Provence-Côte-d'Azur

L'Enquête

JDE Edition Var 83

Révolutions en Méditerranée. Quels enjeux pour les PME de Paca ?

ajouté le 1 avril 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, révolutions, révoltes, méditerranée, business, paca, pme, coface, génoyer, alexport, _adeci, _gilclaude, _politext, _International, _export

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Du 14 au 17 janvier derniers, le trafic conteneurs avec la Tunisie a été bloqué.

Tunisie, Égypte, Libye...: les premiers mois de cette année ont été marqués par les ?révolutions arabes?. Comment les PME de Paca qui travaillent étroitement avec ces pays ont-elles vécu ces événements? Ce vaste mouvement d'émancipation politique peut-il avoir des répercussions économiques? Quelles conséquences pour le futur business méditerranéen?

Un dossier réalisé par Alexandre Léoty

En janvier et février derniers, en l'espace de seulement quelques jours, deux régimes autoritaires sont tombés sous la pression de la rue: la Tunisie et l'Égypte. Quant au sort de la Libye, troisième pays méditerranéen à s'être soulevé, il n'est pas encore scellé à l'heure où nous bouclons ce numéro. Au-delà des enjeux centraux de ces mouvements révolutionnaires, qui illustrent avant tout un élan démocratique historique, certaines conséquences immédiates ont été ressenties de manière pragmatique de notre côté de la Méditerranée. Et plus particulièrement au sein du tissu économique de la région Paca. Car en matière d'échanges commerciaux, les entreprises des deux rives ont noué au fil des ans une relation privilégiée. En effet, les pays du pourtour méditerranéen (hors Europe) ont absorbé plus de 16% des exportations de la région Paca au premier semestre 2010, tandis que les importations en provenance de cette zone représentaient près de 29% du flux de la région. Très directement, la Tunisie se classait début 2010 au huitième rang en terme d'exportation pour les entreprises locales. Quant à la Libye, elle était à la première marche du podium des pays fournisseurs de Paca. Pour sa part, bien que moins concernée par ces échanges, l'Égypte représente tout de même traditionnellement une terre d'opportunités pour les entreprises locales, compte tenu de l'importance du marché concerné.

Des conséquences directes
Ainsi, c'est tout un écosystème historiquement favorable aux échanges avec le tissu économique de Paca qui a basculé en début d'année. Un renversement que les entreprises locales mobilisées sur ces marchés ont vécu de manière frontale (lire ci-contre). C'est par exemple le cas du groupe Génoyer, leader mondial dans la fourniture d'équipements de tuyauterie pour l'industrie pétrolière, gazière et hydraulique: «En Libye, tout est stoppé pour le moment pour nous, confie Alain Tricolet, président du directoire du groupe basé à Vitrolles. Ensuite, il y a des pays, comme l'Égypte et la Tunisie, qui vivent une mutation sociale très positive. Avec eux, nous le savons, les processus d'investissement nous concernant vont probablement être ralentis cette année». Pour certaines PME de Paca, la nouvelle donne engendre par conséquent une certaine frilosité, voire un rejet de ces pays qui étaient hier des cibles de business privilégiées. C'est ce que constate Jean Ferroni, fondateur d'Alexport, société aubagnaise d'accompagnement à l'international, spécialiste de ces pays et plus particulièrement de l'Égypte: «Pour une structure comme la nôtre, les temps sont durs. Nous serons d'ailleurs amenés à nous poser des questions sur notre activité d'ici à l'année prochaine. Car aujourd'hui, il est devenu compliqué de convaincre une entreprise de cibler le marché égyptien. Certaines de nos missions ont été annulées, pour des questions de sécurité et d'instabilité politique. Il est d'ailleurs naturel pour les PME, qui disposent souvent d'une vision stratégique à court terme de leur développement, de se tourner vers d'autres pays, en se disant: ?On verra plus tard?. Soyons clairs: si j'étais une PME locale, qui n'a, par définition, pas le droit de manquer son pari, j'attendrais quelques mois... Quant à ceux qui y travaillent déjà, certains gagneront et d'autres perdront, sur le principe des vases communicants. Car les cartes vont être redistribuées. Mais il est clair que des opportunités seront probablement à saisir dans six mois ou dans un an».

Un partenariat renforcé ?
À plus long terme, en effet, c'est toute la carte du business méditerranéen qui pourrait être redessinée. Pour autant, les analystes restent prudents. «La Tunisie et l'Égypte étaient des pays déjà très ouverts aux affaires, rappelle Christian Allemand, directeur régional Paca de Coface. Alors, est-ce qu'une plus grande liberté politique permettra réellement de générer une plus grande liberté économique? Honnêtement, ce n'est pas certain. Bien sûr, il y aura des changements dans l'actionnariat des entreprises, et peut-être moins de concentration, mais je reste très sceptique quant à la possibilité de voir naître un très grand changement en la matière». Emmanuel Noutary, directeur du programme Invest in Med, ne cache pourtant pas son optimisme: «Ces révolutions s'appuient sur des valeurs d'égalité et de démocratie, qui sont partagées avec les pays européens. Cela devrait logiquement faciliter un renforcement du partenariat qui existe entre les deux rives de la Méditerranée».

«Cela ne va rien changer»

 Révolutions en Méditerranée.  Quels enjeux pour les PME de Paca ?

Michel Poli Gérant de la société marseillaise Politext, qui fabrique et commercialise des vêtements de sport «Nous travaillons avec la Tunisie depuis 22 ans. Nous y bénéficions de trois unités de fabrication. La dernière y a d'ailleurs été lancée en février dernier, en plein coeur des révoltes. Là-bas, la vie économique ne s'est pas arrêtée. Aujourd'hui, je suis très optimiste. Si les élections se déroulent bien, il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Car c'est la population qui décide. Ces mouvements de révolte peuvent permettre d'ouvrir encore davantage le commerce et l'industrie. Des acteurs tunisiens qui, auparavant, étaient parfois obligés de se lier à Ben Ali, auront désormais les moyens d'investir et d'innover. Pour eux, cela peut se traduire par une véritable ouverture. Mais pour nous, cela ne va sans doute quasiment rien changer. Nous projetons de monter en Tunisie une chaîne de magasins de vélos. Pour le moment, les choses sont un peu figées, mais nous avons déjà trouvé des investisseurs. Il faudra attendre que les touristes reviennent. Cela se fera donc plutôt en 2012 qu'en 2011...»
«Le pire n'arrivera pas» Éric Ammar P-dg de la société textile marseillaise GilClaude «Nous possédons depuis 11 ans un site en Égypte, qui emploie 300 personnes et génère près de 90% de notre production. De même, depuis 2010, nous commercialisons nos collections dans ce pays, à travers la grande distribution. Du côté de notre unité de fabrication, nous avons ressenti les effets des événements, notamment au cours de la première semaine, durant laquelle nous avons été obligés de fermer notre site en raison du couvre-feu. Dès la deuxième semaine, l'ensemble de notre personnel était au rendez-vous, mais nous avons subi des problèmes d'approvisionnement en matières premières et des perturbations dans les relations douanières. A partir du 12février, une véritable euphorie a envahi l'usine. Nous avons senti un grand réinvestissement de nos équipes, tandis que notre politique sociale nous permettait d'éviter les mouvements sociaux. Nous avons enregistré une baisse d'activité de 30% en février, puis les choses ont redémarré. Du côté des points de vente, les perturbations ont été plus importantes, avec une baisse de CA de 25 % prévue pour 2011. Le retour à la normale prendra sans doute un peu plus de temps. Au global, à moyen terme, je n'entrevois pas de risque majeur au niveau de l'activité économique. L'Égypte a le souhait de s'ouvrir vers l'extérieur. Nous sommes convaincus que le pire n'arrivera pas».
ILS TEMOIGNENT

«Attention aux mauvaises affaires»

 Révolutions en Méditerranée.  Quels enjeux pour les PME de Paca ?


Quelle est votre perception du risque dans les trois pays qui se sont soulevés?
Pour le moment, nous n'avons pas senti d'affolement. Bien entendu, nous restons vigilants, puisque c'est l'essence même de notre métier. Mais globalement, nous avons maintenu nos garanties dans les trois pays concernés, bien qu'en Libye, nous n'en délivrions plus de nouvelles, compte tenu de la situation. Nous conseillons toutefois, en Tunisie par exemple, de faire très attention aux entreprises liées à l'ancien gouvernement. Mais franchement, nous ne pensons pas que tout cela aura de grandes conséquences pour les entreprises régionales.

[--------]Quel conseil donneriez-vous aux chefs d'en
[/--------]
treprises de Paca? Est-ce le moment de se positionner sur ces marchés?
Je pense que les entreprises locales qui souhaiteraient travailler avec ces pays doivent étudier le risque avec encore plus de précaution qu'auparavant. Car dans un contexte où le risque est plus difficile à cerner, et c'est indéniablement le cas aujourd'hui, prendre un nouveau marché peut conduire à prendre un marché ?pourri?. Il convient donc d'analyser les opportunités avec attention, afin de ne pas faire de mauvaise affaire.

JDE | Édition Var 83 | 1 avril 2011

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