Fait du mois
Le 18janvier, les actionnaires de Ledpower ont révoqué le P-dg et fondateur, Romuald Fromentin. Parallèlement, le fabricant d'éclairages Led, soutenu par des fonds publics, produit en deçà de ses capacités.
Il aura fallu moins d'un mois pour redistribuer les cartes chez Ledpower. Le fabricant d'éclairages Led, fondé en 2006 et qui compte treize salariés à Saint-Calais, a connu des moments houleux à la veille des fêtes de fin d'année. Altercation entre dirigeants, salariés exerçant leur droit de retrait de l'entreprise, et enfin incapacité de travail collective de sept jours pour «syndrome dépressif». Un désaccord sur la validation de congés entre Romuald Fromentin P-dg et créateur de l'entreprise, et son directeur financier, Ghislain Périssé, qui dégénère en un coup porté au tibia du Daf apparaît comme l'étincelle qui a mis le feu aux poudres.
Nouvelle direction
Suite à ces événements, Romuald Fromentin révoque son directeur financier ainsi que son directeur général Philippe Boué. En tant qu'actionnaires, les deux d-g convoquent de leur côté une assemblée générale le 18janvier qui écarte Romuald Fromentin de la direction de l'entreprise. Ledpower étant alors confiée pour six mois à la présidence de Philippe Boué. Un mandataire judiciaire a par ailleurs été nommé par le Tribunal de commerce duMans. «L'actionnariat est constitué de présidents et d-g de SA, c'était la première fois qu'il voyait une telle situation dans une entreprise. On ne peut pas cautionner ces faits, c'est un problème grave», commente le nouveau P-dg. Minoritaire au capital, Romuald Fromentin reconnaît toutefois s'être «tiré une balle dans le pied» lors de l'ouverture du capital en septembre2010. «J'ai signé les nouveaux statuts sans les relire. J'ai fait confiance et je me retrouve aujourd'hui sans droit de blocage. Je ne touche même pas de royalties sur la marque que j'ai créée. Les actionnaires sont pour la plupart des proches de Ghislain Périssé, d'anciens polytechniciens comme lui.Pour eux, je ne suis qu'un pion que l'on dégage». Considérant qu'on lui a volé sa société, Romuald Fromentin entend faire valoir ses droits et prépare sa défense, malgré une plainte collective des salariés pour harcèlement. «Les personnes qui m'accusent de harcèlement moral sont dans l'entreprise depuis moins de trois mois. J'ai du caractère, mais nous avions des commandes et rien à livrer. Alors oui, je me mettais en colère dans l'entreprise».
Retard à l'allumage
Passées les tensions générées en interne par ces bisbilles de direction, il apparaît que Ledpower a pris beaucoup de retard sur son calendrier de production. Alors qu'elle aurait dû être opérationnelle fin juin, la chaîne n'était toujours pas prête à l'automne lors de l'inauguration du site. En cause, une machine livrée avec deux mois de retard. «La chaîne étant d'une conception propre à Ledpower, il y a effectivement eu du retard», tempère Philippe Boué. «Mais tout est rentré dans l'ordre. Dès le 19janvier, nous avons réorganisé les départements R & D et production. Les premières livraisons ont suivi. On produit aujourd'hui 150 tubes par jour, la montée en charge est prévue en mars». La nouvelle direction se veut donc rassurante: même les défauts de conception des Ledtubes conçus par Ledpower ont été corrigés. Ces produits destinés à remplacer les tubes néons se révèlent en effet défectueux. Le tube s'affaisse à cause de la chaleur des Led qui ramollit le support en plastique. Ce problème serait solutionné. Les connecteurs équipant les bouchons des tubes quant à eux demeurent fragiles, une simple pression du doigt suffisant à le casser, comme nous avons pu le tester. 20.000 pièces auraient été fabriquées selon Romuald Fromentin. «J'ai donné des consignes qui n'ont pas été appliquées. Mes orientations techniques n'ont pas été écoutées, on a bafoué mon temps de travail». De son côté, Philippe Boué reconnaît le message négatif envoyé par cette affaire. «Nous avons perdu des clients qui ne voulaient plus travailler avec Monsieur Fromentin. On va les récupérer. Nous avons des pistes sur des grands comptes».
Quid des subventions?
Reste que lors de son implantation en Sarthe en décembre2010, Ledpower affichait de grandes ambitions et avait fait de la relocalisation de sa production de Led son cheval de bataille. À l'heure du retour au made in France, ce discours a séduit les institutions. L'entreprise a ainsi reçu de l'État 2M€ d'avance remboursable au titre de l'aide à la réindustrialisation (ARI). S'ajoutent à cette enveloppe des financements d'Oséo, la Prime régionale à la création d'entreprise industrielle (PRCCEI) et le Programme départemental de développement de l'emploi (PDCE). Pour sa part, la communauté de communes du Pays calaisien a accueilli la start-up dans un bâtiment blanc de 900m². «Nous avons eu l'assurance de l'équipe actuelle qu'ils continueront de développer l'entreprise à Saint-Calais. Les mensualités du bâtiment sont par ailleurs réglées, nous sommes rassurés sur l'avenir», indique le vice-président de la collectivité Yves Foucault, en charge du développement économique. «Nous avons joué la transparence avec le ministère et les collectivités. Il n'y aura pas d'impact», ajoute Philippe Boué. À l'heure actuelle, il n'est pas possible de confirmer si il y a eu ou non un blocage de ces aides. Après avoir débarqué le capitaine, la nouvelle direction affirme maintenir le cap du navire. La tempête risque pourtant de laisser des traces d'autant que Romuald Fromentin se dit prêt à se lancer dans des procédures judiciaires pour faire valoir ses droits. Une nouvelle assemblée générale est convoquée le 8février prochain par le mandataire judiciaire. Elle ne devrait pas modifier le cours de ce feuilleton. Rendez-vous au prochain épisode.
Cédric Menuet
JDE | Édition Sarthe 72 | 3 février 2012


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