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JDE Edition Rhône-Alpes

Philippe Oddou Du rêve à la réalité

ajouté le 5 décembre 2008  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, sport, banlieue

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Philippe Oddou, cofondateur et directeur général de Sport dans la ville, a reçu le 18novembre dernier le prix de l'engagement sociétal de l'année décerné par L'Entreprise et le cabinet Ernst & Young (photo: Catherine Cabrol).

À 36 ans, celui qui avait une voie toute tracée dans la finance a choisi de se tourner vers ceux que la vie avait moins gâtés que lui. Depuis 10 ans, Philippe Oddou mène son association Sport dans la ville comme une vraie entreprise. Les clés de la réussite.

Stéphanie Polette

Fini le costume-cravate. Philippe Oddou a quitté l'uniforme en 1998 lorsqu'il choisi le monde associatif plutôt que celui de la finance. Donner, partager, rêver... Un leitmotiv qui rythme sa vie. C'est auprès des jeunes des banlieues que le jeune homme pourra passer du rêve à la réalité. «J'ai toujours vu mes parents s'occuper des autres, se souvient-il. Adolescent, on peut trouver ça inintéressant. Avec le recul, c'est une vraie valeur qu'ils m'ont inculquée et une véritable richesse que de savoir donner. Surtout, c'est une expérience intransmissible qu'il faut vivre.» Ayant grandi dans le XVIe arrondissement de Paris, le petit Philippe ne manque de rien. Un papa chef d'entreprise (fondateur de l'institut de sondage CSA TMO) lui enseigne pourtant les valeurs du travail. Il opte pour la voie "sérieuse", les finances et y fait une rencontre déterminante. Nicolas Eschermann suit aussi un parcours de formation à l'EM Lyon. Les deux étudiants se mettent à rêver ensemble. «Nous voulions, par pure conviction, nous investir dans un projet commun pour aider des jeunes qui n'avaient pas eu la même chance que nous», rappelle Philippe Oddou.

Apprendre de l'étranger
Leur diplôme en poche, les deux jeunes hommes partent chacun de leur côté: l'Argentine pour Nicolas Eschermann et l'Autriche pour Philippe Oddou, chez L'Oréal. Si la carrière du jeune Parisien suit son cours, il n'en oublie pas les expériences à l'étranger vécues quelques années plus tôt. «À l'âge de 19 ans, je suis parti trois mois en Inde avec un groupe de jeunes étudiants pour construire une école dans un village qui n'avait ni eau ni électricité. J'ai souffert physiquement dans un environnement hostile. Cette expérience m'a donné une force psychologique importante.» Deux ans plus tard, il renouvelle le même genre d'expérience. «Par le biais de l'association francophile vietnamienne, j'ai enseigné le français dans un bidonville de Ho Chi Min Ville pendant quatre mois. C'était moins difficile qu'en Inde mais tout aussi enrichissant.» Ces expériences agissent comme des déclics sur le jeune Parisien des beaux quartiers.

Rencontre avec Yannick Noah
Les hasards de la vie professionnelle font se retrouver les deux complices de l'EM à Lyon en 1997. «Nous commençons par devenir bénévoles de l'association de Yannick Noah, Fête le mur, qui a pour but de rendre le tennis, un sport considéré comme élitiste, accessible aux jeunes des quartiers. Nous développons le premier centre en région lyonnaise.» Première rencontre avec la banlieue lors de l'inauguration du centre Fête le mur de Vaulx-en-Velin. «J'étais encore chez Paribas à cette époque et je suis allé à l'inauguration en sortant directement du bureau... Avec mon costume-cravate, on m'a pris pour un militant politique venant à l'assaut de Vaulx-en-Velin!» Les présentations sont faites et le terrain d'entente est trouvé: le jeune bon chic bon genre et les jeunes des cités parlent le même langage, celui du sport. L'atmosphère devient tout de suite plus détendue...

Jouer collectif
Philippe Oddou choisit alors de créer une association autour des sports collectifs, qui mobilisent plus d'enfants et permettent de réaliser un vrai travail pour véhiculer des valeurs de partage, de pédagogie, de respect... Sport dans la ville est née. Après 10 ans d'existence, 1.500 Rhônalpins pratiquent chaque semaine un sport collectif dans les seize centres. Grâce à la volonté de son créateur, désigné entrepreneur sociétal de l'année 2008 par L'Entreprise et Ernst&Young, ceux-ci ont pris encore plus de poids en se donnant pour mission d'aider les jeunes dans leur orientation, de les mettre en contact avec les chefs d'entreprise locaux, et même de les aider à créer leur job, via Entrepreneurs dans la ville. Le sport mène à tout... même au travail.

Entrepreneurs dans la ville. 22 créations en deux ans


Avec 66% de recettes issues de partenariats privés pour un budget de 2,1M€ en 2007, comment dirigez-vous votre association?
Comme une entreprise. Nous avons les fonds publics mais nous misons essentiellement sur le partenariat avec les entreprises.
Est-ce facile de les convaincre d'adhérer à votre initiative?
Nous ciblons les entreprises qui ont une sensibilité sociétale. Les chefs d'entreprise partis de zéro et qui aujourd'hui dirigent une PME ou un groupe de 1.000 salariés sont nombreux. Ceux-là ont une responsabilité sociétale et sont dans la logique: "si ma boîte gagne de l'argent, je peux en faire profiter les autres". Aujourd'hui, une quarantaine d'entreprises nous suit dans cette démarche.
Qu'est-ce que les entreprises apportent aux jeunes sportifs des banlieues?
Dans nos programmes d'accompagnement à l'orientation et à la formation professionnelle, l'association organise des ateliers de présentation d'activités, des visites d'entreprises, nous aidons les jeunes à trouver un stage. Le but est de faire se rencontrer deux mondes. Cela permet aux jeunes de se familiariser avec des comportements à avoir en entreprise comme arriver à l'heure, fonctionner en équipe, respecter la hiérarchie, se montrer motivé, bref acquérir une dimension comportementale qui se retrouve aussi sur un terrain de sport.
Qu'en retirent-elles?
Côté entreprises, notre volonté est de nouer un réel partenariat avec celles qui ont choisi d'accompagner nos jeunes. Nous avons une histoire commune, nous nous rencontrons quatre à six fois par an. Devant la pénurie de main-d'oeuvre, les entreprises peuvent ainsi trouver un véritable vivier de compétences. Beaucoup d'entreprises ont compris qu'il fallait qu'elles aillent chercher dans ces zones pour leurs recrutements.
Avec Entrepreneurs dans la ville, vous avez franchi un nouveau cap. Parlez-nous de cette action.
C'est un programme d'aide à la création d'entreprise initié par l'EM Lyon et destiné aux jeunes des banlieues. Depuis 2007, 30 jeunes en ont bénéficié et 22 ont créé leur entreprise. Le cursus leur ouvre un réseau, grâce au parrainage d'un chef d'entreprise, et leur apporte de la méthodologie, avec les trois mois de cours dispensés à l'EM Lyon. Beaucoup de ces jeunes ont des prédispositions naturelles à la vente ou à la communication. Il faut juste les aider à démultiplier leurs efforts pour que cela fonctionne dans le cadre d'une création d'entreprise. Et puis devant la réalité d'un quotidien sans emploi, ils sont nombreux à vouloir se créer leur propre job. Au centre de Vaise, un espace de travail leur est réservé.

Parcours


1972
Naissance à Suresnes, en région parisienne.
1994
Après une prépa HEC à Paris, il entre à l'EM Lyon pour en sortir diplômé en 1994.
1995-1997
Chef de produit chez Vichy à Vienne en Autriche.
1997
Il entre chez Paribas, d'abord à Bruxelles puis il devient chargé d'affaires entreprises au sein de la succursale lyonnaise.
1997 Bénévole au sein de l'association de Yannick Noah, Fête le mur.

1998
Il crée Sport dans la Ville.
2007
Première promotion d'Entrepreneurs dans la ville. Les jeunes des quartiers ont grandi et passent de sportifs à chefs d'entreprise...

Il aime - Rêver et surtout que ses rêves deviennent réalité. - Rencontrer des gens et se nourrir de la richesse de leurs différences. - Le sport, qu'il a pratiqué à haut niveau lorsqu'il était plus jeune mais dont il a surtout fait un bel outil source de lien social. - Sa famille: «J'ai aujourd'hui construit une famille et je suis papa depuis peu. C'est important de leur accorder du temps.» - L'entrepreneuriat. Il n'aime pas - L'hypocrisie. - L'attirance extrême pour l'argent. - La prétention.

JDE | Édition Rhône-Alpes | 5 décembre 2008

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