Entreprise du mois
La PME villeurbannaise, spécialiste des sciences cognitives cofondée en 2000 par Michel Noir, s'apprête à acquérir de nouvelles sociétés.
«L'usine chimique». Voici tout l'objet des activités de Scientific Brain Training (SBT), spécialisée dans la conception et le développement de programmes ludiques d'évaluation, d'entraînement et de maintien des capacités mentales et cognitives. Et c'est ainsi que Michel Noir, qui a fondé cette PME avec deux associés en 2000, désigne la machine complexe qui occupe désormais toutes ses pensées et celles de son équipe: le cerveau. À l'intérieur des locaux villeurbannais de SBT, une chose est sûre: les ?'usines chimiques'' des employés sont en constante ébullition. Dans le cadre du dernier appel à projets R & D des pôles de compétitivité, dans la catégorie Technologie de l'information et de la communication, l'entreprise vient d'être retenue avec plusieurs partenaires, dont Qoveo, spécialiste lyonnais du e-learning, pour le projet collaboratif Massai (Mesure et maîtrise du stress en situation d'apprentissage informatisé). Massai, porté principalement par SBT et labellisé par Imaginove à Lyon et Cap Digital à Paris, a été sélectionné avec d'autres parmi 185 dossiers. Le projet a pour objectif de mesurer et de traiter un état de stress ponctuel lié à un contexte d'apprentissage informatisé - comme une séance de simulateur - et devrait aboutir à la mise au point de deux logiciels commercialisables à terme. Le fonds unique interministériel financera environ 50% du 1,8M€ nécessaire à la recherche, étalée sur deux ans. De son côté, SBT participera à hauteur de 460.000 €.
Forte légitimité scientifique
L'innovation est le maître mot de SBT, qui emploie aujourd'hui, avec ses filiales, 80 personnes et a réalisé en 2010 un chiffre d'affaires consolidé de 5M€. Après son retrait de la vie politique, au milieu des années 90, l'ancien maire de Lyon Michel Noir devient docteur en sciences de l'éducation. Puis, très vite, se tourne vers l'entrepreneuriat. Lorsqu'il lance SBT, aux côtés de Bernard Croisile, vice-président scientifique, neurologue et chef de laboratoire de neuropsychologie de l'hôpital neurologique de Lyon, et de Franck Tapin Bernard, vice-président systèmes et docteur en informatique, aucun outil visant à prévenir et retarder le déclin des capacités cognitives individuelles n'existe vraiment. «Avec comme point d'origine la spécialisation dans les sciences cognitives, notre premier métier concerne le domaine de la santé. Nous avons ensuite intégré les ressources humaines à nos activités», explique Michel Noir. SBT, cotée sur Euronext Paris depuis 2006 et dotée de la légitimité scientifique comme meilleur argument de vente, a en effet pu investir différents marchés en réalisant des opérations de croissance externe.
Des filiales spécialisées
L'entité SBT gère aujourd'hui la partie grand public de ses applications logicielles, notamment à travers le site happyneuron.fr. Deux personnes sont détachées aux États-Unis pour gérer la marque dédiée au marché américain, HappyNeuron Inc. SBT réalise une grande partie de son activité grâce à des partenaires qui achètent des exercices et les proposent à leurs propres clients, comme lemonde.fr ou lepoint.fr en France. La PME décline ses produits dans une dizaine de langues: japonais, allemand, coréen ou encore le turque. En 2006, l'entreprise s'intéresse aux ressources humaines et rachète Arnava, basée à Paris et spécialiste de l'évaluation des cadres supérieurs et des dirigeants. En 2008, c'est au tour de Créasoft, éditeur de logiciels d'orthophonie basé à Toulouse, d'être racheté. Enfin, en 2010, SBT fait l'acquisition de Symetrix, une société grenobloise spécialiste du serious game, afin de proposer des outils aux professionnels de la formation.
Deux acquisitions en 2011
«Nous sommes d'accord avec notre conseil de surveillance pour favoriser une stratégie de partenariats. Nos opérations de croissance externe s'inscrivent dans une logique de synergie commerciale», affirme Michel Noir. S'il reste prudent quant à l'avenir, le dirigeant prévoit une ou deux nouvelles opérations de croissance externe en 2011. Le chiffre d'affaires du groupe pourrait ainsi passer à 7 ou 8M€ en 2012. Le scientifique conclut: «Nous sommes obsédés par la dimension scientifique et par l'enjeu sociétal lié à la prévention dans le domaine de la santé ou à la gestion des ressources humaines dans les entreprises. Nous développer, oui, mais pas à tout prix. Il faut que ça ait du sens.»
SBT est cotée en Bourse depuis 2006. Qu'est-ce que cela vous ap
porte ?
La décision de rentrer sur le marché libre d'Euronext Paris a été prise en vue d'une opération de croissance externe qui ne s'est finalement pas réalisée. Cela nous a permis de lever près de 4 M€. Nous possédons aujourd'hui un niveau d'endettement nul. La crise a pu être traversée sans difficultés, même si l'année 2009 s'est révélée horrible pour les résultats.
Le marché des tests cognitifs grand public semble assez concurrentiel aujourd'hui. Comment le percevez-vous ?
Nous sommes peu à posséder une véritable légitimité scientifique. Nintendo s'est par exemple lancé sur ce créneau. C'est une catastrophe sur le plan scientifique, mais nous avons tous profité du marketing mis en place.
Allez-vous vous tourner vers les nouveaux supports, comme les tablettes tactiles ?
Nous développons des applications pour iPhone et pour la tablette française Archos, sur laquelle nous nous apprêtons à lancer courant mai des exercices. Ceci représente une nouvelle porte de développement auprès du grand public.
Le marché À travers sa filiale Créasoft, SBT occupe 50% du marché français des orthophonistes. Dans ce domaine, un seul concurrent de poids existe : il s'agit de Gerip, basé près de Lyon. Le marché du e-learning, spécialité de Symetrix, est quant à lui très éclaté, avec beaucoup d'entreprises réalisant entre 500.000 et 2,5millions d'euros de chiffre d'affaires. Enfin, Arnava opère principalement pour des clients grands comptes tels que Thales, EDF, GDF ou Swiss Life. SBT, à travers notamment sa filiale HappyNeuron Inc, réalise plus de la moitié de son activité à l'international.
2000 Création de SBT.
2004 Ouverture au marché nord-américain.
2006 Entrée en Bourse sur Euronext Paris, rachat d'Arnava.
2008 Acquisition de Créasoft.
2010 Rachat de Symetrix.
Pierre-Jean Nicot
JDE | Édition Rhône 69 | 1 avril 2011


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