Entreprise du mois
De son métier historique de mouliste pour l'industrie du verre, Metra a su faire un atout au service d'une stratégie de développement tournée vers les marchés de l'aéronautique. Présente au salon du Bourget, l'entreprise Normande veut démontrer qu'elle a su s'adapter.
Développer ses activités dans le secteur «high-tech» de l'aéronautique sans se couper de son métier historique de mouliste verrier, voilà le paradoxe auquel est confrontée la société Metra! Et pour juguler ces apparentes oppositions, Guy Desjonquères a choisi de positionner son entreprise sur le sur-mesure et le haut de gamme, laissant certains marchés de grandes séries à une féroce concurrence «low cost». Si bien qu'aujourd'hui, Metra vit «une situation unique», explique son dirigeant. «Dans le secteur verrier, nous sommes probablement la seule entreprise industrielle sur le marché du moule», quand d'autres affichent le double handicap d'être «des structures de petite taille dépendantes de deux ou trois donneurs d'ordres».
La dualité de marché
Si Metra a pu compter jusqu'à la fin des années quatre-vingt-dix près de trois cents salariés, un environnement extrêmement concurrentiel et une conjoncture défavorable auront presque eu raison de cette entreprise fondée en 1922 qui a intégré le giron de la famille Desjonquères en 1950. De salariés, Metra n'en comptera plus que cinquante en 2004, à l'heure d'un dépôt de bilan annoncé qui aura, in fine, été salvateur: «l'entreprise était moribonde», concède Guy Desjonquères. «Mais depuis quatre ans l'augmentation du chiffre d'affaires est constante et les résultats positifs». Un retournement de tendance qui n'est pas étranger au choix stratégique de l'entreprise de se positionner sur les marchés de l'aéronautique; choix conforté en 2008 par la création chez Metra d'une ligne de production autonome qui emploie aujourd'hui 15% de l'effectif global.
70% du chiffre d'affaire de l'activité verrerie à l'export
Directeur général de Metra, Stéphane Franconville explique qu'au-delà de sa maîtrise des matériaux et des phénomènes de résistance à l'usure, ce qui a séduit les donneurs d'ordre de l'industrie aéronautique chez Metra, «c'est notre spécificité à ne pas être cantonnés à la verrerie et au flaconnage». L'entreprise Normande a su se développer dans le secteur des arts de la table, dans celui des chemins de fer où elle compte comme client le groupe Alstom, ou encore dans l'optique avec des lentilles pour phares au xénon. «Depuis 2008, nous avons dans ces domaines des demandes de nouveaux produits sur des marchés porteurs, comme les pièces pour équipements électroménagers», explique le d-g qui cite en exemple un bol en verre pour robot mixeur ou encore un hublot de machine à laver... L'activité verrerie de Metra représente aujourd'hui encore près de 75% du chiffre d'affaire de l'entreprise (10,6M€ en 2008) réalisé à 50% sur le secteur des arts de la table; «le flaconnage ne représente plus que 35% de l'activité verrerie», explique Stéphane Franconville. En 2008, l'activité verrerie de Metra était à 70% destinée à l'export.
Le Bourget, une cerise sur le gâteau de Metra
Mais dans l'esprit de Guy Desjonquères, c'est vers les marchés prometteurs de l'aéronautique que son entreprise doit tendre: «la part de cette activité dans notre chiffre d'affaires est passée en cinq ans de 10% à 25%». Et le dirigeant compte bien enfoncer le clou en 2009. Certifiée ISO 9001 depuis 1997, Metra attend pour l'été le précieux sésame EN 9100, avec l'objectif d'entrouvrir encore un peu plus les portes des grands donneurs d'ordres de l'aéronautique. Une démarche entreprise depuis dix-huit mois dans le cadre d'une opération collective menée par la filière Normandie AéroEspace. Quant à sa présence sur l'édition du centenaire du Salon du Bourget en juin, c'est une cerise sur le gâteau de Metra: «les rendez-vous sont déjà pris avec les donneurs d'ordres», salive déjà Stéphane Franconville.
Guillaume Ducable
En se gardant d'un optimisme trop affiché, Guy Desjonquères mesure le chemin parcouru depuis le dépôt de bilan de 2004.
Expliquez-nous quel rôle a joué la famille Desjonquères dans la poursuite d'activité de Metra? Nous avons créé en 1999 le holding Adop pour soutenir Metra qui connaissait alors une crise majeure. Cette structure regroupe aujourd'hui Metra, qui après une première restructuration a dû déposer son bilan en 2004, ainsi que la société Atema créée en Tunisie par Adop en 2005 et dont Metra a pris le contrôle dès 2007. On trouve également dans le holding la société Adop France, spécialisée dans les moules d'emballage en plastique soufflé qui emploie trente personnes à Arques la Bataille.
Quelle position occupe Atema dans cette organisation?
C'est un outil de sous-traitance industrielle pour des séries d'accessoires d'emballages de verrerie ainsi que pour quelques pièces mécaniques. C'est pour nous un énorme avantage commercial, mais le savoir-faire reste chez nous. Atema emploie aujourd'hui cinquante personnes avec un parc de quinze machines à commandes numériques.
Quelle a été la clef de la réussite dans votre entreprise de redressement de Metra?
Après 2004, l'entreprise, les équipes, doutait de tout. C'était une aventure qu'il fallait réinventer, alors nous avons commencé par une transformation totale du management qui est passé d'une structure classique pyramidale à une structure très transversale. Et puis, surtout, nous avons intensifié notre diversification et depuis, nos activités hors verrerie représentent 25% de notre volume d'activité total, contre seulement 10% auparavant. Pour que tout cela fonctionne, nous avons dû développer une nouvelle culture d'entreprise: la remise en cause permanente! Cela rend la vie difficile car nous n'avons jamais un moment de répit. Et tous les acteurs dans l'entreprise sont sollicités, du management à l'exécution. Chacun doit se poser la question: qu'est-ce que je peux apporter à l'entreprise, au-delà du plan que j'ai sous les yeux!
Aujourd'hui, le pari vous semble-t-il gagné?
Nous sommes devenus différents, incontestablement.
Notre raison d'être, c'est de trouver des solutions, d'innover. Et nos clients se déplacent du bout du Monde pour venir nous voir. Entre1998 et2005, l'entreprise n'avait pas bonne presse. Depuis deux ans, nous retrouvons l'image d'une société qui avance... Il n'y a qu'à voir le nombre de voitures garées sur le parking visiteur... C'est un peu le miracle permanent!
Entré chez Metra en 1999, Guy Desjonquères a débuté sa carrière au sein du cabinet d'audit Arthur Andersen dans lequel il a exercé pendant sept années avant d'occuper le poste de directeur général de la filiale française commerciale d'un groupe industriel Suisse. Il a ensuite rejoint la structure familiale Adop, créée en 1999 à l'occasion de la reprise de Metra par la famille Desjonquères. Il a pris la présidence du holding Adop en 2003. Ingénieur formé à l'École des Arts et Métiers, Stéphane Franconville est entré chez Metra en 1995 en qualité de responsable de production. Devenu responsable commercial export en 2000, il obtient deux ans plus tard le poste de directeur commercial de l'entreprise. Directeur d'exploitation depuis 2004, il cumule aujourd'hui les fonctions de directeur général et de directeur commercial de l'entreprise.
1922 Création à Blangy-sur-Bresle de l'entreprise de moules verriers Metra.
1950 Le groupe verrier Desjonquères prend le contrôle de Metra.
1970 La famille Desjonquères cède ses activités de verrerie au groupe Saint-Gobain mais conserve le mouliste Metra.
1999 La famille Desjonquères regroupe ses activités au sein du holding Adop.
2004
Metra subit un dépôt de bilan et repart avec 50 salariés.
2007 Metra prend le contrôle de la société tunisienne Atema créée en 2005 par Adop.
2008
Création d'une unité de production dédiée aux activités aéronautiques.
-Siège: Route d'Eu BP2 F76340 Blangy-sur-Bresle Tél.: 02.32.97.44.00. www.metra.fr -Effectif: 150 dont 50 chez Atema, filiale Tunisienne de Metra -Parc machines à commandes numériques: 45 -Chiffre d'affaires 2008: 10,6 M€
JDE | Édition Seine-Maritime 76 | 5 juin 2009

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