Entreprise du mois
Après deux années dans le giron du groupe britannique Bolton, M Lego est reprise par le groupe français Aurea. Le repreneur annonce un plan d'investissements visant à moderniser l'outil de production et conquérir de nouveaux marchés.
Changement de couleurs à Boëssé-le-Sec. L'usine de recy
clage de cuivre Bolton-Lego qui battait depuis deux ans pavillon britannique, peut de nouveau hisser le drapeau tricolore. Reprise en janvier par le groupe Aurea de Joël Picard, la société quitte donc le giron de Bolton Metals et prend le nom de M Lego, en hommage à son fondateur Maurice Lego. Au-delà de ce changement d'actionnaire, c'est une entreprise qui redresse la tête après six mois difficiles. «C'était une affaire en état de mort clinique, résume le repreneur. À l'époque, le président du conseil général Roland du Luart a attiré notre attention sur cette entreprise en difficulté». L'industriel va ainsi à injecter 4M€ dans l'usine. Objectif: moderniser un outil de production vieillissant afin d'augmenter la productivité du site. «Aujourd'hui, certaines machines sont maintenues à bout de bras. Ces investissements nous permettrons de prendre également de nouveaux marchés sur des alliages spécifiques et assurer la survie de l'entreprise», ajoute la directrice du site Magalie Sarraute. Ainsi 2M€ sont engagés cette année dans la modernisation du site, véritable «investissement d'urgence» pour Aurea et dans le développement de l'international. Lego qui exporte déjà 50% de sa production entend ainsi compenser les faiblesses d'un marché français qui ne se développe plus. En 2012, c'est à nouveau 2M€ qui seront débloqués afin de développer de nouveaux produits à base d'alliages cuivreux, pour une mise sur le marché début 2013.
Marché de niche
«La société avait besoin d'un vrai industriel et non d'un groupe financier pour sauver l'usine», reconnaît Magalie Sarraute. Spécialisée dans le recyclage du cuivre et la fabrication d'alliages cuivreux, M Lego a connu en effet quelques turbulences face aux différentes fluctuations des marchés. Néanmoins, l'entreprise est en progression depuis septembre et a enregistré un pic de production en mai avec 654 tonnes de cuivre expédiées. En 2010, c'est 6.000tonnes de métal qui ont été traitées sur le site de Boëssé-le-Sec, qui a une capacité de 20.000 tonnes annuelles. «Malgré cela, je préfère monter à 10.000 tonnes avec des produits à forte valeur ajoutée qu'à 20.000 tonnes avec une qualité moindre», souligne la dirigeante. Car au-delà du recyclage du cuivre l'entreprise travaille ses propres produits et demeure aujourd'hui le seul producteur de laiton en Europe certifié pour l'industrie aéronautique. Autant d'atouts qui n'ont pas échappé au repreneur.
Lego : une pépite pour Aurea
Du côté d'Aurea, cette reprise permet au groupe de Joël Picard d'ajouter une nouvelle entreprise à son pool d'activités de recyclage et régénération de déchets. Dans un contexte de hausse des matières premières, Aurea mène en effet une stratégie de croissance externe, en redressant des entreprises positionnées sur des marchés de niche. Le groupe parisien, qui emploie 450 salariés pour 150M€ de chiffre d'affaires, a déjà acquis ces dernières années plusieurs sociétés spécialisées dans le recyclage de plastiques complexes, de pneus ou encore d'aluminium. Lego étant un des derniers acteurs français sur le cuivre, l'acquisition s'imposait. «L'entreprise est en phase avec les activités du groupe et dispose d'un vrai savoir-faire industriel. Et l'usine n'était pas chère!», sourit Joël Picard, taiseux sur le montant de ce rachat, effectué sur fonds propres. Cette intégration à Aurea profitera toutefois à Lego par des synergies avec les autres branches du groupe. Quant à l'avenir de l'usine de Boëssé-le-Sec, la direction se veut rassurante. «Les investissements sont là pour pérenniser le site. Aurea ne veut pas d'une usine automatisée», confirme Magalie Sarraute. D'ici à la fin de l'année, un nouveau four de réchauffement sera mis en service dans l'usine et cinq intérimaires intégreront la société en CDI. Fin 2012, la dirigeante de M Lego table en effet sur le recrutement d'une vingtaine de salariés supplémentaires, nécessaires pour le développement de cette entreprise plus que centenaire.
Le marché Troisième marché mondial de matières premières, le cuivre est devenu aujourd'hui un produit financier à part entière. En France, le marché des alliages cuivreux est estimé à 2Mds€ et seuls trois acteurs ont les capacités de traiter ce métal dans l'hexagone. M Lego a varié les débouchés en travaillant sur des secteurs différents (automobile, ferroviaire, électronique...), ce qui lui a permis de stabiliser son activité durant la crise. Compte tenu des coûts de transport, le recyclage du cuivre reste une activité difficilement délocalisable.
1894 Création de l'entreprise par Maurice Lego
1991 Détenue par De Buyer SA, l'entreprise se positionne sur les produits en cuivre 2008 Acquisition par Bolton Metals, la société devient Bolton Lego 2011 Reprise par le groupe Aurea qui programme 4M€ d'investissements en2011 et2012
Cédric Menuet
JDE | Édition Sarthe 72 | 1 juillet 2011


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