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Elections au Medef. Pierre Gattaz : « La France est une Formule 1 avec les deux pieds sur le frein »

ajouté le 1 mars 2013 à 15h24 - Mots clés : Pierre Gattaz , Medef , compétitivité , Toscan , Taylor , Montebourg , Parisot

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Elections au Medef. Pierre Gattaz : « La France est une Formule 1 avec les deux pieds sur le frein »

Le président du directoire de Radiall, président de la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication) et du GFI (Groupe des fédérations industrielles), est venu à Lyon le 1er mars 2013 pour « rencontrer des entrepreneurs de terrain ». Le candidat à la présidence du Medef a fait part au Journal des entreprises de ses motivations et de son analyse de la situation économique.

Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence du Medef ? 
Trois raisons motivent ma candidature. Tout d’abord, l’état du pays me préoccupe énormément. Je trouve qu’on ne mérite pas les chiffres que l’on a, l’économie que l’on a, le mauvais regard des citoyens, des élus, les politiques sur l’économie, sur nos entreprises et sur notre métier d’entrepreneur. 

Les chiffres sont dans l’orange ou dans le rouge, mais il me paraît important de faire comprendre au pays que ce sont nous les entreprises et les entrepreneurs qui pourront régler et faire évoluer ces problèmes de chômage, de croissance, de création de richesse dans la durée. 

De plus, je suis chef d’une entreprise de 2.500 personnes, exportatrice, innovante, de croissance dans un métier difficile et très mondialisé, celui des composants électriques. Radiall est le dernier des mohicans de la connectique française patrimoniale. J’essaye de prouver que la performance économique vient de l’excellence française, dans nos cinq usines. Je parcours le monde et je vois toutes les bonnes choses de tous les autres pays, l’enthousiasme, le développement, la confiance dans les entreprises. 

Quand je rentre en France, je vois la lourdeur, l’incompréhension. La France est une Formule 1 avec les deux pieds sur le frein. Pourtant, il y a quatre grands défis à relever : la moitié de l’humanité est à équiper et même si la France a pris du retard, il reste des marchés à saisir. L’Europe est à construire : nous avons beaucoup travaillé sur le consommateur et l’environnement, mais peu sur l’économie, l’industrie et l’emploi. 3e grand défi : les filières du futur, dans le domaine de la santé, de la sécurité, de la mobilité, du développement durable, de l’agroalimentaire… avec pour faire fonctionner tout cela du numérique haut débit et des smart grids. Enfin, les ruptures numérique, électrique, climatique, démographique peuvent être vues comme anxiogènes mais aussi comme opportunités de marché magnifiques. La France a des atouts considérables. Libérons les freins ! 

Enfin, j’ai une expérience de 15 ans dans les fédérations. J’ai donc un important passé d’engagement patronal non pas d’ambition personnelle mais de conviction qu’il faut faire des choses. Mon parti, c’est le parti économique. Je suis contre le libéralisme sauvage, mais pour un libéralisme responsable et humain : il faut faire accepter les règles de la mondialisation de l’économie. 

Laurence Parisot avant d’annoncer sa candidature à un troisième mandat évoquait une révision des statuts pour prolonger son mandat de deux ans. Vous défendez coûte que coûte de nouvelles élections. Pourquoi ? 
La campagne est un moyen de débattre, de faire le point pour rééquilibrer les priorités du Medef. Il faut que les candidats s’expriment, pour aller au contact des gens. Je fais campagne pour un Medef qui se différencie du Medef actuel. Il doit faire un gros travail sur l’aspect économie/compétitivité. Il faut remettre la compétitivité au centre du débat du Medef rassemblé. Il doit aussi aller sur le terrain, car c’est là que les choses se passent. Il faut un Medef du rassemblement, qui soit rééquilibré entre grands groupes et PME. Enfin, je suis pour une réforme de la gouvernance qui soit beaucoup plus participative, collective, de confiance. 

La compétitivité vous tient à cœur. Que vous inspire la lettre adressée par Maurice Taylor, P-dg de l’entreprise américaine Titan, à Arnaud Montebourg ? 
Ses propos sont très excessifs et je pense qu’il a fait un amalgame entre la situation de la France et celle d’Amiens-Nord. Mais son message est intéressant à décrypter comme un message d’un entrepreneur anglo-saxon par rapport à la France. Cette lettre n’est pas anodine. Il ne faut surtout pas effrayer les investisseurs qui pourraient mettre de l’argent dans nos entreprises, dans notre pays. Cette réaction est ennuyeuse car elle peut refléter des signaux faibles.
 
La France a un problème d’image. Il faut la rectifier par de la communication sur l’attractivité du terreau et des faits. Et là, les lois ont toute leur importance. Or certaines lois comme la fiscalité à 75 % font le tour du monde. Tout récemment, le Sénat a voté l’amnistie des casseurs dans les entreprises, c’est absurde ! Cela dénote le manque de culture économique de nos élus. On est un des derniers pays occidentaux où il y a un tel décalage entre la sphère privée et la sphère publique. La sphère privée se bat, tente de s’adapter continuellement, tente d’exporter mais on est de moins en moins bons – l’industrie a perdu 1.000 usines en trois ans – et vous avez une sphère publique qui continue de vivre et de pondre des lois antiéconomiques. C’est insupportable. 

Vous évoquez les freins au développement. Comment les lever ? Quels sont les leviers de compétitivité ? 
La compétitivité est composée d’une compétitivité coût (les facteurs exogènes à l’entreprise) et hors coût (facteurs endogènes). Or la compétitivité hors coût, qui repose sur l’innovation, le savoir-faire et les process industriels, la capacité à développer ses clients, à former et mobiliser les hommes et femmes de l’entreprise, n’est possible que s’il y a une compétitivé coût. Les chiffres de nos marges dans l’entreprise sont très faibles. Dans l’entreprise, l’excédent brut d’exploitation est de 22 %, ce qui doit correspondre à 1,5 % de résultat net, à comparer à 34 % en Allemagne , donc entre 6 et 7 % de résultat net. C’est là que le gouvernement et les élus interviennent : si vous gardez cette asphyxie, les entreprises ne pourront pas innover, embaucher, investir. Pour redresser les marges il faut agir sur le coût du travail, de l’euro fort, de la fiscalité et des 35 heures, qui pénalisent surtout les petites entreprises. Le rapport Gallois est une première étape mais les 20 Md€ de crédit impôt pour la compétitivité se sont pas suffisants. Au niveau du GFI, nous demandons un effort de 50 Md€.

Propos recueillis par Claire Pourprix

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