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Rencontre

JDE Edition Rhône 69

Bruno Bonnell. Des robots plein la tête

ajouté le 5 juin 2009  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre, Bruno Bonnell, Infogrames, Robopolis, Lyon, Villeurbanne

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Bruno Bonnell, cofondateur d'Infogrames et président de Robopolis. Sa passion des robots ne date pas d'hier: il a construit son premier engin - un épouvantail à partir d'un moteur de machine à laver...- à l'âge de 10 ans.

Le charismatique fondateur d'Infogrames développe dans la discrétion une société spécialisée dans les robots, à Villeurbanne.25 ans après ses débuts dans l'entrepreneuriat, c'est avecla même passion énergiquequ'il porte ce nouveau projet.

Claire Pourprix

Un zest de provocation, une pincée d'humour, Bruno Bonnell affirme tout sourire qu'il a adoré son aventure Infogrames mais qu'il ne se souvient de rien... Une façon de dire qu'il ne vit pas dans le passé, mais bien dans l'instant présent. En août2007, alors qu'il avait quitté depuis quelques mois la direction du groupe de jeux vidéo qu'il avait cofondé en 1983, il apprend que son jeune fils est atteint de leucodystrophie métachromatique, une maladie rare qui handicape progressivement les jeunes enfants.

Vivre l'instant présent
«La vie m'a rattrapé. Mon système de valeurs a été bouleversé. Ma priorité numéro un est le confort de Balthazar», confie Bruno Bonnell. Pour le bien-être de son fils, il décide de se réinstaller à Lyon. Robopolis, une boutique de robots dans laquelle il avait investi à Paris en 2006, emménage à Villeurbanne. «J'ai décidé d'orienter Robopolis en structure de distribution de robots et de développement de logiciels spécialisés sur plate-forme robotique», résume ce passionné, convaincu que les robots vont prendre une place majeure dans notre vie. Robopolis se focalise sur les logiciels d'entertainment, d'éducation, de services à la personne. Visionnaire, au risque d'avoir un temps d'avance par rapport au marché, Bruno Bonnell avait décrit, dans un ouvrage rédigé avec Christophe Sapet, au début des années 80, ce que serait l'informatique à la maison. L'ordinateur familial est aujourd'hui banalisé. La robotisation de notre quotidien ne fait que démarrer: «À horizon de 15 ans, il y aura plusieurs robots dans chaque foyer.» «L'ordinateur est un amplificateur de l'imagination et de la créativité. Le robot apporte une nouvelle dimension des capacités humaines», assure-t-il. La technologie en général est sa passion, et Bruno Bonnell mêle sans hésitation des scénarios futuristes aux usages quotidiens. S'il a un temps été tenté par une carrière de producteur de cinéma, son choix s'est finalement porté sur l'autre côté de l'écran: il préfère vivre des histoires plutôt que les raconter. Dans ses bureaux villeurbannais, Robopolis n'a pas de femme de ménage. C'est Rumba, le robot aspirateur, qui s'en charge.

L'ère quaternaire
Au-delà de l'anecdote, il en va selon Bruno Bonnell de la révolution de nos modes de vie. «Ici, je n'ai pas de bureau. Je n'ai pas d'horaires non plus: s'il fait beau je préfère me promener au parc avec mon fils et travailler la nuit!» Ce qu'un chef d'entreprise averti peut se permettre n'est pas forcément accessible au commun des mortels. Il en convient... quoi que. «Jusqu'à présent, c'est la taylorisation du travail qui a prévalu: les gens ont été traités comme des briques de legos et le mur s'est écroulé... La crise, je n'y crois pas: nous vivons une transformation du corps social et économique, par soubresauts. Nous payons en ce moment la fracture numérique car les entreprises n'ont pas su prendre le virage. Cela crée des mouvements de panique, douloureux, mais aussi très exaltants! Plus que jamais, nous sommes dans le siècle des entreprises. Nous entrons dans une phase de renaissance.La seule chose que je crains c'est que cela crée un climat de néoguerre, avec pour victimes les gens au chômage, sans habitation...» La technologie doit selon lui être actrice de cette transformation; la robotique est «le grand secteur de l'ère quaternaire», celle d'un travail plus éthique, plus humain. Plus humain, c'est en tout cas ce qui caractérise Bruno Bonnell depuis qu'il a été «rattrapé par la vie». On le dit moins attaché au business: il est redescendu sur terre sans perdre de son charisme ni de sa faculté à fédérer naturellement les énergies autour de lui.

«Il ne faut pas réduire l'entrepriseà sa performance financière»


Dirigez-vous Robopolis comme vous l'avez fait chez Infogrames?
Robopolis est leader sur la distribution de robots en France, avec dix personnes et un chiffre d'affaires de 5M€. Elle se positionne sur un marché en développement à trois chiffres. La croissance est assez spectaculaire. Mais je ne fais pas un copier/coller et je n'ai pas l'esprit revanchard. On n'a jamais deux enfants pareils: la personnalité de chaque entreprise se forme à l'aune des gens qui l'accompagnent.
On ne crée pas une entreprise à 25 ans et à 50 ans avec la même approche...
Oui, on n'a pas le même état d'esprit. Je cherche à intégrer des jeunes talents et des gens plus expérimentés, pour les laisser s'exprimer. Aujourd'hui, je suis moins le cerveau de l'entreprise mais plus le coeur. Je suis donc moins dans l'opérationnel, mais plus dans l'accompagnement, dans la stimulation. L'expérience permet aussi de prendre des décisions plus rapidement. Et d'admettre que, parfois, la passion ne suffit pas, il faut un peu de raison...
Pensez-vous que vous saurez mieux gérer la croissance?
Avec l'expérience, on s'emballe moins dans des financements compliqués... Mais on ne peut pas ignorer les opportunités. Ne pas forcer le destin, vouloir passer en force, mais toujours faire un mélange entre l'intuition et le calcul... Quand j'ai quitté Infogrames en 2007, le groupe n'avait plus de dettes et du cash. Je pense que j'ai effectué 24 ans de ?bons et loyaux services?. Je ne regrette absolument pas les décisions que j'ai prises chez Infogrames, car il y avait besoin d'une certaine forme d'énergie. Aujourd'hui, je suis plus dans l'énergie renouvelable...
Réduire une entreprise à sa performance financière vous agace...
Le profit et l'argent sont essentiels pour assurer la liberté de l'entreprise. Mais il ne faut pas négliger sa performance qualitative. Ce dont je suis le plus fier c'est que 200 entreprises se sont créées à travers Infogrames. Ça a donné le goût aux gens, alors que dans les années 80 et 90 la création d'entreprise n'était pas commune comme elle l'est devenue aujourd'hui.
Quels conseils donneriez-vous à de jeunes entrepreneurs?
Trois A m'ont toujours guidé: axe (il faut un axe de développement et pas seulement une idée), argent (pour avoir les moyens de ses ambitions) et âmes (des gens qui adhèrent à la mission de l'entreprise, au-delà du simple fait de gagner de l'argent).
Êtes-vous souvent sollicité par des entrepreneurs?
Oui, fréquemment, mais je réagis très mal à l'urgence, pour boucler un projet de financement. Je préfère prendre du temps pour aider à monter des projets, en amont. J'ai été business angel quand on n'en parlait pas; aujourd'hui je concentre mes moyens sur le développement de mes entreprises.
Vous êtes administrateur de trois groupes, pourquoi ce choix?
Pathé, car j'adore cette entreprise qui fait des choix audacieux; Danone, qui est mon modèle absolu de l'entreprise, et ANF, qui possède de nombreux immeubles rue de la République, à Lyon, c'est ma manière d'être homme de la cité.

Parcours


1958
Naissance à Alger.
1966
Emménagement à Lyon.
1981 Diplômé de l'ICPIL (devenu CPE Lyon).
1982
Commercialise le TO7 de Thomson, premier ordinateur familial. Coauteur de ?Pratique de l'ordinateur familial?.
Juin1983
Création d'Infogrames, à Villeurbanne. En 2001, l'éditeur de jeux vidéo emménagera à Vaise, dans le quartier de l'industrie.
2006
Investit dans une boutique de robots, à Paris: Robopolis.
Avril2007
Quitte Infogrames (305,3M€ de chiffre d'affaires; -61,8M€ de résultat opérationnel).
Août2007
Il apprend que son fils est atteint d'une maladie rare, il revient vivre à Lyon et développe l'activité de Robopolis.

Il aime - La technologie en général. - Échanger. «J'ai beaucoup voyagé mais cela ne m'est plus possible. Je ne me nourris donc plus de voyages mais des réflexions de ceux qui me rapportent leurs impressions.» - Lyon et sa région. - Profiter de la vie. «Je suis plus jouisseur de l'instant que planificateur de plaisir! Les conversations, les bons repas avec des copains: j'adore.» Il n'aime pas - Les choses superficielles et réductrices. - Qu'on le sollicite en urgence pour boucler un plan de financement... - Le manque d'audace des Lyonnais qui n'ont pas conscience du potentiel de leur ville, ou qui la survalorisent...

JDE | Édition Rhône 69 | 5 juin 2009

Vos réactions 2 commentaires

  • RobotBuzz.fr - commentaire ajouté le 14 septembre 2009 à 23h30
    Passion robotique
    Nous partageons une même passion: les robots! Évidemment, tout le monde aimerait avoir votre succès mais ce n\'est pas donné à tout le monde. J\'ai créé modestement un petit site web pour transmettre ma passion en informant les internautes sur la toute dernière actualité robotique (http://www.RobotBuzz.fr).

    Bravo à vous en tout cas!
  • Patetik - commentaire ajouté le 06 janvier 2009 à 12h24
    Serial entrepreneur pour la vie
    Bonjour,
    Je pense que quand on la passion de l\'entrepreneuriat c\'est à vie. Et on a beau avoir envie de quitter de temps en temps l\'entreprise, on y revient toujours, n\'est ce pas Bruno :)
    Cordialement.
    Patrick HANNEDOUCHE
    Business angel amorçage

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  • RobotBuzz.fr : Passion robotique - Nous partageons une même passion: les robots! Évidemment, tout le monde aimerait avoir votre succès mais ce n\'est pas donné à tout le monde. J\'ai créé modestement un petit site web pour transmettre ma passion en informant les internautes sur la toute dernière actualité robotique (http://w...
  • Patetik : Serial entrepreneur pour la vie - Bonjour,
    Je pense que quand on la passion de l\'entrepreneuriat c\'est à vie. Et on a beau avoir envie de quitter de temps en temps l\'entreprise, on y revient toujours, n\'est ce pas Bruno :)
    Cordialement.
    Patrick HANNEDOUCHE
    Business angel amorçage

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