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JDE Edition Seine-Maritime 76

Christian Leroux. La voix des portuaires

ajouté le 5 novembre 2010  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, Christian Leroux, UMEP, le Havre

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Havrais pure souche, à bientôt 67 ans Christian Leroux affiche un parcours professionnel entièrement dédié à la logistique. Il dirige depuis 1994 la société LPO, devenue LPO-Sogena en 2009.

Président de l'Union Maritime et Portuaire de France, le P-dg de LPO-Sogena déplore «le manque de reconnaissance des professionnels portuaires» qui représentent près de 100.000 emplois en France. Mais dans la tempête, il assure vouloir rester un homme de dialogue.

Si Christian Leroux reconnaît avoir sollicité une audience auprès de Matignon pour aborder la situation de crise qui prévaut dans les ports français, il admet ne guère se faire d'illusion sur l'éventuelle issue de sa demande. Question de contexte, bien sûr, avec un ministre de tutelle, Dominique Bussereau, qui n'a pas fait mystère de sa volonté de quitter le gouvernement à l'occasion du prochain remaniement; mais aussi de perception: «le non-intérêt que l'on porte aux professionnels portuaires est tout simplement ahurissant», s'étonne le président de l'Union maritime et portuaire de France (UMPF).

«On ne peut pas ignorer le poids de l'Histoire»
Un désamour qu'il ne s'explique pas pour un secteur qui représente près de 100.000 emplois au plan national et dont le poids économique dans la région et notamment auHavre n'est plus à démontrer. Alors face à une réforme portuaire qui n'en finit plus de faire des remous et à laquelle se greffe depuis quelques semaines le conflit social sur la réforme des retraites, cette figure historique de la place portuaire havraise veut pousser «un coup de gueule»: «après le fiasco de la Coupe du Monde, le président de la République a reçu dans la foulée Thierry Henry, s'amuse Christian Leroux, alors que nous, cela fait des mois que l'on donne de la voix!» Depuis deux ans qu'il a pris la suite de Pierre Hannon (ancien président de l'Union Portuaire Rouennaise) à la tête de l'UMPF, le P-dg de LPO-Sogena ne ménage pourtant pas ses efforts pour tenter d'équilibrer un rapport de force qui penche avantageusement du côté de syndicats «qui ont su organiser un système de pression très efficace», reconnaît Christian Leroux. «On ne peut pas ignorer le poids de l'Histoire, philosophe le président de l'Union Maritime et Portuaire duHavre (UMEP) évoquant «la capacité de nuisance» d'un milieu syndical «qui ne lâche rien et à qui on a toujours tout lâché!»

«L'Évangile selon Saint Leroux»
Des acteurs portuaires qu'il connaît bien, et depuis longtemps: «je ne débarque pas dans le métier» explique celui qui vécut enfant «dans un immeuble où 95% des gens étaient des dockers». Alors même s'il déplore la «mainmise» des syndicats, le représentant des entreprises portuaires havraises préfère jouer l'apaisement en cette période de conflit. Question de bon sens: «dans nos entreprises, nous avons tous des filles, des femmes ou des nièces de grutiers, alors comment voulez-vous qu'ils s'insurgent contre les blocages?» explique Christian Leroux qui fustige même la campagne de communication du patronat marseillais qui a mis il y a quelques semaines à l'index, par voie de presse, le statut «avantageux» des grutiers. «Le problème ce ne sont pas les revenus des grutiers, mais le fait qu'ils travaillent plus», résume le vice-président du conseil de surveillance du Grand Port Maritime duHavre (GPMH). Un établissement dont il n'aurait pas boudé la présidence, s'il n'eut été touché par la limite d'âge. «Mais je ne suis pas sûr que l'on m'aurait offert le poste», corrige-t-il immédiatement, se félicitant même d'être aujourd'hui «le seul professionnel portuaire» à siéger au conseil de surveillance. Homme de consensus et de dialogue, Christian Leroux sait aussi taper du poing sur la table quand il le faut, dans son entreprise LPO-Sogena, notamment: «c'est l'Évangile selon Saint Leroux!» Alors même s'il n'est pas question «de recréer les affrontements d'hier» avec les syndicats, il prévient: «il y a toujours un seuil critique!»

Guillaume Ducable

«Aujourd'hui, nous courrons un vrai risque»

Président de l'Union maritime et portuaire duHavre, Christian Leroux est depuis deux ans à la tête de l'UMPF, structure nationale qui regroupe les acteurs portuaires.
Les grèves actuelles dans les ports français laisseront-elles des traces? La grève est suicidaire et on ne perçoit pas assez aujourd'hui la nocivité de ces mouvements pour les ports français.
Pourquoi semble-t-il si difficile de trouver une issue à ces mouvements à répétition? Le problème c'est que depuis vingt ans on délivre des ordonnances sans connaître le diagnostic! C'est très français comme méthode: on se dit «ils vont comprendre, ils vont changer...». Mais nous avons face à nous un milieu syndical qui ne lâche rien et à qui on a tout lâché. Ils ont un réel pouvoir de nuisance et ils n'ont jamais eu d'opposition. Ils se pensent en martyrs des luttes sociales, mais ce ne sont pas «les damnés de la terre». Cette image relève du folklore et il faut avoir le courage de le dire. La mécanisation a apporté un confort extraordinaire dans les conditions de travail, mais les gens en veulent toujours plus. Mais en face, il y a la réalité économique.
Comment les professionnels portuaires havrais traversent-ils cette crise? Nous avons ici une qualité particulière, c'est la faculté des professionnels havrais à persuader leurs clients de continuer à venir auHavre, et même parfois avec l'aide des syndicats qui démontrent que l'on peut avoir ici des cadences très performantes. Cette ville est depuis longtemps fragilisée par les mouvements sociaux mais elle a su rester attractive grâce à une très forte concentration d'énergie, de qualité et d'intelligence. Mais aujourd'hui, c'est vrai, nous courrons un vrai risque!
...Le risque que les armateurs se détournent? C'est plus complexe que cela. Je crois que dès qu'il y a du fret, les bateaux viennent. C'est la loi de l'offre et de la demande. Et puis nos concurrents ont aussi leurs difficultés. Anvers, ce n'est pas non plus un long fleuve tranquille.
Vous dites regretter que les milieux portuaires ne soient pas plus écoutés?
Le non-intérêt que l'État porte aux professionnels portuaires est ahurissant alors même que notre activité est la plus porteuse en termes d'emplois auHavre. Nous donnons accès au monde du travail à des gens qui n'ont pas Bac +5!

Parcours



1943 Naissance au Havre.
1972
Départ pour l'Algérie. Il participe aux opération de transit pour la raffinerie d'Oran.
1981 Embauché par le transitaire marseillais Bonnieux, depuis racheté par Sagatrans.
1991 Prend la présidence du Propeller club du Havre.
1994

Christian Leroux crée la société LPO, spécialisée dans le transport de matières dangereuses.
1997 Elu à la tête de l'Union Maritime et Portuaire du Havre (UMEP). Il a été réélu en 2009 pour un 5e mandat.
1998 Elu vice-président de la CCI du Havre. Siège au conseil d'administration du Port autonome du Havre (vice-président).
2008 Succède à Pierre Hannon à la tête de l'UMPF.

JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 5 novembre 2010

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