Pays de la Loire

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« Nous ne sommes pas en crise, nous changeons d’ère »

ajouté le 24 janvier 2014 à 16h40 - Mots clés : Yannick Roudaut, Vendée, Medef, Universités, Jeremy Rifkin, La Roche sur Yon

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« Nous ne sommes pas en crise, nous changeons d’ère »

Après avoir travaillé quinze ans dans la presse pour BFM radio et Le Figaro, Yannick Roudaut a ensuite fondé plusieurs entreprises dont le cabinet de conseil en stratégie Alternité. Expert APM et Germe, il est l’auteur de « La Nouvelle Controverse, pour sortir de l’impasse » aux éditions la Mer Salée (www.lamersalee.com). Intervenant en écoles de management et à l’Université de Nantes, Yannick Roudaut évoquera « la 3ème révolution industrielle », lors de l’Université des entrepreneurs vendéens (les 6 et 7 février prochains). Rencontre.
 

Pouvez-vous rappeler ce que recouvre le concept de troisième révolution industrielle ?
Ce concept renvoie au titre du dernier livre de l’Américain Jeremy Rifkin, qui a popularisé l’expression. Le principe est assez simple. Toute révolution industrielle s’appuie sur la combinaison d’une double révolution énergétique et des réseaux de communication. La première révolution était basée sur le charbon et le chemin de fer, la seconde sur le pétrole et l’automobile. La nouvelle repose sur le boom des énergies renouvelables couplées à l’essor d’Internet.

Comment se concrétise cette révolution ?
Il faut imaginer demain une production et une distribution « décentralisées » de ces énergies nouvelles. Concrètement, chaque maison, entreprise et autres bâtiments vont devenir des mini-centrales énergétiques, grâce à l’éolien, le photovoltaïque ou la géothermie. Mais ces bâtiments ne seront pas toujours autosuffisants. C’est là qu’entre en jeux le second pilier : grâce au réseau internet, ces bâtiments communiqueront bientôt entre eux. Si ma maison produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme à un instant T, elle va redispatcher le surplus vers un voisin qui s’apprête à lancer une machine à laver ou à recharger sa voiture électrique. Et vice versa. Cet échange d’énergie via des réseaux intelligents (ou smart grid) fonctionne sans que les habitants ne s’en occupent.

Pour vous, il s’agit d’un changement de monde. Vous comparez notre époque à la Renaissance….
Oui, ou même au tournant du néolithique, quand les populations de chasseurs-cueilleurs nomades se sont transformées en populations d’agriculteurs sédentaires. Comme lors de la Renaissance, des croyances vont voler en éclats. À l’époque, grâce à Copernic et Galilée, on a abandonné l’idée que la terre était plate et au centre de l’univers… Aujourd’hui on commence à prendre conscience des limites imposées à notre développement. On découvre que l’homme ne peut se déconnecter de la nature et de la planète, dont il dépend pour vivre.
Cette prise de conscience va s’accélérer sur fond de rupture technologique. Les tablettes et smartphones jouent le même rôle que l’imprimerie mécanisée au XVème siècle. Ce sont des outils de diffusion massive d’idées nouvelles et de la connaissance. Le fait d’être tous connectés, entre nous, va accélérer encore la mutation. Il suffit de voir avec quelle vitesse l’imprimante 3D est arrivée en France. Il y a un an, on en parlait peu. Maintenant il s’en vend sur e-Bay, Auchan commence à en commercialiser…

En quoi l’imprimante 3D est-elle une telle innovation de rupture ?
Parce qu’on peut tout faire soi-même. Il suffit de scanner un objet en longueur, largeur , épaisseur… et c’est parti. Certains modèles sont capables de réaliser des objets en plastique, mais aussi en métal, en céramique ou même des aliments. Le premier steak haché 3D a ainsi été récemment réalisé. Dans le médical, en scannant la hanche d’un patient, il est désormais possible de réaliser une prothèse parfaite, et d’éviter ainsi les rejets. On peut même scanner un rein malade pour en reproduire un sain avec du collagène, par dépôt de cellules souches… Dans l’industrie, la 3D signe la fin annoncée des pièces moulées et fabriquées à l’autre bout du monde. Dans quelques années, une partie de la production sera relocalisée dans nos quartiers, nos zones industrielles. La 3D va rebattre les cartes de la mondialisation. 

Vous indiquez aussi qu’une révolution industrielle s’accompagne d’un nouveau modèle économique. Vers quoi s’orienteront demain les entreprises ?
La pénurie des ressources et l’appauvrissement des occidentaux vont tout bouleverser. Nous sommes donc en train de basculer vers une économie du partage des ressources, des biens (vélo, voiture, habitat…), de l’information et de la connaissance. En un sens, on redécouvre le modèle coopératif. Tout cela répond aussi à une volonté de donner un sens à ses actions, en tant que citoyen, consommateur… amplifiée par les difficultés économiques qui font qu’on s’éloigne d’une vision ultra-matérialiste. Plus on s’appauvrit, plus on questionne le système basé sur l’hyperconsommation, l’individualisme et le jetable.
Attention, je n’oppose pas totalement compétition et collaboration. Les deux se complètent mais nous sommes allés trop dans l’exacerbation de la compétition … Il s’agit aujourd’hui d’innover à plusieurs, de laisser des étrangers améliorer votre produit aux quatre coins du monde etc. La troisième révolution industrielle sera coopérative, collaborative.

Pouvez-vous donner quelques exemples parlants de cette économie du partage ?
Restons sur l’exemple des imprimantes 3D. N’importe qui peut aller chercher un mode d’emploi sur Internet pour en fabriquer une. On m’a récemment rapporté l’exemple d’un Ivoirien qui, en se connectant à un Fab lab parisien pour obtenir des infos, a réalisé sa propre imprimante 3D. Pour la matière première, il a simplement puisé dans une décharge informatique locale les pièces dont il avait besoin.

Plus localement, prenez l’entreprise nantaise Notéo, qui note les produits de grande consommation. Cette start-up compile des données publiques et diffuse l’information à tous. Le label ne dicte plus la pensée.  Si 2.000 internautes jugent mal un produit alors la marque perd en crédibilité.

Il peut s’agir aussi de mettre en relation des consommateurs pour partager un bien, ou leur fournir des services associés. C’est le cas des services de voitures en libre-service comme Marguerite à Nantes, des sites de covoiturage comme Blablacar, ou d’Airbnb qui est une plateforme où des particuliers peuvent louer tout ou partie de leur logement à des vacanciers.
Pour un industriel, cela peut consister à mutualiser une machine avec d’autres confrères, plutôt que d’assumer seul son financement. Il partagera avec eux son utilisation, plutôt que d’avoir à la faire tourner en 3X8 pour la rentabiliser, et donc d’inonder le marché et inciter à la surconsommation. C ‘est aussi le partage des compétences via des groupements d’employeurs, ou le partage de moyens logistiques entre entreprises d’une même région.

Pour vous ce modèle coopératif nous conduit jusqu’à l’économie circulaire. Vous dépassez en cela l’analyse de Rifkin ?
Oui, pour moi, Jeremy Rifkin ne va pas au bout de la logique de cette nouvelle révolution industrielle. Autrement dit tendre vers l’économie circulaire, ce modèle qui consiste à réinjecter dans le système 100% ou presque des ressources utilisées. Tout produit doit être conçu pour ne générer aucun déchet et être entièrement recyclé. Les ruptures technologiques (imprimantes 3D, réseaux sociaux sur le Web…) et les nouvelles énergies (renouvelables) sont une chose, mais il ne s’agit pas de les développer en continuant à épuiser les ressources fossiles. Demain, nos déchets ménagers serviront de consommables pour les imprimantes 3D. Nous vivons une mutation profonde de notre société qui débouchera sur un nouveau monde. La vision latérale est une philosophie du partage qui va bouleverser notre monde vertical. Nous ne sommes pas dans une « crise », nous changeons d’ère. Même si l’on ne s’en rend pas tous compte. Les contemporains de la Renaissance pensaient d’ailleurs, eux aussi, vivre une crise !

Les 6 & 7 février 2014 à la CCI La Roche s/Yon

L’Université des entrepreneurs vendéens aura lieu les 6 & 7 février 2014 à la CCI La Roche s/Yon. Un événement piloté par le Medef Vendée ainsi qu’une douzaine d’acteurs : CGPME, CJD, CCI, Germe, APM, Cera, DCF, des clubs de dirigeants locaux, EGC Vendée, ICES, Institut Meslay, Réseau Entreprendre.

Renseignements : www.universite-entrepreneurs-vendeens.com ou par téléphone : 02.51.05.06.06

Propos recueillis par Florent Godard

JDE | Édition | 24 janvier 2014

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