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«Nous n'avons jamais ignoré les entrepreneurs»

ajouté le 4 janvier 2013  - 

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«Nous n'avons jamais ignoré les entrepreneurs»

Jean-Marc Ayrault nous a reçus afin de faire le point sur la position du gouvernement face aux PME. Le Premier ministre se défend face à la grogne et annonce sa volonté de relancer une politique industrielle européenne.


Durant vos premiers mois de Premier ministre, les entrepreneurs ont exprimé la sensation d'être mal-aimés du gouvernement. Comment jugez-vous ce ressenti?
Je ne serai jamais celui qui diabolisera les chefs d'entreprise. La vérité c'est que le gouvernement effectue des économies sur les dépenses publiques de 10 milliards d'euros. Nous demandons en 2013 un effort important à tous les Français, y compris aux entreprises. Mais cela touche pour l'essentiel les grandes entreprises. Nous avons été très attentifs par exemple à ce que le Crédit impôt recherche soit plus accessible pour les PME, en l'élargissant à leurs dépenses d'innovation. Ce qui a peut-être jeté le trouble, c'est que nous avons modifié la fiscalité sur le capital, une mesure de justice annoncée lors de la campagne électorale. Nous avons procédé à des ajustements parce qu'effectivement il pouvait y avoir des effets pervers.
Pensez-vous que le pacte de compétitivité puisse relancer cette relation?
Nous n'avons jamais ignoré ou délaissé les entrepreneurs. Le pacte n'est pas un tournant, c'est une preuve de confiance qui, en effet, change la donne. Le gouvernement a d'ailleurs décidé d'accélérer le calendrier pour le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) afin que les entreprises puissent se trouver dans un climat de confiance et en bénéficier vite dès le début de 2013. L'effet sera équivalent à une baisse de 6% du coût du travail. Je compte aussi beaucoup sur la mise en oeuvre de la banque publique d'investissement (BPI) pour permettre l'accès au crédit. 500millions d'euros vont être dégagés dès janvier2013 afin que les PME puissent accéder à des lignes de trésorerie.
Le pacte de compétitivité va mobiliser 20milliards d'euros. Les organisations patronales disent que ce n'est pas assez. Avez-vous une marge de manoeuvre?
Nous avons accéléré la mise en oeuvre du pacte en deux années seulement, alors qu'au départ les moyens devaient être débloqués sur trois ans. Maintenant il va falloir faire connaître le CICE, il y a encore trop d'entrepreneurs qui croient qu'ils n'y ont pas droit. Il y aussi d'autres outils comme le crédit impôt recherche. La BPI va aussi être, par l'association des régions à sa gouvernance, au plus près du terrain. Je rappelle que le Pacte de compétitivité repose sur 35 mesures couvrant l'ensemble des sujets liés à la compétitivité des entreprises.
Il y a eu un débat sur la présence des régions dans la BPI. Ne craignez-vous pas qu'elle serve à financer des «canards boiteux» pour des raisons électoralistes locales?
Je crois beaucoup à la décentralisation et les régions françaises ont montré souvent leur très bonne connaissance du terrain. C'est pourquoi les régions seront présentes à tous les échelons de gouvernance de la BPI, au plan national comme au plan local. En même temps il ne faut pas qu'il y ait d'ambiguïté: la BPI est une banque. Elle doit agir de façon professionnelle et indépendante, en respectant les règles prudentielles. Il ne faut pas reproduire les erreurs des Sociétés de développement régional.
Que répondez-vous aux critiques qui disent que le CICE va surtout profiter aux emplois à faible valeur ajoutée et qu'il sera une «usine à gaz»?
Le CICE est fondé sur la masse salariale brute jusqu'à deux fois et demie le Smic, ce qui correspond à 85% des salaires en France, et 83% dans l'industrie. Cela touche vraiment tout le monde. De plus, il n'y a pas de conditions administratives ou bureaucratiques. Après, il est légitime que le parlement vérifie si l'argent a été bien utilisé. Des évaluations seront effectuées. Nous souhaitons aussi que les chefs d'entreprises rendent compte aux comités d'entreprise de l'usage fait du CICE. Nous voulons de la transparence.
Florange a posé la question du rôle de l'État dans la politique industrielle. Quel est-il selon vous?
Il y a une baisse de la consommation d'acier en Europe. Des sites y ferment partout. Je vais prendre des initiatives afin que la commission européenne se saisisse de la question de l'acier et effectue un travail sur l'ensemble de la filière. Au-delà de l'acier, nous devons relancer de vraies politiques industrielles européennes. Face à la mondialisation, l'Europe ne peut pas être seulement un cadre réglementaire de non-concurrence. Il faut aussi des stratégies. Les textes communautaires affirment cela. Il faut maintenant passer à l'acte.
Florange pose aussi la question de la nationalisation. Est-ce à l'État de gérer une entreprise?
Non. En revanche, il n'est pas indifférent à la situation des entreprises. Il peut intervenir pour soutenir des programmes de recherche et de développement, des filières qui ont besoin de se rénover... Certaines circonstances peuvent aussi amener l'État, à travers le FSI aujourd'hui ou la BPI demain, à intervenir financièrement au capital des entreprises. Nous ne sommes pas dans une posture idéologique, mais dans une logique d'efficacité.
Les grands projets, les grands investissements structurants, comme Notre-dame-des-Landes, ou la ligne Lyon-Turin, sont-ils toujours pertinents en période de crise?
Le pays a besoin de grandes infrastructures, mais il faut avoir des priorités, retenir de bons projets et pouvoir les financer. Le précédent gouvernement avait élaboré un schéma national des infrastructures de transport totalement irresponsable. C'est pourquoi j'ai demandé à une mission d'analyser ce schéma afin que nous puissions rapidement le rendre cohérent et réaliste. Mais il faudra aussi investir dans l'innovation technologique. Le chantier du très haut débit est un facteur important pour la croissance. Je crois beaucoup à l'économie numérique, où des start-ups françaises sont déjà devenues des entreprises d'envergure mondiale. Autre sujet important: la transition énergétique. À mes yeux, ce sujet devrait avoir une dimension européenne plus poussée. J'ai parlé de table ronde européenne sur l'acier, mais je pense qu'il faudra aussi une vraie stratégie sur la politique énergétique. Si l'on se débrouille bien, on peut débloquer une vraie dynamique d'investissement sur l'ensemble du pays.

Propos recueillis par Vincent Combeuil et Sébastien Payonne

JDE | Édition | 4 janvier 2013

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