Sarthe

L'Enquête

JDE Edition Sarthe 72

Automobile. La filière électrique sarthoise en quête de débouchés

ajouté le 8 juin 2012  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Véhicule électrique, E4V, SGTE Power, Insititut Automobile du Mans, IAM, Venturi

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À Solesmes, Venturi a équipé de sa chaîne de traction électrique un millier de Citroën Berlingo, dont 250 exemplaires destinés à La Poste. Le site produira prochainement un utilitaire électrique à trois roues.

Alors que le marché du véhicule électrique peine à démarrer, les entreprises de la filière sarthoise envisagent de nouveaux débouchés.

Les nuages noirs s'amoncellent au-dessus de la filière du véhicule électrique. La voiture verte n'échappe pas à la crise que traverse le marché de l'automobile, avec une baisse des immatriculations de 17,5% entre janvier et avril dernier. En effet, sur les 811.805 véhicules mis en circulation depuis le début de l'année, seuls 1.594 sont propulsés à l'électricité. Soit 0,2% des immatriculations, quand les constructeurs tablent sur 5 à 10% de voitures électriques sur le marché à l'horizon 2020. Les conséquences se font surtout sentir sur les constructeurs positionnés sur des niches telles que le véhicule urbain et les véhicules d'entreprise. C'est le cas du poitevin Éco & Mobilité, liquidé en mai, et du Deux-Sévrien Mia, en quête de capitaux. Des déboires qui touchent aussi la Sarthe, où les batteries Mia sont produites depuis un an par la société E4V. Les prévisions des petits constructeurs étaient enthousiastes lors de l'implantation du site de production auMans, Mia prévoyait en effet de produire 10 à 12.000 véhicules par an. Elle n'en vend que 50 par mois aujourd'hui. E4V a ainsi produit 1.000 packs batterie depuis son usine mancelle sur sa première année d'activité. Un chiffre conforme aux prévisions, mais que E4V revoit aujourd'hui à la baisse en 2012, sans donner d'estimation précise. «Les premiers mois, l'usine a tourné à pleine cadence. Mia nous contraint à réajuster la production. Il y a un retard d'un à deux ans sur le programme», commente la direction de l'entreprise. C'est là le paradoxe de ce marché: des acheteurs prêts à franchir le pas, mais rebutés par l'autonomie réduite, alors que les batteries existantes sont adaptées aux trajets quotidiens moyens.

Marché porté par les flottes
Alors que les constructeurs misaient sur les particuliers pour gonfler les volumes, ce sont les flottes d'entreprises et de collectivités qui soutiennent le marché. Une bonne nouvelle pour les petits constructeurs? Pas sûr. «Les grands acteurs proposent des véhicules équivalents en coût. Pour le prix d'une Mia (25.000 €), une entreprise peut avoir une Clio électrique, avec les garanties de services d'un grand constructeur», souligne Stéphane Petigas, directeur de l'Institut automobile duMans (IAM). «De plus, un véhicule électrifié fonctionne mieux et ne demande pas de temps d'adaptation à la conduite, au contraire d'un véhicule conçu pour être électrique». Un marché sur lequel Renault et PSA se taillent la part du lion avec leurs utilitaires électriques, et qui a profité au site Venturi de Solesmes. Sa Manufacture de véhicule électrique (MVE) a ainsi électrifié un millier de Citroën Berlingo en 2011, dont 250 pour La Poste. «Nous devions en équiper 1.500, mais le ralentissement d'activité de PSA à réduit la commande initiale», précise le P-dg de Venturi, Gildo Pastor. L'entrepreneur monégasque mise sur la production prochaine d'un utilitaire urbain à trois roues pour rebondir. «C'est un segment essentiel. Plus que les particuliers, les professionnels sont conscients des avantages en terme de coût et d'image du véhicule électrique». Les fabricants de bornes de charge sont eux aussi à l'affût de la clientèle professionnelle. «Effectivement, nos premiers clients seront les flottes et les grands comptes comme La Poste et EDF», précise Jérôme Deniaud, responsable technique chez SGTE Power auMans. L'entreprise développe une borne de charge rapide, capable de donner 40 kilomètres d'autonomie à un véhicule en cinq minutes. Et si 200 de ses bornes sont installées en Europe aujourd'hui, SGTE subit lui aussi la crise. Le Manceau tablait en effet sur une production de 500 appareils en 2011. Seuls 200 sont sortis des chaînes de l'usine l'année dernière. Un plan de charge trop ambitieux qui contraint l'entreprise à licencier 17 salariés fin 2011. «Les prévisions de notre partenaire qui commercialise nos bornes étaient basées sur les ventes de véhicules, elles aussi revues à la baisse. Nous sommes dans une situation où véhicules et infrastructures s'attendent mutuellement». Depuis le début 2012, SGTE a produit une dizaine de bornes et mise sur l'installation de 60 chargeurs en Irlande cette année.

Diversification en marche
«Le véhicule électrique doit être considéré comme une niche. Les acteurs chez qui il a pris trop de poids ont subi le ralentissement du marché», analyse Stéphane Petigas. Les équipementiers sarthois sont en tout cas en ordre de bataille, à l'instar de Valéo à Sablé qui travaille sur le développement de l'électronique de puissance. «Mais pour les sous-traitants, ça reste une niche porteuse, avec peu de besoin. Néanmoins il faut se tenir prêt», continue le directeur de l'IAM. Et si les acteurs de la filière attendent l'arrivée à la rentrée de la Zoé de Renault, dont le châssis entre en production chez Auto Châssis International (ACI) auMans, l'IAM planche déjà sur la diversification de la filière locale. Trois projets collaboratifs sur le thème du véhicule spécifique sont actuellement étudiés. «Des engins de sécurité, de levage, où l'électricité apporte une fonctionnalité supplémentaire. Il y a un vrai marché». Des volumes plus faibles mais des véhicules à forte valeur ajoutée, avec un potentiel de six à sept engins produits par an, selon Stéphane Petigas. Des débouchés qui intéressent les batteries d'E4V. «Nous cherchons en effet de nouveaux secteurs, vers les engins nécessitant des capacités de stockage d'énergie, qu'ils soient mobiles ou non», explique Ariane Eugène attachée de direction. Même démarche chez Venturi, où Gildo Pastor creuse le sillon du haut de gamme. «Nous comptons sur l'utilitaire pour les volumes, les véhicules haut de gamme et spéciaux servant notre image et le développement technologique». Avec des prévisions revues à la baisse et des donneurs d'ordres qui font marche arrière, la filière attend un déclic. Celui-ci pourrait venir du sport automobile. L'engagement de véhicules hybrides lors des 24Heures duMans 2012 va dans ce sens. La valorisation de la technologie électrique par Toyota et Audi pourrait constituer le vecteur de communication susceptible de séduire le grand public.

Cédric Menuet

JDE | Édition Sarthe 72 | 8 juin 2012

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