

L'Enquête
ajouté le 6 juillet 2012 - - Mots clés : Conseil régional, ETI, banque PME, financement des entreprises
Financement. Il veut jouer un rôle central au sein de la future Banque publique d'investissement et va lancer un nouveau prêt pour les PME financé par un emprunt obligataire de 100millions d'euros. Le conseil régional va t-il être le nouveau banquier des entreprises ligériennes?
Le conseil régional va-t-il devenir un acteur central du financement des PME dans les Pays de la Loire? C'est en tout cas l'ambition de Jacques Auxiette, qui actionne aujourd'hui des leviers aussi bien locaux que nationaux pour faire de la collectivité qu'il préside une véritable petite banque pour les PME. Le conseil régional déploie d'ores et déjà à destination des entreprises toute une batterie de subventions, d'avances remboursables, de garanties ou d'apports en capital. Son président veut aller encore plus loin. La raison? La frilosité des banques, indique sans ambages l'exécutif régional. «Si les banques jouaient à 100% leur rôle, nous n'aurions pas besoin d'intervenir. Mais, sans leur jeter la pierre, je constate qu'elles pourraient mieux faire leur travail», assène Christophe Clergeau, vice-président de la Région.
Lobbying au niveau de l'État
Comme d'autres conseils régionaux français, Jacques Auxiette entend bien jouer un rôle au sein de la future banque publique d'investissement, l'une des promesses de campagne de François Hollande. Le président de la République souhaite d'ailleurs que les Régions soient «pleinement associéesà la gestion» de cette holding devant coiffer les différentes structures publiques spécialisées dans le prêt, les garanties et le capital-investissement pour les PME. Une position partagée par Jean-Marc Ayrault, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, et Pierre Moscovici, à l'Économie. Fort de ces soutiens, le dossier de la future banque publique semble prendre une orientation conforme à celle défendue par Jacques Auxiette, qui accentue pourtant son action de lobbying. «Le seul véritable ennemi, c'est le risque de sentiment de perte de contrôle de la part de l'administration», justifie Christophe Clergeau. «Le diable est souvent dans les détails», ajoute Jacques Auxiette. Et les détails, justement, sont loin d'être réglés. Comment seront associées les Régions? Christophe Clergeau dit privilégier une banque dirigée par l'État au niveau national, et disposant d'établissements en régions. Ces derniers seraient pilotés par le conseil régional en association avec les représentants de l'État.
Quelle banque publique?
Mais d'autres hypothèses sont possibles, comme la création de banques régionales inspirées du modèle allemand. Voulant être davantage qu'un simple coordinateur des acteurs locaux (Oseo, FSI, Caisse des Dépôts, etc.), le conseil régional «n'a pas non plus vocation à tout gérer. L'accompagnement des grandes entreprises et la stratégie industrielle nationale doivent rester du ressort de l'État», estime Christophe Clergeau. Sous-entendu, le financement public des PME et des ETI doit relever de l'autorité du conseil régional.
Nouveau prêt régional
D'ici à la mise en place de la future banque publique - sans doute en 2013-, la collectivité aura lancé de nouveaux outils de financement pour les PME ligériennes. Après avoir confié son fonds de capital-investissement IDEE à Siparex et monté avec d'autres Régions de l'Ouest un fonds d'amorçage, le conseil régional s'apprête à lancer un «prêt régional de développement de l'emploi». Inspiré du prêt régional de redéploiement industriel (P2RI), ce dispositif implique un co-investissement de la collectivité aux côtés de banques privées. «Nous voulons créer un effet de levier, en partageant le risque avec les banques», explique Christophe Clergeau. Mais à la différence du P2RI, qui s'adresse à de belles PME fragilisées par la crise, le nouveau prêt soutiendra des entreprises en développement. Les modalités de ce prêt, dont la fourchette pourrait être comprise entre 200.000 et deux millions d'euros, sont aujourd'hui en discussions avec la place financière locale. Celle-ci, par le biais de l'association NAPF, devrait émettre début juillet ses préconisations en la matière.
La Région veut lever 100M€
Pour abonder ce nouvel outil, le conseil régional espère lever cent millions d'euros auprès de particuliers via un emprunt obligataire. La moitié de cette somme doit être consacrée au dispositif de prêt, l'autre à des investissements structurants comme l'IRT Jules Verne. Par ce biais, la collectivité avait réussi, en 2009, à lever 80millions d'euros auprès de 5.500 particuliers et de quelques investisseurs institutionnels. La souscription de cette nouvelle émission, pas toujours vue d'un bon oeil de la part de banques peu enclines à laisser une collectivité leur «ponctionner de la ressource», devrait démarrer en septembre. Si les modalités du dispositif sont en cours de définition, le conseil régional semble s'orienter sur un coupon minimal de l'ordre de 500euros, bloqué six ans, avec un taux d'intérêt, qui devrait être connu début juillet, tournant autour de 4%.
Stéphane Vandangeon
JDE | Édition Sarthe 72 | 6 juillet 2012

