

Rencontre
ajouté le 2 avril 2010 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, Marie Franqueza, conserverie au bec fin, cogolin, Femmes chefs d'entreprises du Golfe de Saint-Tropez, présidente, tradition provençale, FCE, agroalimentaire, Prides art de vivre en Provence
La dirigeante de la Conserverie au Bec Fin, Marie Franqueza, cultive l'art de vivre à la provençale. Ces traditions, elle les défend d'abord dans l'assiette. Elle les partage aussi car cette ambassadrice de la cuisine authentique est une femme de réseaux, en quête de rencontres.
Hélène Lascols
Derrière les portes de la Conserverie au Bec Fin, une fois la nuit tombée et le calme revenu dans les salles de production, il n'est pas rare de surprendre Marie Franqueza aux fourneaux en compagnie de Michel Dallari, son associé, à la scène comme à la ville. Derrière son piano de cuisine, qu'elle a fait installer à côté de ses bureaux lors du déménagement de l'entreprise en 2006, elle joue du mixeur, fait bouillir les marmites et assaisonne le tout d'un sacré tour de main pour exalter les saveurs de la Provence. Pourtant, Marie Franqueza n'est pas cuisinière. Elle n'est pas non plus l'héritière d'une tradition familiale: son père avait une entreprise dans les travaux publics. Et, cerise sur le gâteau, elle n'est pas née en Provence, «même si après presque quatre décennies passées sur ces terres, je pense que je peux dire que je suis varoise», confie-t-elle.
Ambassadrice d'un art de vivre made in Provence
Une autodidacte pur jus, donc, qui est aujourd'hui régulièrement présentée comme la porte-parole de la gastronomie provençale. Un titre qu'elle n'a pas volé. Parce que cette ambassadrice ne se ménage pas et lorsqu'elle ne concocte pas de nouvelles recettes, elle échange sa toque contre sa casquette de directrice commerciale. «Marie aime les gens. C'est donc très naturellement, qu'elle a pris les rênes du développement commercial de l'entreprise», explique Michel Dallari, qui lui est responsable de la production. La dirigeante reçoit généralement ses clients autour d'une soupe de poissons mijotée «en direct», si bien que «lorsqu'on entre dans la Conserverie, on ne sait jamais à quelle heure on va en sortir», remarque Michel Dallari. Elle parcourt aussi le monde ou sillonne les routes de l'Hexagone. «J'ai eu la chance de me déplacer dans toutes les régions françaises pour apporter un peu de Provence et de soleil à leurs tables». De ses voyages à travers les traditions régionales, Marie Franqueza s'enrichit personnellement mais elle retient également que l'art de la cuisine provençale n'est pas suffisamment ?cultivé?. «En Alsace, vous n'aurez aucun mal à trouver un restaurant pour vous servir une choucroute, en Bretagne une crêperie. Et bien ici, je vous défie de trouver un restaurant qui a à sa carte des farcis», raconte-t-elle.
Le goût de l'authentique
Cette perte d'identité, elle la combat au quotidien «sans ringardise». Dans son entreprise, mais aussi avec d'autres entrepreneurs, réunis au sein d'un pôle baptisé «Art de vivre en Provence». La création de la conserverie au Bec Fin allait en effet déjà dans ce sens. «Les entreprises agroalimentaires se sont industrialisées pour des raisons économiques. Mais la richesse de notre cuisine méritait aussi d'avoir le goût de l'authentique». Depuis, elle réalise des soupes de poissons «avec du poisson, pêché sur nos côtés», s'amuse-t-elle à préciser, des bocaux avec des produits locaux et de saisons.
Femme de réseaux
La cuisine, c'est donc son truc à Marie... Parce qu'elle permet de s'évader et que la dirigeante constate finalement qu'elle est un électron libre. Parce qu'elle réunit aussi. Et, ce goût pour les rencontres, Marie Franqueza le cultive aussi dans des réseaux. Elle est élue à l'union patronale du Var, elle a été présidente de l'office de tourisme de Cogolin pendant 12 ans. Elle revendique aussi depuis 10 ans son statut de femme chef d'entreprise au sein du réseau éponyme et a même créé une antenne sur le Golfe de Saint-Tropez en 2003. «Rien à voir avec du féminisme, souligne Marie Franqueza. Notre objectif est de faire reconnaître nos compétences au sein d'instances représentatives». Mais il reste encore du chemin à parcourir et ouvre d'ailleurs en grand les portes de son réseau aux dirigeantes qui ont la même envie de «rompre leur isolement, de partager, de s'informer».
Lors de votre déménagement en 2006, vous avez saisi l'occasion de mettre en place le concept de tourisme économique. Pouvez-vous nous expliquer? Dès le départ, nous avions pour idée de créer un petit musée attenant à la boutique pour accueillir les touristes. Lorsque nous avons entériné la décision de déménager, nous avons donc tout fait pour ouvrir l'entreprise aux touristes. L'usine a ainsi été conçue en fonction de ce projetavec une salle panoramique qui permet de visualiser toute la production, une salle d'accueil des groupes qui découvrent sur écran l'histoire de l'entreprise, des aquariums pour découvrir les poissons utilisés dans les fabrications de la conserverie. Grâce à ce nouvel outil, l'entreprise accueille hors saison entre deux et trois groupes par jour.
Vous faites partie du Conseil d'administration qui a impulsé la création du Prides Art de vivre en Provence. Quel est l'objectif de cette structure?
Le Pôle régional d'innovation et de développement économique solidaire «Art de vivre en Provence» sort tout juste de l'oeuf car il a été particulièrement long à mettre en place. L'axe autour duquel nous avons voulu nous rassembler est l'art des sens, qui touche à des métiers, des secteurs d'activités très différents. Déguster, recevoir, habiter, décorer, s'habiller, sentir... Nous avons l'ambition de faire l'union de toutes ces thématiques. C'est de là qu'est née la complexité à regrouper des entreprises. Mais aujourd'hui, il a une existence et est implanté à Brignoles, il va émerger à son rythme, des adhérents vont être recrutés et le pôle va être mis en valeur. Son objectif prioritaire est de développer l'art de vivre en Provence à l'export. Nous voulons être une passerelle pour aider les entreprises à se lancer à l'étranger, mais nous ne nous superposerons pas à ce qui peut déjà exister, notamment au sein des chambres de commerce. L'idée est de développer la reconnaissance d'une Provence qui évolue, tout en sachant conserver son caractère, ses valeurs, ses métiers.
Et, la Conserverie au Bec Fin est-elle présente à l'export aujourd'hui?
Nous réalisons à peu près 8% de notre chiffre d'affaires à l'export, mais l'étranger, surtout hors union européenne reste difficile à atteindre. La Provence fait rêver dans le monde entier, mais je ne peux prétendre qu'un étranger a le palais suffisamment éduqué à nos saveurs pour décréter que nos produits sont les meilleurs. En général, notre présence dans un pays, comme c'est le cas par exemple au Japon, démarre par un vrai coup de coeur. Les produits de la conserverie sont également vendus à Singapour, aux États-Unis, au Mexique, à Dubaï et dans la plupart des pays européens.
En France, sur quels circuits de distribution s'appuie l'entreprise?
En France, nous accordons une importance particulière au salon de l'alimentation (Sial). Il s'agit pour nous d'un incontournable. Il se déroule tous les deux ans sur Paris et est pour nous l'occasion de présenter nos dernières nouveautés et de rencontrer les distributeurs. Aujourd'hui, sur l'Hexagone, nos produits sont notamment en vente à Lafayette Gourmets à Paris, à la Grande Épicerie toujours dans la capitale, dans les rayons des Monoprix et des magasins spécialisés et des épiceries fines des principales grandes villes.
www.au-bec-fin.com
1952
Naissance dans Le Loiret.
1970
Diplôme de comptabilité et secrétariat.
1971-1973
Première expérience professionnelle chez un négociant en vin à Brignoles.
1973-1975
Travaille dans l'entreprise familiale, spécialisée dans les travaux publics.
1975-1991
Travaille chez Soleillou, à Salernes. Elle débute à l'administration des ventes et terminera au poste de directrice commerciale.
1991
Création de la Conserverie au Bec Fin avec Michel Dallari.
2003
Après avoir fait ses armes au sein de la délégation toulonnaise des Femmes Chefs d'entreprises, elle lance une antenne sur le Golfe de Saint-Tropez.
2006
La Conserverie au Bec Fin s'installe dans de nouveaux locaux.
2009
Participe à la création du Prides Art de vivre en Provence.
Elle aime: - Les gens, les échanges, le contact. «Mon métier me permet tout ça à la fois parce que je m'occupe dans l'entreprise de toute la fonction commerciale. En fait, j'ai beaucoup de chance parce je rencontre des personnes d'origines très différentes». - La vie, la sincérité et la simplicité. - Les voyages. Elle n'aime pas: - «Les contraintes, alors même que j'en subis tous les jours parce que je suis chef d'entreprise. Quand on est dirigeant, on éprouve une sensation de liberté, qu'on n'a pas en réalité». - «Les coutumes, même si je les respecte». - «L'hypocrisie».
JDE | Édition Var 83 | 2 avril 2010

