

L'Enquête
ajouté le 6 juillet 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Le Havre, Vianney de Chalus, cadres recrutement
La ville du Havre et son agglomération sont en mutation. Grand Stade, tramway, aménagement des Docks concourent à modifier son image industrielle et portuaire. Mais malgré cela, les entreprises ont toujours autant de mal à attirer les cadres.
En confiant à l'architecte Jean Nouvel la réalisation de la piscine Les Bains des Docks, l'ancien maire du Havre Antoine Rufenacht espérait probablement marquer des points sur le terrain de la notoriété. Avec le classement symbolique du centre-ville «Perret» au patrimoine mondial de l'Unesco, la réhabilitation des Docks, le Grand Stade ou encore le chantier du tramway qui s'achève, la cité océane veut offrir un visage radicalement différent de l'image industrielle et portuaire qui lui colle toujours et encore à la peau. Si les Havrais eux-mêmes revendiquent aujourd'hui plus naturellement ce double héritage, les idées reçues restent tenaces lorsque les regards portent depuis l'extérieur. Une image qui rend les recrutements difficiles pour certaines entreprises et qui freine parfois même les implantations «exogènes».
Moins d'habitants qu'en 1975
Un signe ne trompe pas, la démographie en berne de la seconde agglomération du département. Les derniers chiffres du recensement produits par l'Insee sont à ce titre éloquents: de 268.063 habitants en 1975, la population du territoire de la Codah (communauté d'agglomération du Havre) est tombée à 242.389 en 2008! Toujours selon l'Insee, parmi les habitants présents depuis cinq ans au moins au Havre, moins de 4% ont émigré depuis une autre région française, 1% à peine venant de l'étranger ou d'un Dom. La question de l'attractivité semble donc bel et bien posée. Le président de la CCI du Havre, Vianney de Chalus, ne se voile d'ailleurs pas la face: «il y a une dizaine d'années, Le Havre Développement avait interrogé des chefs d'entreprises, des cadres et des leaders d'opinion», se souvient l'élu consulaire. «Et le retour sur leur perception du Havre était affreux!» Les uns ne souhaitant pas y investir, les autres n'imaginant pas s'y installer.
«Entre Dunkerque et la Bretagne»!
L'expérience a été rééditée il y a deux ans «avec une inversion complète de l'opinion des chefs d'entreprises comme des leaders d'opinion», grâce au classement Unesco, notamment. «Par contre, du côté des cadres... rien n'avait changé!», constate le président de la CCI. Dans le détail, si 35% d'entre eux situent bien le Havre en face d'Honfleur, les autres placent le curseur «entre Dunkerque et la Bretagne», sans plus de précision. «Faire venir des cadres au Havre, c'est la croix et la bannière», lâche Vianney de Chalus. Des cadres que «même un bon poste» ne parvient pas toujours à convaincre. Parmi les principaux freins, Aurélie Gaffet, chargée de mission tertiaire au sein du comité d'expansion Le Havre Développement, pointe l'éloignement de Paris -qui limite les allers-retours quotidiens tels que les pratiquent de nombreux rouennais- ainsi que la faiblesse de l'offre en termes de formations: «nous avons principalement des écoles de niches», fait-elle remarquer, telles l'École de la marine marchande ou encore l'Isel. «Pour les profils d'ingénieurs, cela nous porte préjudice», reconnaît-elle. Chargée des ressources humaines pour la Normandie chez Matis Technologies, société de conseil en ingénierie et bureau d'études, Mélanie Busson en fait régulièrement l'expérience: «nous recrutons principalement des ingénieurs et des techniciens supérieurs, explique-t-elle. Le problème c'est que Le Havre n'est pas forcément très attrayant et que du coup certains préfèrent Toulouse ou Rennes!» Des jeunes diplômés chassés dès la sortie de l'école qui, soit ne sont pas formés dans la région, soit lorsqu'ils le sont n'ont pas la volonté de rester! Conclusion: «ce qui manque au Havre, ce sont des écoles d'ingénieurs». Matis Technologies, qui comptait 29 collaborateurs en janvier espère malgré tout atteindre la quarantaine d'ici à la fin de l'année. Fondateur du bureau d'études Aentec Normandie, Nourredine Echtioui recherche désespérément un calculateur et un projeteur en tuyauterie. Des profils spécifiques qui lui permettraient de développer son activité. Mais les candidats se font rares «alors que dans notre domaine d'activité nous sommes dans une région où il y a du travail. On a le tissu industriel, après il faut attirer les candidats!» Chasseur de têtes installée au Havre, Alice Wattecamps (OP Search) insiste pour sa part sur la nécessité de vendre la ville autant que le poste: «quand on déplace une personne, on déplace souvent une famille et il faut alors valider que tout le monde est partant»! «On est dans la séduction», conclut-elle.
Guillaume Ducable
À la Codah (l'agglomération duHavre), on prend la question très au sérieux. Le déficit d'image de la ville est un handicap que certaines entreprises n'hésitent pas à faire remonter. «Par rapport aux fonctions supérieures tertiaires et même industrielles, on souffre de l'image portuaire liée à la pétrochimie», reconnaît Aurélie Gaffet, chargée de mission tertiaire au sein du comité d'expansion LeHavre Développement (LHD). Une perception qui entre même en ligne de compte lorsqu'il s'agit d'entreprises exogènes tentées par une installation sur les bords de l'Estuaire. Au point qu'«une entreprise qui souhaite s'implanter et qui recherche 200 ingénieurs informaticiens, on n'essaie même pas de la faire venir», lâche la chargée de mission. Des entreprises qui scrutent les chiffres de l'emploi et les écoles présentes «pour évaluer leur potentiel de recrutement». Parmi les réponses apportées, LHD a marqué d'une croix rouge la date du 16octobre prochain: le salon Provemploi à Paris. «Nous l'avons identifié car il cible les Franciliens qui souhaitent s'installer en province, principalement des jeunes diplômés déjà en poste qui recherchent une certaine qualité de vie», explique Aurélie Gaffet. En 2011 déjà, les entreprises havraises qui avaient fait le déplacement à Paris (Aircelle et Groupama Transport, notamment) cumulaient près d'une centaine d'offres d'emplois. «Ca s'est avéré payant, estime Aurélie Gaffet, car en termes de communication nous montrons que nous sommes un territoire qui recrute, et ce que recherchent les participants au salon, c'est du travail!». Cette année, c'est le groupe Auxitec Ingénierie qui mènera la délégation havraise. L'INITIATIVE
C'est donc si compliqué de recruter auHavre? Il y a un vrai problème: 15% des établissements du bassin havrais ont l'intention de recruter en 2012 mais 45% d'entre eux jugent que cela va être difficile de recruter sur le territoire. Le problème majeur de ces entreprises, ce n'est pas le business, le développement ou la croissance, c'est de recruter des cadres.
La situation pourrait-elle les amener à partir?
Certains centres de recherche, notamment, se posent effectivement la question d'une installation en région parisienne. C'est pour cela que nous croyons au projet de l'Axe Seine. Il doit permettre d'améliorer la mobilité des parisiens vers la Normandie. Le message c'est que ce n'est pas parce que l'on travaille auHavre que l'on ne travaille plus en région parisienne.
Quel a été l'impact de la commission Attali mandatée par la CCI duHavre?
Après les déclarations de Nicolas Sarkozy en 2009, nous avons voulu savoir ce que l'on pouvait mettre dans le dossier. Les 50 propositions de Jacques Attali ont donné du sens au projet de l'Axe Seine. Il nous a montré la voie à suivre et nous avançons sur beaucoup de sujets.
a lire «Les guides s'installer à, Le Havre Seine-Estuaire», éditions Héliopoles; auteur: Nathalie Castetz; diffusé par Ville du Havre, la Codah, CCI Le Havre et Le Havre Développement.
a consulter www.havre-developpement.com www.provemploi.fr www.estuaire-emploi.com EN SAVOIR PLUS
JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 6 juillet 2012

