

L'Enquête
ajouté le 3 juillet 2009 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Bourget, NAE, PME, aéronautique
Présente pour la première fois au Salon du Bourget sous sa propre bannière, la filière aéronautique et spatiale normande a profité de l'occasion pour mettre en scène une vingtaine de PME en quête de nouveaux marchés.
Dossier réalisé par Guillaume Ducable et Sébastien Colle
Président de l'association Normandie AéroEspace et dirigeant de Thales Air System (Ymare), Philippe Eudeline décrypte, à destination des PME, la manière d'accéder aux marchés d'un secteur «à fort potentiel».
Tout d'abord, quel bilan faites-vous de la présence de NAE au Salon du Bourget?C'est extrêmement positif. Les entreprises ont profité à fonds du salon. Mais je crois que le plus important est qu'un courant est passé entre elles. On peut désormais parler d'un véritable sentiment d'appartenance à la filière. Les entreprises se connaissent et peuvent travailler ensemble car beaucoup se situent sur des métiers complémentaires. En cela, le Bourget est un acquis très fort.
Côté business, les choses vont-elles aussi bien?
Grâce au salon ces PME se sont fait connaître auprès des grands donneurs d'ordres, alors qu'auparavant elles n'avaient pas accès aux directions des achats.
Comment les directeurs des achats choisissent-ils leurs fournisseurs?
Ils sont face à trois contraintes fortes: la réduction du nombre de leurs fournisseurs, la volonté de chercher des fournisseurs implantés dans des pays low cost, et un haut niveau de certification. C'est souvent une barrière pour les PME. Et c'est là que NAE intervient. Dès juillet, par exemple, treize PME normandes vont obtenir la certification EN9100.
La certification est indispensable mais pas suffisante? Pour avoir une carte à jouer, les PME doivent apporter de l'innovation. C'est cela qui permet de déroger aux règles précitées! La proximité et la réactivité sont alors des atouts. Bien sûr, avoir des moyens de production low cost, cela aide, mais au fonds c'est un moyen de garder en France la conception et le développement des produits.
Le Livre d'Or de Normandie AéroEspace devrait être bien fourni. Les premiers retours enregistrés par la responsable de l'animation du tissu des PME au sein de la filière, sont plus que positifs: «C'est un peu comme dans un rêve», lâche Fabienne Folliot. Pour que le salon ne soit pas qu'une simple vitrine pour la filière aéronautique normande, NAE avait en amont organisé cent trente rendez-vous commerciaux avec les plus grands donneurs d'ordres du secteur que sont Snecma, Sagem, Airbus, Dassault ou encore Daher. Une occasion unique pour beaucoup de PME de prendre contact avec des groupes d'ordinaire difficiles d'accès. Bilan des courses, 81% des PME normandes (Haute et Basse-Normandie) présentes sur le salon jugent que les rendez-vous pris ont été positifs. 72% d'entre elles ont eu des contacts à l'export et 69% ont enregistré des rdv avec des prospects. Au total, au-delà de ceux organisés par NAE, trois cent soixante-cinq rdv ont été répertoriés. L'opération a donc tout l'air d'être une réussite, à tel point, note Fabienne Folliot, «que le business s'est aussi développé entre les membres de la filière qui pour certains ne se connaissaient pas!» Au-delà, l'opération «communication» menée par Normandie AéroEspace semble avoir porté ses fruits. Bruno Lemaire, alors secrétaire d'État aux Affaires Européennes et désormais ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, et Hervé Morin, ministre de la Défense, ont fait un détour sur le stand normand. Prochaine étape en vue pour Fabienne Folliot, la mise en place avant la fin de l'année d'une action collective à destination des PME de la filière portant sur les réflexions stratégiques à mener pour s'implanter durablement dans le paysage aéronautique.
Bien implantée dans le secteur de l'aéronautique, Sumpar continue d'investir pour s'adapter aux demandes de ses clients.
Implantée à Boos depuis trente-cinq ans, Sumpar affiche le profil type du sous-traitant aéronautique: Spécialiste de l'usinage, l'entreprise créée par Jean-Pierre Pinel a ouvert son activité par croissance externe à la chaudronnerie avec le rachat en 2007 d'une autre PME Normande, Idap, après avoir pris le contrôle en 2006 de LPS, une société marocaine basée à Casablanca qui emploie vingt personnes et qui intervient à la fois dans l'usinage et dans l'assemblage de pièces à destination des donneurs d'ordres de l'aéronautique. Réunies au sein du holding Sum-Finance, les trois entités forment aujourd'hui un ensemble cohérent qui se veut attractif en termes d'offres de prestations.
Partenaire des grands donneurs d'ordres
«Nous réalisons 95% de notre chiffre d'affaires dans l'aéronautique», explique Loïc Leroy, le directeur de Sumpar. Détenteur des certifications d'usage, dont la précieuse EN9100, l'entreprise normande fait partie du cercle fermé «des grands sous-traitants de l'aéronautique» et travaille aussi bien pour le nacelliste Aircelle, que pour Daher ou Goodrich. Au point que le dirigeant n'hésite pas à parler de véritable «partenariat» pour qualifier les relations que la PME a su nouer avec les grands du secteur.
Un nouveau bâtiment de 700m²
L'entreprise, qui emploie une centaine de personnes dont soixante-dix sur son site de Boos, n'a eu de cesse de se développer depuis sa création, «pour s'adapter à la demande de ses clients», explique Loïc Leroy, mais toujours avec discernement: «Depuis le départ nous autofinançons notre développement, et nous devons prendre garde à ce qu'une croissance trop forte et trop rapide ne pénalise pas notre trésorerie». En 2009, la PME a investi 1M€ pour un nouveau moyen de production d'usinage grande vitesse qui est venu s'ajouter à celui commandé un an plus tôt. Et en juillet, l'entreprise inaugure un nouveau bâtiment de 700m² destiné au stockage et à la production qui viendra compléter l'existant pour former une ensemble couvert de 4.000m². Présent pour la première fois au Salon du Bourget sur le stand de NAE, Sumpar compte bien profiter de l'occasion pour développer encore plus ses activités à l'international, avec en ligne de mire une nouvelle certification NATCAP qui devrait venir confirmer sa prétention à travailler pour les plus grands donneurs d'ordres de l'aéronautique.
Sumpar, 134 La Forge Féret BP 66 76520 Boos Tél.: 02.35.79.90.90. www.sumpar.com
Comment passer de l'usinage de présentoirs commerciaux au monde de l'aéronautique? C'est toute l'histoire de cette PME havraise de sept personnes.
Agence de communication à l'origine, Equasud a engagé il y a cinq ans un changement de cap déterminant qui lui ouvre aujourd'hui, par ricochet, les portes du secteur de l'aéronautique. «Nous étions depuis notre création il y a quinze ans, une agence de communication classique», explique François Thoreux. «Puis nous avons fait le constat que le marché s'appauvrissait avec l'avènement d'Internet, des catalogues électroniques...» L'entreprise havraise décide alors de se positionner sur les marchés porteurs mais un peu délaissés de la PLV et des présentoirs. Première étape: Equasud investit et s'équipe en machines numériques. «Ensuite, nous avons décidé d'innover en permettant la livraison à plat de nos produits», résume le dirigeant. Une méthode qui va permettre à la PME de livrer ses présentoirs démontables (assemblage de panneaux composites aluminium et plastique) dans le monde entier. Une technique qui va attirer l'attention d'un sous-traitant 1ere ligne de l'avionneur Boeing: «ils avaient l'habitude de travailler en utilisant beaucoup de matière composite pour peu de pièces; notre méthode, plus économique les a séduits», a tel point que ce seul client représente aujourd'hui près de 25% de l'activité de l'entreprise, «uniquement à l'export!», précise François Thoreux.
Objectif EN9100
Aujourd'hui, s'il ambitionne de se développer dans l'aéronautique, il ne veut pas abandonnent pour autant son métier de base: «Notre métier, c'est la création appliquée, et ça s'applique à tous les domaines!» Lancée dans le bain de la certification, la société havraise espère décrocher dès cet été l'EN9100, car «c'est le seul moyen d'être référencé dans la Bible des donneurs d'ordres»!
Equasud, 59 rue Stendhal 76620 leHavre. Tél.: 02.35.44.02.02. www.equasud.com
Spécialisée dans le domaine de la visée stellaire, Star Nav, entreprise bas-normande, trouve dans l'aéronautique un débouché naturel.
Technique de traitement d'image, simulation de systèmes d'acquisition d'images, interface homme-machine sans contact... Expert dans le domaine de la visée stellaire, une technique de navigation spatiale qui permet d'assurer le guidage de satellite et d'intervenir sur les problèmes de détermination d'altitude, Star Nav intervient dans le domaine aéronautique et spatial mais aussi médical et industriel. Directeur de la société, Georges Lamy Au Rousseau explique que la visée stellaire permet des positionnements très précis: «Savoir où est un satellite de manière précise depuis le sol est assez facile. Ce qui est difficile à déterminer c'est comment il est positionné et pour ça, il faut une grande précision de pointage. Pour le savoir il faut regarder les étoiles, ce qui permet de connaître avec une grande précision, de façon indépendante et tridimensionnelle l'axe principal du satellite. Ce système permet de regarder un sujet à 500 mètres près».
De nombreux développements
Lors du salon du Bourget, Star Nav a eu l'opportunité de présenter au groupement PEGASE son projet «VISTER», un système adapté aux applications terrestres. Les systèmes d'interface homme-machine constituent un autre axe de développement pour Star Nav: «Notre système Eye Pilot a fait sensation au Bourget car il permet par exemple de faire bouger une souris informatique grâce aux seuls mouvements de la tête. Un système qui fonctionne à partir de l'analyse d'images en spectre visible». Star Nav envisage une large gamme d'application comme de pouvoir commander des systèmes secondaires pour les pilotes d'avions. «Ce système permet d'améliorer la réalité virtuelle et nous ouvre des marchés dans le domaine, en plein essor, de la simulation».
www.starnav.fr
Implantée à Pacy-Sur-Eure, Correge s'est spécialisée dans le développement et la fabrication de capteurs de températures. Pour son premier salon du Bourget, l'entreprise estime avoir déjà marqué des points.
Créée dans les années 1960, Correge est une société familiale qui se transmet de père en fils. Président en exercice, Jérôme Linel a repris les rênes de l'entreprise en 1992 avec son frère. Leader français dans le domaine des capteurs de température, Correge a pour la première fois participé au salon du Bourget à l'invitation de Normandie AeroEspace (NAE). «Notre objectif était de renforcer nos contacts dans les domaines des process et des bancs d'essais. À terme, nous souhaitons également aborder le marché du matériel embarqué. Des contacts ont été pris sur le salon, notamment avec des constructeurs français. Travailler avec ces entreprises sera pour nous l'occasion d'obtenir des références et plus tard espérer travailler à l'export».
Vers la certification
Engagée sur un renforcement de ses activités dans le domaine de l'aéronautique, Correge s'est engagée dans une démarche de certification EN9100: «Cette certification va devenir indispensable pour travailler dans l'aéronautique. Les grands industriels mais aussi les sous-traitants de première main réclament de plus en plus cette référence. C'est donc une démarche essentielle qui devrait nous ouvrir des portes».
Les capteurs de températures
Fort d'une expérience de plus de quarante ans et de 2.500m² d'ateliers de fabrication organisés en différents secteurs (volume, secteurs d'activités, exigences normatives spécifiques), Correge développe des produits en fonction des besoins métrologiques du client jusqu'à la réalisation du produit. «Nous travaillons sur des process qui vont de la sidérurgie au nucléaire en passant par les plastiques et l'aéronautique pour des clients comme Aircelle ou encore Snecma. L'aéronautique est une part d'activité qui augmente chez nous et concerne aujourd'hui 10% de notre chiffre d'affaires. Nous couvrons toute la gamme des mesures de températures, élément déterminant pour les process industriels». Dans le domaine aéronautique, Correge vise les marchés qui se trouvent en amont de la construction d'un avion comme les bancs d'essais puis les capteurs embarqués dans l'avion.
Un salon profitable
«L'avantage de l'aéronautique, c'est la pérennité de ce marché», insiste Jérôme Linel. Invité par NAE, le président de Correge reconnaît les mérites de la filière normande en terme d'organisation: «Ils nous ont facilité la vie. Cette première expérience très positive sera à renouveler pour nous. Nos contacts sont intéressants et puis surtout, on a commencé à se faire connaître dans ce secteur et nous espérons nous développer à l'export». Pour assurer ce développement, l'entreprise dispose d'une antenne aux USA, rachetée en 2005: Un marchepied indispensable pour être proche du client»
www.correge.fr
JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 3 juillet 2009

