Fait du mois
L'économie sera-t-elle un enjeu fondamental du scrutin régional de 2010? A en croire les candidats à la présidence de la collectivité, cela ne fait aucun doute. Et les sujets sont nombreux: Ligne à grande vitesse, EPR, énergies nouvelles, filières, emploi, innovation, formation... Des grands chantiers indispensables au développement économique de la région au lendemain des élections des 14 et 21mars.
Dossier S.C. et G.D.
Le Medef a des idées pour développer l'économie régionale et a tenu à le faire savoir aux différents candidats à travers un document répertoriant «10 priorités» pour la Haute-Normandie.
«Ce serait bien que les électeurs comprennent que les régions ont un rôle à jouer sur le plan économique», estimait Laurence Parisot lors de son passage à Rouen en février dernier. Ce serait bien, aussi, que les candidats eux-mêmes prennent à bras-le-corps les revendications des entreprises! C'est en substance le message que le Medef régional a voulu faire passer en publiant quelques semaines avant le 1er tour «Les 10 priorités Medef en Haute-Normandie».
«Qu'a fait ma région?»
Un document, pour Francis Da Costa, le président du Medef régional, conçu comme un outil d'aide à la décision. «Chacun doit se demander à travers cette grille de lecture: Qu'à fait ma région? A-t-elle aidé les entreprises? A-t-elle mené des politiques utiles aux entreprises?». Un président qui insiste: «Nous ne demandons pas des subventions, mais plutôt qu'avez-vous fait pour porter telle ou telle infrastructure...». Des dix priorités, on pourra retenir la volonté de l'organisation patronale «d'étendre le dialogue économique et social territorial», à travers notamment le renforcement du rôle du CESR (conseil économique et social régional) ou encore «la promotion des processus permanents de concertation (...) entre acteurs publics, économiques et partenaires sociaux». Le Medef insiste également sur le soutien des stratégies territoriales de développement économique à travers notamment une fiscalité locale plus homogène et plus incitative; le développement de l'attractivité par les infrastructures et les services de transport (avec en tête de pont la «coordination de l'offre aéroportuaire normande» ou encore «la garantie d'une liaison ferroviaire performante avec Paris et Roissy).
«S'appuyer sur la marque Normandie»
Le document fait la part belle aux besoins en termes de formation et d'apprentissage ainsi qu'à la nécessité, pour le Medef, «d'encourager l'esprit d'entreprendre en facilitant la création et la reprise d'entreprises», à travers notamment la promotion des outils de capital risque et de capital développement. Plus largement, l'organisation appelle à un «renouvellement de la politique industrielle haut-normande», et au soutien des filières. Enfin, le Medef dit vouloir favoriser «l'ancrage des entreprises régionales grâce à la recherche et l'innovation», «renforcer le tertiaire stratégique (logistique, TIC...), développer les synergies interrégionales à travers les filières et les pôles de compétitivité, et surtout promouvoir l'image d'une région «qui reste pénalisée par une image négative d'un territoire industriel en déclin» en s'appuyant davantage sur «la marque Normandie»!
Tête de liste du parti socialiste (PS), Alain LeVern espère conserver la présidence de la Région pour une troisième mandature.
«1.650 hauts-normands ont bénéficié de notre dispositif coup de pouce, 20.000 personnes par an bénéficient des formations professionnelles régionales, 7.000 emplois créés ou maintenus grâce au soutien de la Région». Président sortant, Alain Le Vern aime à rappeler son bilan qui lui a permis de recevoir l'appellation de «Région la mieux gérée de France». Et si on lui oppose la critique de son principal concurrent à ce sujet, il sourit: «Il devrait prendre exemple sur nous pour gérer le pays, qui ne serait alors pas au bord de la rupture». «Apprendre à raisonner en réseaux», c'est la voie suivie par Alain Le Vern. Pour cela plusieurs actions ont été menées: mise en place d'un schéma régional d'aménagement du territoire (SRADT) en 2006, ainsi qu'un Schéma régional de développement économique (SRDE) accompagné d'un portail internet (www.hn-espace-entreprises), où les entreprises peuvent déposer leur demande d'aide directement dans un dossier unique: «Une vraie modernisation!», également la création du 276: «Qui a permis de croiser les politiques entre départements et Région et multiplier par deux les aides à la création d'emploi». Autre carte jouée par la Région, celle des pôles de compétitivité comme Mov'eo pour l'automobile: «Ces filières structurent l'ensemble des entreprises et permettent de les tirer vers le haut».
Développer les filières
S'il est réélu, Alain Le Vern a devant lui de nombreux chantiers: «On est dans la région où il se crée le plus d'entreprises mais nous avons insuffisamment de tertiaire. L'un des défis pour demain c'est la nouvelle gare de Rouen, pierre d'angle pour devenir un pôle tertiaire et je préfère défendre mon projet ferroviaire normand qui lui est réalisable, plutôt que croire au TGV de Sarkozy». Dans le domaine de l'industrie, le président veut multiplier l'innovation: «Améliorer la qualité et la productivité des entreprises en mettant l'accent sur la formation et devenir une région d'excellence dans tous les domaines de l'énergie». Il rappelle ainsi la récente création d'une filière énergie et plébiscite les plate-formes éoliennes off-shore. Si sur le dossier EPR, il ne se dit pas contre, en revanche, celui de terminal méthanier à Antifer l'insupporte: «Trop c'est trop, la stratégie du gouvernement est illisible». S'il reconnaît un retard dans le domaine du tourisme, il promet des actions de développement en cas de réélection: «Avec de grands événements et une offre globale». Enfin, sur la réunification, Alain Le Vern se veut en avance sur ses concurrents: «Nous avons réalisé des études sur le sujet et je veux un référendum».
Le ministre-candidat UMP Bruno Le Maire, allié aux centristes, veut créer une grande Normandie et bâtir un projet économique basé sur l'innovation et l'emploi.
«Trop de temps a été perdu, la réunification de la Normandie, c'est un enjeu majeur! Dès le prochain mandat, elle doit être menée». Pour cela, Bruno Le Maire met en avant une méthode et des projets: la création de Normandie université, un contrat interrégional de transport multimodal, l'ouverture d'une agence interrégionale de l'innovation...». Sur la méthode, Bruno Le Maire souhaite: «Une consultation des habitants et un projet de loi pour 2011». Très attaché au projet de Grand Paris, il voit dans ce dernier une opportunité à saisir pour la Normandie: «Le contexte de la réforme territoriale nous donne raison, il faut des territoires plus performants car aujourd'hui notre région pèse trop faiblement en Europe. Nous sommes au début de la sortie de crise, les Normands doivent en sortir vainqueurs avec plus de formation et d'innovation». Quant à la question de la capitale, le candidat UMP ne la voit pas comme prioritaire: «Réunifions d'abord, la question se posera après». «Quand on me dit, Région la mieux gérée de France, et que le taux de chômage y est l'un des plus élevés de France, je dis non! Il y a urgence à bâtir un projet économique pour la région». Pour développer économiquement la région, Bruno Le Maire veut investir dans l'innovation et la recherche et multiplier les partenariats: «Nous devons préparer les industries de demain et créer une dynamique pour l'emploi».
«Un retard colossal»
Autre sujet de préoccupation pour le candidat UMP, le développement des infrastructures, car selon lui, la région a pris: «Un retard colossal. Il faut faire la révolution des transports. Faire venir les entreprises c'est disposer d'un territoire attractif. Pour cela, la ligne à grande vitesse sera un atout indispensable, mais aussi réaliser le contournement Est de Rouen, le projet du parc des deux côtes au large duTréport, ou encore le fret sur Gisors. La région doit aussi devenir une vitrine d'excellence de l'énergie, grâce à l'EPR, aux éoliennes. Pour cela, nous avons le projet d'une cité européenne de l'Énergie...». Autre cheval de bataille, le développement d'une image forte de la région avec la création d'événements culturels: «Car en douze ans peu de chose a été réalisé. Il y a un décalage entre les atouts de la région et l'offre touristique faible. Ma conception de la région n'est pas celle du service minimum. C'est à partir de la Région que l'impulsion économique sera donnée. Et, je suis prêt à travailler avec tous ceux qui veulent avancer, quelque soit l'étiquette politique».
Le président de la CGPME de Haute-Normandie, Émilien Lefranc, s'inquiète du déficit d'infrastructures de la région. Pour lui, l'enjeu vital de l'élection, c'est l'attractivité du territoire.
Qu'attendez-vous de ces élections pour les entreprises? De savoir
ce que les nouveaux élus vont mettre en place pour favoriser l'attractivité du territoire et les grands bassins d'emplois. Mais aujourd'hui, il y a des problèmes d'infrastructures. Prenons l'exemple de Rouen: l'aéroport vient de perdre sa liaison avec Lyon et il n'y a toujours pas de contournement Est, c'est un grave déficit. On parle d'un aéroport international à Deauville et d'une ligne à Grande vitesse dans les dix ans; mais en attendant, comment fait-on pour venir à Rouen? Je ne vois pas un grand groupe venir s'installer sans ces moyens de transports indispensables. Cela pose la question de savoir comment on favorise l'implantation des PME et de ce que va mettre en place la collectivité, qui a la compétence économique, pour aider les entreprises.
Pensez-vous que le label «Région la mieux gérée» est une force? Une région qui n'investit pas s'appauvrie, comme une entreprise. Gérer c'est important, mais maintenant, la Région ce n'est pas que ça, elle doit investir dans l'attractivité, être un moteur du territoire.
La réunification de la Normandie est-elle indispensable?
Pour moi, une région doit être puissante car aujourd'hui, les marchés sont mondiaux. Une grande région permettrait de fédérer les moyens et d'attirer de grands groupes. La question de la capitale n'est pas prépondérante, et s'il faut la régler, tenons compte de l'avis des habitants!
Comment se portent vos adhérents face à la crise? Nous avons traité 180 dossiers d'entreprises en difficultés en 2009 et sur 1.200 adhérents, nous en avons perdu 45 qui ne sont plus chefs d'entreprises, avec toutes les répercutions que cela entraîne car s'il y a l'aspect salarial, le chef d'entreprise, lui non plus, n'est pas épargné. Si la crise n'est pas terminée, on sent un frémissement vers le mieux, mais les fonds propres et les trésoreries sont basses. L'octroi récent par BNP Paribas d'un montant de 7milliards d'euros en faveur des TPE/PME pour de nouveaux crédits d'investissements est une bonne nouvelle.
À la tête du Front de gauche dans la région, Sébastien Jumel, maire communiste de Dieppe, place l'emploi au centre des préoccupations de sa coalition.
«Si je suis élu à la tête de la région, j'y ferais entrer la démocratie économique et sociale et j'engagerai des débats avec les acteurs économiques sur l'avenir des filières industrielles». Sébastien Jumel pose clairement son jeu, l'emploi et le renouveau de l'industrie sont au coeur de ses préoccupations. Pour cela, il porte l'idée d'un Fond régional pour l'emploi: «Un dispositif qui permettrait de mettre en place des aides à taux zéro pour l'emploi et la formation. Car le tissu des PME/TPE est une vraie richesse». Selon lui, il est de la responsabilité de la Région de mettre ses moyens au service de ce renouveau. Pour cela, il préconise de s'appuyer sur l'expertise des salariés: «Qui savent comment décliner les savoir-faire», et de rappeler les projets alternatifs portés par les salariés de Renault Sandouville. La tête de liste du Front de gauche trouve qu'en temps de crise, la Région devrait investir de manière: «Plus audacieuse» et propose de se servir des marges de manoeuvre existantes pour investir et: «Combler nos retards». Comme sur le secteur tertiaire, où il souhaite diminuer la fracture numérique. L'investissement pour le Front de gauche, c'est aussi la structuration de la filière portuaire: «L'hinterland de Port 2000 doit s'intégrer dans un contexte normand réfléchi. La bataille du fret ferroviaire est prioritaire pour désenclaver le port».
«Créer la surprise!»
Quant au projet de ligne à grande vitesse, si Sébastien Jumel n'y est pas opposé, il préconise un meilleur maillage du territoire et considère le TGV comme: «Un gadget électoral à quelques semaines des élections». Le maire de Dieppe qui croit aux entreprises puisque sur son territoire il prépare les entreprises: «A travailler pour l'EPR, en obtenant des certifications et diversifiant les capacités de production». Il est aussi persuadé qu'au second tour la gauche se rassemblera et qu'une dynamique en faveur du Front de gauche est enclenchée: «Nous pouvons créer la surprise!»
La liste emmenée par Claude Taleb a fait de l'économie l'un de ses principaux chevaux de bataille. Un nouveau cap pour les Verts et leurs alliés?
La tête de liste Europe Écologie en Haute-Normandie tient à la mise au point: «Nous ne sommes pas là pour fermer des usines! Ce qui importe, c'est de faire en sorte que notre économie ne s'écroule pas». Globalement, le constat dressé par Claude Taleb et ses colistiers est le suivant: Le principal problème en région, c'est l'emploi. Et la principale solution, ce sont les eco-emplois: «Parce que les solutions du passé ne peuvent pas perdurer et qu'il faut donc en inventer de nouvelles», explique le candidat. En ligne de mire, l'EPR de Penly, le projet Uralchem à Dieppe ou encore le terminal méthanier d'Antifer que les écologistes combattent ardemment. Au programme, donc, la création de 20.000 emplois dans les filières vertes en favorisant l'implantation «d'entreprises leaders dans les secteurs de l'économie verte» mais aussi en créant un fonds régional de capital-risque et de capital investissement dédié aux acteurs de ses filières. Un arsenal complété par la création d'une Agence régionale de l'économie verte, qui doit permettre à la Haute-Normandie «d'être en pointe dans les domaines des énergies renouvelables, de la mobilité durable (...)» ou encore de l'éco-industrie. Au rayon des pistes de sortie de crise, les écologistes insistent notamment sur la nécessité «de produire ici plutôt qu'ailleurs» en stimulant la production par la commande publique et en s'appuyant sur les filières locales (verre, lin matériaux, tourisme...). Enfin, le grand chantier du bâtiment et des économies d'énergies reste en bonne place dans le programme défendu par Claude Taleb.
Dans la région, le Grand Paris est dans tous les esprits. Et pour le président du Medef duHavre, Jean-Paul Beauvais, il est essentiel de «tenir compte de cette volonté nationale de développement économique sur l'axe Seine». En résumé, «LeHavre porte d'entrée de Paris! Les responsables d'entreprises de cette région ne peuvent qu'y adhérer». Au-delà, c'est à une Normandie réunifiée que Jean-Paul Beauvais veut croire; une nécessité «pour avoir une visibilité suffisante et une image forte», estime-t-il. Mais la priorité des priorités reste la question des infrastructures: «Difficile aujourd'hui de conseiller à un investisseur étranger de prendre le train en direction duHavre», note désabusé le président havrais. Jean-Jacques Gasly, son homologue rouennais (et dieppois), insiste sur la question de l'attractivité qui passe, outre le développement ferroviaire, par une offre aéroportuaire performante. «Tuer l'aéroport de Rouen est un très mauvais calcul, estime le président du Medef local. Ce qui fait l'attractivité d'une ville, ce sont les moyens de transport qui la relie aux autres». Et pour lui, pas de doute, «l'alternative au déclin de l'attractivité de Rouen ce n'est pas l'aéroport de Deauville!» En résumé, «nous avons des atouts mais aussi des handicaps; les mêmes dossiers traînent dans les tiroirs depuis 20 ans!» Sa crainte? «Nous sommes dans une période de crise où des arbitrages se font, et l'attractivité des moyens de transport joue fortement dans la balance».
JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 5 mars 2010


Choisissez votre édition
Articles les plus lus
La marque enseigne Elle reprend tout ou partie du nom du point de vente du produit (exemples: Carrefour, Leader Price,etc.). Le lieu de vente devient alors une caution, mais aussi un appui au...
En dépôt de bilan et cessation de paiement, Petroplus à Petit-Couronne a mis au jour la crise économique du secteur du raffinage. Les autres acteurs du raffinage en...
Autres articles