Rhône

L'Enquête

JDE Edition Rhône 69

Investisseurs chinois. Pourquoi ils s'implantent à Lyon

ajouté le 6 janvier 2012  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Chine, Investissements étrangers, Lyon, Bluestar Silicones, Huawei, Yingli green energy, Erai, Aderly

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Richard Li Pei, responsable R&D de Bluestar Silicones en Chine, vient régulièrement échanger avec ses collègues du laboratoire de Saint-Fons (photo: Jacky Fontaine/Photographefrance).

La Chine, terre de délocalisation, se tourne aussi vers l'international. Les entrepreneurs chinois créent des emplois dans le Rhône, où ils investissent. État des lieux du "made in Lyon" chinois.

La Bank of China vient de signer un bail en plein coeur de Lyon. Elle y ouvrira une succursale d'ici à la fin de l'année. Tout un symbole. Et la confirmation de l'intérêt que portent les investisseurs chinois pour le marché lyonnais. «On constate depuis environ trois ans une accélération de la volonté des entreprises chinoises de se développer à l'étranger», souligne Patrick Molle, le directeur de l'EM Lyon, qui a effectué une cinquantaine de voyages en Chine depuis 15 ans. «Lyon pourrait devenir le hub européen de beaucoup d'entreprises chinoises car les Chinois ont des liens affectifs et historiques forts avec la ville qui, de plus, est bien placée sur le plan géostratégique.» Rhône-Alpes est la deuxième région française en matière d'investissements chinois en France. Le nombre de projets chinois a augmenté en moyenne de 22% par an en France depuis 2004. En 2010, ils ont représenté 4% des projets créateurs d'emploi selon l'Agence française pour les investissements internationaux.

Tous secteurs
Si la pharmacie, l'agroalimentaire ou encore l'énergie font l'objet d'un intérêt particulier, force est de constater qu'aucun secteur n'est laissé de côté. Quant aux intentions d'investir sur nos terres, elles peuvent être de plusieurs ordres: se développer à l'international en relais du marché intérieur, acquérir un savoir-faire technique, des marques, des sources de matières premières ou encore des produits stratégiques. Récemment, le fournisseur dans le domaine des TIC Huawei, déjà présent en France, s'est installé à Lyon, identifiée pour la forte présence de ses clients opérateurs télécoms et pour son potentiel d'entreprises. Yingli Green Energy a ouvert à Lyon pour bénéficier de son important bassin photovoltaïque.

Activités pérennisées
Outre ces implantations, plusieurs sociétés sont passées sous capitaux chinois ces dernières années. C'est le cas de NFM technologies (260 personnes en 2010 et 102 M€ de chiffre d'affaires), concepteur et fabricant d'équipements mécaniques lourds de haute technicité, ou encore de Bluestar Silicones (500M€ de chiffre d'affaires avec 3.000 personnes dans le monde dont 600 à Saint-Fons), repris à Rhodia. Dans les deux cas, l'emploi a été préservé et les investissements relancés. Bluestar Silicones vient ainsi d'inaugurer Iris, une nouvelle unité de production de résines qui a nécessité un investissement de 7M€. La pérennité du site du Saint-Fons, qui emploie 120 des 200 chercheurs "silicones" du groupe est ainsi engagée, d'autant que les dirigeants chinois trouvent en France un milieu propice à la R & D: le crédit impôt recherche et une R & D mieux protégée sont des atouts. «Lorsque Rhodia a cédé l'activité, en 2007, nous étions très inquiets, reconnaît Franck Simeone, délégué syndical CFDT de Bluestar Silicones à Saint-Fons. Mais le groupe qui nous a rachetés continue de faire des acquisitions avec une stratégie de long terme sur le segment des silicones, puisqu'il a repris le producteur de silicium Elkem, en Norvège. Toutefois, nous avons toujours la crainte que le groupe copie nos technologies pour monter des unités de production en Chine et nous concurrence avec nos propres produits.» De fait, si le management est resté français, des échanges ont régulièrement lieu entre les équipes des différents pays du groupe. «Je viens à Saint-Fons environ une fois par an, explique Richard Li Pei, responsable R&D chez Bluestar Silicones, en Chine. Nous échangeons sur le développement de nouveaux produits et leurs applications. De nombreuses synergies sont apparues car des connaissances en France ou en Chine peuvent intéresser l'un ou l'autre marché.»

Opportunisme éclairé
«Le cas de Bluestar Silicones est un exemple d'opportunisme éclairé, analyse Aymeric de Mollerat, Director inward investment chez Erai. Ce rachat a permis au groupe chinois d'acquérir une brique manquante et de mettre un pied en Europe pour accéder au rang de société internationale.» L'organisme de la Région vient de renforcer sa présence en Chine en s'installant dans le Pavillon Rhône-Alpes à Shanghai. «Nous cherchons à attraper tous les projets technologiques à valeur ajoutée chinois, expose le spécialiste. Mais les projets sont souvent difficiles à manoeuvrer: nous avons des approches très différentes et la stratégie des entrepreneurs chinois est difficile à discerner.» Les passerelles entre grandes écoles, la présence à Lyon du consulat de Chine, la revitalisation de l'Institut franco-chinois de Lyon: tout est mis en oeuvre pour une meilleure connaissance mutuelle. Reste à séduire les investisseurs et à appréhender le risque de voir s'éloigner les centres de décision.

«Lyon est bien placée pour sedévelopper en France et en Europe»

 Investisseurs chinois.  Pourquoi ils s'implantent à Lyon

Arnaud Catrice, directeur général de Yingli Green Energy France Le leader mondial de la fabrication de panneaux solaires a choisi Lyon pour implanter sa filiale de services (commercial, marketing, technique, logistique). «Rhône-Alpes a été identifiée comme un bassin important du photovoltaïque en France. Il y a des développeurs, des bureaux d'études, de la R & D au sein du cluster solaire. De plus Lyon est bien située pour une utilisation finale des modules dans le sud de la France, tout en étant proche de Paris et d'accès facile pour les autres pays d'Europe.L'intérêt du marché français n'est pas quantitatif mais qualitatif, avec la présence d'acteurs stratégiques comme EDF, Total, Vinci, Bouygues ou encore Eiffage». Le groupe Yingli Green Energy, qui tire sa force d'une intégration verticale de toute la chaîne de production, a confié le développement dans l'Hexagone à une jeune équipe française. Mais les liens avec le siège sont très ténus: «La culture d'entreprise est très forte. Elle repose sur trois valeurs: la famille, l'école et la discipline. Le respect des lignes de conduite permet d'être très autonome dans l'opérationnel.» La structure, ouverte fin 2009, est opérationnelle depuis le deuxième trimestre 2010. Elle emploie désormais quatre personnes et deux embauches sont prévues cette année. TÉMOIGNAGES

«Pour le moment,ce sont de belles histoires»

 Investisseurs chinois.  Pourquoi ils s'implantent à Lyon


Quels sont les arguments avancés pour attirer les investisseurs chinois à Lyon?
Le pays n'est pas encore dans une stratégie de spécialisation forte. Il est donc difficile d'approcher la Chine avec une stratégie sectorielle, sur la base de nos pôles de compétitivité par exemple. Les investisseurs sont souvent des entreprises nationales qui veulent se donner les moyens de devenir leader. Le marketing de Lyon, repérée comme une grande région industrielle, doit inclure des facteurs d'excellences et des éléments moins rationnels. Les Chinois sont très pragmatiques et il ne faut pas négliger l'aspect sentimental.
Les implantations chinoises sont-elles pérennes?
Pour l'instant il s'agit de belles histoires. Mais nous n'avons pas beaucoup de recul. Les craintes que certains ont sont les mêmes que celles exprimées vis-à-vis des Japonais il y a 30 ans: ils s'installent pour piller la technologie et la rapatrier. Nous n'avons pas encore eu de contre-exemple de ce type. Il est intéressant de noter que les implantations récentes comme Yingli ou Huawei, que nous avons contribué à attirer, ne sont pas des rachats mais des installations en propre, pour conquérir un marché.

«La région concentre des clientset des compétences»

Jean-Christophe Tijou, directeur de l'agence régionale de Huawei à Lyon Le fournisseur global de solutions de TIC Huawei, installé en France depuis 2003, a inauguré son agence régionale à Saint-Priest fin 2011. «Nous avons à Lyon une forte présence de nos clients opérateurs et l'ambition de nous développer dans les technologies télécoms pour entreprise via les réseaux d'entreprise, qui sont très actifs dans la région. De plus, nous avons besoin de compétences techniques, d'administration réseau liées à l'informatique qui sont présentes sur la région et nous permettent de démarrer rapidement.» Huawei Lyon emploie 30 personnes et affiche de grandes ambitions: le nº 2 mondial croit de 25 à 30% par an. L'équipe, qui comprend quelques experts chinois qui «permettent un accès plus rapide à la R & D qui doit être traitée avec la Chine», devrait encore s'étoffer.

Erai

www.erai.org Aderly www.aderly.com Huawei www.huawei.com Bluestar Silicones www.bluestarsilicones.com
Yingli Green Energy
www.yinglisolar.com
EN SAVOIR PLUS

Claire Pourprix

JDE | Édition Rhône 69 | 6 janvier 2012

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