Provence-Côte-d'Azur

L'Enquête

JDE Edition Var 83

Desserte de la Corse. Le port de Toulon en première ligne

ajouté le 4 février 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois

  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Envoyez l'article à un ami
  • Imprimez l'article
  • Flux RSS
  • L'article au format PDF
  • Ajoutez cet article
  • Réagissez à cet article
  • Partager l'article sur Facebook
  • Partager l'article sur Twitter
Depuis 2002, l'augmentation de l'offre vers la Corse a conduit à une baisse généralisée des prix, avec une répercussion sur les conditions d'exploitation des compagnies opérant dans le cadre des obligations de service public. Ces évolutions ont modifié l'équilibre économique du dispositif, en produisant une réduction des recettes des compagnies délégataires et une augmentation du montant des compensations financières pesant sur le budget de la Collectivité. (Photo CCIV)

Fin 2010, les déclarations du président de l'office des transports de Corse ont relancé la bataille pour la desserte de l'île de beauté. En proposant une suppression de l'aide sociale aux passagers et une remise à plat de l'actuelle DSP, les élus corses ont semé l'inquiétude sur le port de Toulon.

Dossier réalisé par Hélène Lascols

«Le système de financement de la continuité territoriale dans le transport maritime est manifestement arrivé au bout de sa logique», selon un rapport de la chambre régionale des comptes, qui pointe du doigt les comptes de gestion de l'office des transports de la Corse, dont les pertes s'élèveront à 10M€ en 2010.

Deux systèmes concurrents
Le volet maritime du dispositif de continuité territoriale s'élevait à 133millions d'euros en 2009. Une part (114M€) va au système de délégation de service public instauré au départ de Marseille et détenu par la SNCM et la CNM. Le reste est distribué au titre de l'aide sociale aux passagers. Créée en 2002, cette aide a suivi la progression importante du nombre de passagers au départ des ports de Toulon et Nice et son enveloppe a atteint un peu plus de 21,5M€ en 2009, contre 7,5M€ en 2002. Finalement, «la collectivité et l'office des transports de Corse supportent deux fois le coût de l'aide au transport de passagers: par le biais d'une aide individuelle, instituée sur des lignes en plein essor et par le biais du financement global d'une DSP couvrant des lignes pour lesquelles le trafic est resté stable. Les deux systèmes sont donc devenus concurrents», résume la Chambre régionale des comptes. Pour stopper cette hémorragie, la collectivité territoriale a alors laissé entendre que l'actuelle DSP pourrait ne pas aller à son terme prévu, 2013. Voire pourrait être étendue au port de Toulon. Paul-Marie Bartoli, président de l'office des transports de la Corse, a quant à lui proposer la suppression de l'aide sociale. Ces propos ont semé l'inquiétude. Car, «si suppression de l'aide il y a, il y aura forcément une baisse du trafic», annonce Pierre Mattei, directeur général de la Corsica Ferries, principal opérateur au départ du port de Toulon. «Quant à la DSP, si elle est étendue, cela reviendrait à nous éjecter purement et simplement et à revenir aux années d'avant 2001 où le trafic était moribond en rade de Toulon».

L'aide sociale a boostétoute une économie
Attaquée de toutes parts, cette aide sociale reste pourtant beaucoup moins chère que la DSP et a contribué à développer un service de transport fiable et régulier entre la Corse et le continent et en particulier au départ de Toulon. Avant 2002, le port varois enregistrait moins de 200.000 passagers vers l'île de beauté. En 2009, il est devenu le premier port du continent vers la Corse avec 1,15million de passagers transportés par la Corsica. En 2010, une nouvelle compagnie, la Moby Lines, s'est même invitée sur cette ligne et a transporté sur 6 mois 115.000 passagers et la Corsica a proposé 600.000 places supplémentaires au départ de Toulon. «Depuis la création de l'aide sociale, un nouveau marché a émergé», remarque Pierre Mattei. Au-delà du port, c'est aussi toute une économie qui a bénéficié de cet essor. «La première année d'exploitation de la ligne Toulon-Corse par la Corsica, les hôtels de la capitale varoise ont enregistré une hausse de 30% de leurs réservations», selon Pierre Mattei. Sa compagnie embauche également une quinzaine de personnes en direct et une trentaine de dockers et apporte de l'activité à une dizaine d'entreprises toulonnaises. Jean-Michel Fernandez, dirigeant de la Scoop de lamanage considère ainsi que l'activité ferry est devenue un moteur essentiel et indispensable de l'économie portuaire sur Toulon. Enfin, les commerçants du centre-ville profitent aussi pleinement de cette clientèle ferry, dont les dépenses sont estimées entre 12 et 13euros, selon la CCI du Var. «L'aide sociale a enclenché un système vertueux et une augmentation du trafic grâce à une baisse des prix qu'elle a permis», renchérit Pierre Mattei. Elle a aussi contribué - du fait du recours à des navires mixtes - à développer une capacité de fret importante et «une baisse du trafic aurait inévitablement des conséquences pour les transporteurs, qui utilisent cette ligne», selon Antoine Breschi, directeur général de la CCI du Var.


La contre-attaque s'organise
Que ce soit la suppression de l'aide sociale ou bien un élargissement de la DSP à Toulon, ces deux hypothèses menacent l'équilibre économique du port. Mobilisée, la CCI du Var a remis une note à Thierry Mariani, secrétaire d'État chargé des transports sur l'évolution de la desserte maritime de la Corse et ses conséquences pour le Var et le port de Toulon. De son côté, la Corsica a lancé une pétition contre la suppression de l'aide sociale et atteint en 15 jours 12.592 signatures. «Les Corses aussi ont compris ce qu'ils pouvaient perdre avec la suppression de l'aide, c'est-à-dire la possibilité de voyager toute l'année avec des prix bas et de manière fiable». La première bataille, menée en novembre, n'a pas été gagnée mais elle n'a pas été perdue pour Pierre Mattei, qui se dit ouvert au débat et à un meilleur contrôle de l'aide sociale, «du moment que les règles du jeu ne sont pas changées en cours de match».

«L'activité ferry a contribué à sauver le port de Toulon»

 Desserte de la Corse.  Le port de Toulon en première ligne

Dans le port de Toulon, une dizaine d'entreprises dépend directement du trafic dans la rade. Elles emploient des dockers pour la manutention, des pilotes pour l'accompagnement des bateaux de la haute mer vers le port ou encore des lamaneurs qui garantissent l'arrivée des bateaux et leur départ, ainsi que leur sécurité pendant les escales. Ce dernier métier est assuré par la société coopérative maritime du Lamanage de Toulon Brégaillon, une société qui a connu avant 2002 des années particulièrement difficiles suite à la perte de trafic sur Brégaillon. «L'arrivée de la Corsica Ferries nous a permis de rebondir, de pérenniser les 4 emplois existants. Puis de créer très vite deux postes supplémentaires et d'arriver désormais à un effectif total de 10 personnes», explique Jean-Michel Fernandez, son gérant. Aujourd'hui, la compagnie corse représente près de la moitié de l'activité de la Scoop. «Son arrivée a largement contribué à sauver le port qui était alors en perte de vitesse. Elle a permis à Toulon de devenir un vrai port et d'afficher ces dernières années l'un des meilleurs taux de remplissage des quais (qui certes sont peu nombreux) en France». Et malgré le boom de la croisière ces dernières années, la Corsica reste un moteur essentiel pour le port et les entreprises qui gravitent autour, selon Jean-Michel Fernandez. Alors, si baisse du trafic il y a, le dirigeant confie qu'il s'adaptera, qu'il fera preuve de pragmatisme, «mais ce serait bien regrettable...»D'autant que cela aura non seulement des conséquences sur son activité, mais aussi sur celle des entreprises que la Scoop fait travailler en sous-traitance, notamment pour l'entretien de son matériel. Finalement, ces menaces qui pèsent sur l'aide sociale aux passagers, Jean-Michel Fernandez a du mal à les comprendre car «les élus corses devraient pourtant apprécier le service régulier et sans mauvaise surprise (grève) rendu par la Corsica et la Moby!».TEMOIGNAGE

«Des retombées importantes»

 Desserte de la Corse.  Le port de Toulon en première ligne


Depuis sa création en 2002, qu'a permis l'aide sociale aux passagers?
Cette aide a permis de baisser les prix des traversées et ainsi d'augmenter considérablement le nombre de passagers. En 2009, la Corsica Ferries a transporté plus de 1,15million de passagers entre Toulon et la Corse. La Moby Lines, arrivée le 1eravril 2010, a transporté 115.000 passagers sur la même ligne en six mois. L'aide sociale assure aussi une régularité de trafic et permet de générer une activité stable toute l'année. Enfin, elle a également créé des retombées économiques très importantes pour les ports et pour la Corse.
Quelles sont ces retombées économiques?
La présence de passagers ferry a un impact fort sur le chiffre d'affaires des commerces du centre-ville de Toulon. Cette clientèle est identifiée et perçue comme importante par les commerçants. Elle dépense en moyenne entre 12 et 13euros dans nos commerces.
Quelles seraient les conséquences d'une remise en cause de l'activité ferry à Toulon?
Toute menace sur l'activité ferry viendrait perturber non seulement la concession du port de Toulon, mais aussi les activités commerçantes du centre-ville et les activités liées au fret.
L'une des pistes des élus de Corse serait d'inclure le port de Toulon dans une future délégation de service public. Qu'en pensez-vous?
La DSP est nécessaire là où l'entreprise privée ne peut répondre à l'intérêt général. Au départ de Toulon, depuis 2001, la clientèle est suffisante pour permettre à d

eux opérateurs d'être présents. Ils ont réussi à s'organiser sans DSP. Englober Toulon à une DSP ne résiste pas à l'analyse. (Photo J.-M.Fidanza)

CCI du Var

www.var.cci.fr Corsica ferries www.corsica-ferries.fr Moby Lines www.mobylines.fr Office des transports de Corse www.office-transports-corse.fr Lamanage Toulon 049442 2923EN SAVOIR PLUS

JDE | Édition Var 83 | 4 février 2011

Vos réactions Aucun commentaire

Masquer toutes les réactions

Votre commentaire

Votre commentaire


Vos réactions Aucun commentaire

Lire toutes les réactions

Palmarès des entreprises 2016

Hors-Série Palmares des entreprises - Novembre2015

Hors-Série Ressources humaines - Septembre 2016


Espace abonnementpapier - web - packChoisissez votre formule


Besoin d'aide ?
Numéro Azur : 0810 500 301

Téléchargez le numéro du mois

JDE édition 44 - juin 2012