaires et financières contraintes. Il ne faut pas attendre qu'elle soit un outil de développement extraordinaire.

Selon les présidents des métropoles, le projet de loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République) telle qu'elle été amendée au Sénat mi-décembre vient en totale contradiction avec la loi MAPAM puisqu'elle prive les métropoles de tout pouvoir économique y compris auprès des entreprises mais aussi en terme de schéma territorial, en terme de tourisme...
Pas du tout ! Je rappelle d'abord que les compétences tourisme, sport et culture sont des compétences partagées par les collectivités locales. En ce qui concerne le développement économique, toute la rédaction prévue par le Sénat consiste justement à associer pleinement toutes les collectivités locales pour établir ce schéma régional. Les communes et notamment la Métropole pour le cas de Lyon, conservent totalement dans le cadre de la loi MAPAM sa capacité à intervenir dans le domaine économique bien heureusement. Nous y avons veillé. Je suis de ceux qui veulent préserver le rôle économique des collectivités territoriales, singulièrement notre métropole, mais aussi nos intercommunalités. Sans développement économique, il n'y a pas de portée politique et donc d'aménagement du territoire.

Quel avenir pour l'aéroport de Lyon ?
Je veux d'abord souligner que c'est un drame qu'il ne fasse pas partie de la métropole, et c'est là un échec et une erreur majeure de Gérard Collomb de ne pas avoir pu obtenir dans le périmètre métropolitain l'aéroport Saint-Exupéry. C'est un aéroport absolument stratégique, son avenir est quelque chose de très important. Concernant sa privatisation, je ne suis pas opposé à une prise de participation inférieure à 50 %. Que l'on ait des apports de capitaux extérieurs pourquoi pas mais sur des outils de cette nature, les collectivités locales doivent garder la main.


Quel est l'effet du métro à Oullins, un an après sa mise en service ?
Cette arrivée du métro à Oullins constitue un élément de développement extrêmement important, c'est indéniable. Le prolongement de ce même métro à l'hôpital Lyon-Sud - prolongement qui est décidé et va se faire sous ce mandat ? implique un investissement de 300 M€ de la part des collectivités, ce qui génèrera une attractivité nouvelle pour le secteur. Nous enregistrons aujourd'hui sur la ville une demande forte pour construire des logements et venir s'installer pour faire du développement économique. En ce qui concerne la ville d'Oullins, je suis face à un problème très positif qui consiste à gérer la croissance de la ville. Ce qui n'était pas le cas des années précédentes où nous gérions plutôt des difficultés. J'anticipe sous ce mandat des créations, des arrivées d'entreprises ou du développement de logement qui seront générateurs de richesse pour la commune.

 


À l'inverse, notez-vous des points négatifs après l'arrivée de cette ligne de métro ?
Pour l'instant, les points négatifs sont des points de conjoncture liés principalement à la difficulté de circulation. Plus de 22.000 voyageurs par jour se connectent sur cette seule station. Nous espérons régler ces problèmes de circulation en deux temps. D'abord par un prolongement définitif de la ligne en 2022, ce qui nous permettra d'avoir un parc relais à hauteur de l'hôpital de Lyon Sud. Plus immédiatement, nous allons augmenter la capacité de stationnement (une centaine de places) autour du pôle multimodal. Nous avons la possibilité de la faire sur un foncier en particulier - nous attendons encore la réponse de la communauté urbaine ainsi qu'une nouvelle réglementation de stationnement qui va être faite aux alentours de la gare pour pouvoir rendre les choses vivables. Aujourd'hui la ville est en partie asphyxiée et cela, ce n'est pas possible.

Quels sont les investissements, en termes d'aménagements, prévus à Oullins sous votre nouveau mandat ?
Comme maire, je commence à gérer les baisses de dotation de l'État et l'augmentation des dépenses qui nous sont imposées, notamment du fait de la réforme des rythmes scolaires. À l'échelle de ma commune, le premier est celui-là. Si je ne le règle pas, je suis dans l'incapacité de régler la problématique d'investissement et donc de soutien à l'économie. Le premier handicap des collectivités locales, c'est que l'État nous impose cette baisse de dotations immédiate. À Oullins, en 2014, cette baisse a représenté plus d'un million d'euros de pertes sur un budget de 28 millions et celle de 2015 sera de 800 k?. Nous allons devoir réduire nos dépenses de fonctionnement. Quant à l'investissement, si pendant mon précédent mandat j'ai investi 7 millions d'euros par an en moyenne, sur celui-ci il atteindra 3 millions d'euros maximum par an... Ce qui fait donc une réduction de 50 %. Il est vrai que sur le budget 2015, ça ne se sentira pas parce que nous avions engagé des projets - scolaires notamment - importants.


Avez-vous aménagé des zones d'activité en particulier pour héberger les entreprises qui souhaitent s'implanter à Oullins et avez-vous les noms de ces entreprises intéressées ?
On ne peut pas encore citer le nom de ces entreprises car les choses ne sont pas signées - ce serait tout à fait périlleux de ma part. En revanche sur le quartier dit de la Saulaie, nous avons y compris avec l'actuelle partie bâtie, 30 hectares environ à aménager, situés en pourtour sud de l'agglomération, dans le prolongement de Gerland, à la confluence du confluent donc. C'est un potentiel de développement extrêmement fort en plein coeur de l'agglomération. Il n'y en a pas beaucoup comme ça. Nous sommes parfaitement concentrés sur l'aménagement de ce secteur. C'est notre priorité avec l'entretien de notre patrimoine car ce quartier de Saulaie représente l'avenir de la commune et constitue pour la Métropole un lieu de développement extrêmement puissant.


Quels investissements précisément allez-vous conduire sur cette zone ? Comment entendez-vous la valoriser ?
On crée des conditions d'attractivité par des infrastructures. Elles y sont avec le métro et le pôle multimodal notamment, qui nous placent à proximité des grands équipements de l'agglomération (gare Part-Dieu, centres universitaires, etc.). Nous sommes attractifs et intéressants pour ceux qui veulent s'installer au coeur de l'agglomération.


Allez-vous lui donner un nom à ce secteur, le marketer ?
Oui bien entendu. Nous allons lui donner un ADN fondé sur le développement économique et sur les sciences du vivant. Nous travaillons avec la communauté urbaine mais aussi les CCI qui sont intéressées par le développement de ce territoire. Des études ont déjà été faites. J'attends à présent de la communauté urbaine de mettre en place l'outil réglementaire (ZAC ou plan d'aménagement de zone) qui va nous permettre de rentrer dans une phase opérationnelle - outil réglementaire qui devrait être validé début 2015 à travers un premier comité de pilotage que je réclame depuis plusieurs mois au président de la communauté urbaine. Ce foncier revêt c'est certain un caractère de rentabilité pour la collectivité publique, il va rapporter de l'argent. C'est probablement un des rares sites de la métropole qui va susciter des recettes, voilà pourquoi il est urgent de le mettre en place, en particulier dans le contexte actuel, à la fois en termes d'opportunité territoriale mais aussi en terme de capacité à apporter des recettes à la métropole.


En quoi ce site serait-il complémentaire avec Biodistrict Lyon-Gerland qui se trouve presque juste en face ?
Parce que ce secteur de Gerland est déjà très occupé. Certaines entreprises existantes ont besoin de place supplémentaire pour se développer. D'autres viennent par ailleurs s'installer en complémentarité. Je rappelle que dans ce secteur nous sommes dans une logique de filières, nous avons donc tout intérêt de nous inscrire dans cette logique. De surcroît, pour des raisons de stratégie et de tactique, y compris en termes d'emplois, le personnel peut venir facilement sur le site d'Oullins avec l'arrivée du métro. Nous nous inscrivons également dans une logique de prolongement avec le pôle universitaire Lyon-Sud inscrit dans le Plan Campus.

Propos recueillis par Audrey Henrion et Pierre Tiessen

JDE | Édition | 9 janvier 2015

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