

L'Enquête
ajouté le 2 avril 2010 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Aménagement de la maison, Pôle, Alsace
Né fin 2009 et officialisé le mois dernier, le pôle aménagement de la maison repose sur plusieurs constats : crise ou pas, la consommation des ménages, adeptes du cocooning, est promise à une croissance durable. Ni national, ni européen, mais mondial, le marché nécessite une approche collective et concertée. Enfin, la région regorgerait d'entreprises de toutes tailles ayant développé savoir-faire et notoriété dans tous les domaines approchant à l'aménagement intérieur. De la robinetterie aux plafonds tendus, en passant par le textile et les arts de la table. D'apparence touffue, le pôle veut réunir un panel large et complémentaire d'entreprises susceptibles de collaborer ensemble.
Dossier réalisé par Adelise Foucault et Philippe Armengaud
L'union fait la force. Le tout jeune pôle aménagement de la maison en Alsace (Pama) veut faire sien cet adage et recrute tous azimuts pour peser sur le marché mondial. Il serait le seul de cette ampleur en Europe. Chargé de mission au sein du pôle aménagement de la maison, Daniel Munck l'affirme : «Notre cluster est totalement inédit, il n'en existe pas d'autre de notre périmètre en Europe». De fait, à la lecture des entreprises qui le composent aujourd'hui, il apparaît plutôt large : Burger (accessoires et éléments bois), Fondis (cheminées et poêles), Extenzo (plafonds tendus), DHJ (textile technique)... «Leur dénominateur commun, c'est l'aménagement de la maison», poursuit Daniel Munck.
150 entreprises et 15.000 salariés
«Notre objectif est de positionner l'Alsace comme une terre de conception d'équipements pour la maison innovants et respecteux de l'environnement», confirme Angélique Gasmi, directrice du pôle. S'il compte encore peu de membres, le potentiel est immense. La filière maison, au sens large, implique 150 entreprises et 15.000 salariés en Alsace, pour un total de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires selon le pôle. Elle est portée par des consommateurs locaux exigeants et historiquement portés sur le haut de gamme, capables, par exemple, de consacrer un budget moyen annuel de 455 euros rien que pour l'ameublement. Ce filon avait déjà été détecté en 2004 par Jean-Marie Wintenberger, concepteur de la Cité de l'habitat, à Lutterbach, une zone commerciale entièrement dédiée à l'aménagement de la maison. Mais en se lançant dans des projets comme celui de réaliser une maison témoin, un centre d'innovation par la pratique et une matériauthèque à plus ou moins long terme, l'ambitieux Pama veut structurer une filière et créer des passerelles entre les entreprises et laboratoires, dès le stade de la recherche. Sans oublier d'y associer les filières de formation, sans lesquelles le pôle ne serait pas au grand complet.
«Une image de sérieux et de qualité»
Né sur les fondations d'un réseau informel (?Aménagement de la maison?, créé en 2007), il doit donner une nouvelle dimension aux entreprises alsaciennes du secteur. «Nous bénéficions d'une image de sérieux, de qualité», estime Dominique Henneresse, président du Pama, «il faut en profiter pour chasser en meute, aller participer ensemble à des salons à l'étranger, notamment dans des pays où l'on ne pense pas aller seul». Car la finalité est bien celle-là : développer des produits innovants, marier des savoir-faire pour différencier les produits ?made in Alsace? sur un marché mondial impitoyable. Derrière, cela doit générer pour les entreprises de l'activité et donc des emplois. Soutenu par la Région, qui a compris l'intérêt d'une telle structure, le pôle fait aussi partie des candidats au statut national de ?grappe d'entreprises? qui pourrait générer de nouvelles subventions. Réponse attendue avant la fin du semestre.
Daniel Munck est chargé de mission au sein du pôle. Il est l'auteur de l'étude sur laquelle cette initiative se base.
Que représente le marché de la maison tel que le pôle le vise?
Les entreprises qui composent le pôle ou susceptibles d'y entrer dépendent de deux marchés de référence : la construction et la rénovation. Selon le Club de l'amélioration de l'habitat, le marché de la rénovation/amélioration s'élevait à 58,6 milliards d'euros en 2007. Le marché du bricolage est estimé à 21 milliards (120 milliards en Europe) et celui des meubles à 9,6 milliards (86 milliards). Le marché de l'électroménager et des arts de la table s'élève à environ 7 milliards d'euros (42 milliards). Mais notre conviction est que le potentiel de croissance se situe hors de l'Europe.
Le marché de l'aménagement de la maison souffre-t-il à l'unisson de celui de l'immobilier ? Il est clair que le marché de l'immobilier tire celui de l'équipement de la maison. Mais cela peut varier selon les catégories de produits. Par exemple, les incitations fiscales ont permis de maintenir le marché de la performance énergétique. La cuisine et les arts de la table représentent également toujours une tendance de fond car ils donnent le ton de la maison. Mais d'une façon générale, notre marché souffre.
Quel rôle jouent les tendances du ?repli sur soi?, du cocooning observées en temps de crise ?
Elles permettent de soutenir la rénovation. Plutôt que de vendre sa maison dans un contexte de prix en baisse, on va chercher à l'améliorer, à accroître la valeur patrimoniale du bien. La maison est aussi un lieu de réalisation sociale, une ruche où l'on aime recevoir... Ce qui tire le marché de la cuisine. Enfin, la demande de confort et de bien-être est inhérente à la nature humaine, ce qui implique une croissance inéluctable du marché.
Quelles tendances de consommation se dégagent de ce contexte de crise ?
Les clients délaissent les produits de moyenne gamme. Ils économisent sur certains postes et achètent du bas de gamme pour favoriser d'autres achats beaucoup plus haut de gamme grâce aux économies réalisées.
Et en termes d'innovation ?
Nous sommes sur des produits qui évoluent de façon progressive. Ils sont de plus en plus esthétiques, intègrent de nouvelles fonctionnalités (éclairage à LEDs...), une certaine dose d'automatisme et surtout sont plus respectueux de l'environnement (nouveaux systèmes de chauffage...). Des évolutions qui sont tirées par la demande ou poussées par la réglementation.
Ces marchés ne sont-ils pas vampirisés par l'Asie ?
Absolument pas. Nous avons deux catégories de produits dans le pôle. Les emportables : il peut y avoir là une logique d'achat low-cost et donc de confrontation avec une concurrence asiatique, mais nous résistons sur des niches. Ensuite, ceux qui sont intégrés au bâtiment, pour lesquels une pose est nécessaire. Nous sommes, là, moins confrontés à la concurrence.
La période est-elle propice au lancement du pôle ?
Structurellement, la crise actuelle ne remet pas en cause les tendances de fond sur lesquelles nous nous appuyons. La crise n'arrête pas le vieillissement de la population qui va tirer le marché dans les 20 ans qui viennent.
Force ou faiblesse? Le pôle veut fédérer l'ensemble des entreprises - petites et grandes- d'une filière au panel d'activités très large.
Le Pôle aménagement de la maison a vocation à réunir toutes les entreprises d'une filière qui en compte près de 150 dans la région. Il offre certes une visibilité à toute une ribambelle de PME gravitant dans cette sphère mais à l'aura moins forte que des groupes tels que la Salm, Burger, Tryba ou encore De Dietrich. Il va cependant fédérer des entreprises au panel d'activités très diverses allant des fenêtres aux plafonds-tendus, en passant par l'ameublement, l'électroménager, l'art de la table... qui, au quotidien, n'ont pas forcément vocation à travailler ensemble. «Mais c'est en partageant des histoires différentes qu'on s'enrichit, s'exclame Vincent Minery, gérant du cabinet Innovation in Design, à Strasbourg, qui rappelle: «C'est le rapprochement de peintres, écrivains, musiciens aux horizons divers qui ont permis à de grands mouvements tels que le cubisme de voir le jour. Ce pôle a une véritable légitimité. Il présente un potentiel peut-être supérieur à tous les autres, car la maison est un concentré de tous les enjeux de demain» poursuit-il. Nous sommes heureux que notre candidature ait été retenue».
Deux domaines
Pragmatique, le président, Dominique Henneresse, rappelle en effet que les entreprises du pôle, sont majoritairement des fabricants dont les productions sont réparties en deux grands domaines : «Les produits nécessitant une pose dans l'enveloppe du bâtiment (chauffage, portes, fenêtres, cuisines, revêtements...), et les produits emportables (ameublement, électroménager, éclairage...)». Autour se greffent déjà des entreprises comme Innovation in Design ou encore Abeco, négociant poseur en isolations et panneaux photovoltaïques, qui se positionne «de manière transversale sur le marché de l'habitat», indique son dirigeant, François Meyer, en quête pour son entreprise de nouvelles pistes de diversification au sein de cette filière. «Si le pôle espère un jour s'étendre à l'ensemble du Rhin supérieur, qui compte de nombreuses entreprises leaders (Duravit, Knoll, Vitra...) et architectes de renom, ce n'est pour le moment pas à l'ordre du jour», souligne aussi Dominique Heneresse. «Nous avons beaucoup d'idées pour ce pôle, il s'agit désormais de les structurer et de les échelonner pour assurer à notre ?bébé? une belle croissance.»
Le pôle entend stimuler l'innovation en favorisant le travail collaboratif par le biais d'outils très concrets, à l'instar du projet de matériauthèque et de maison témoin.
«L'objectif est de partager des expériences, d'échanger sur les bonnes pratiques, de favoriser l'accès aux ressources scientifiques et techniques de la région», indique le président du pôle, Dominique Henneresse. Pour y parvenir, le cluster mise d'abord sur une dynamique de conférences et rencontres thématiques ouvrant de nouvelles perspectives en termes de marchés. Les économies d'énergie, le travail à domicile, l'accessibilité des personnes à mobilité réduite, le maintien à domicile des personnes âgées sont autant de thématiques propres à stimuler l'innovation des entreprises du pôle. Celui-ci entend aussi se doter d'outils concrets susceptibles de favoriser le transfert de technologies, voire d'initier des collaborations entre entreprises «sur des projets que n'auraient pu lancer seules ni les PME ni les plus grosses entreprises de la filière», estime le président. Une matériauthèque, collection de milliers de matériaux «souvent innovants et facilement détournables» doit voir le jour, probablement sur la zone d'activité de l'Euroairport Bâle Mulhouse. L'autre projet phare, porté par la société Burger, est celui d'une maison pilote de 100m² à moins de 100.000€, bioclimatique et au design moderne. «Habitée par un salarié, elle sera à la fois un espace de vie, un laboratoire pour produits innovants et un lieu d'expositions pour les entreprises qui auront collaboré à sa réalisation. Elle est planifiée pour juillet», indique le président, qui veut croire à la commercialisation, in fine, de ce concentré d'innovation. Pour des PME comme l'Arche du Bois, agenceur d'intérieur implanté à Niederhaslach, la création de tels outils représente un véritable tremplin: «J'ai repris l'entreprise en décembre2009, indique Denis Clément, son nouveau dirigeant. L'adhésion au pôle entre clairement dans notre stratégie de développement et notre volonté d'exploiter au mieux les capacités de notre outil de production. Dans le contexte économique actuel, innover est primordial mais risqué pour des entreprises de notre taille. Des projets collaboratifs comme celui de la maison témoin permettent de tester de façon réelle nos nouveaux produits en partageant le risque financier à plusieurs.»
Le Pôle aménagement de la maison en Alsace rejoint la grande famille des clusters régionaux.
Ils sont seize en Alsace. Seize clusters, pôles de compétitivité et grappes d'entreprises (voir la liste ci-dessous) à fédérer plus de 700 sociétés. «Une sur deux est une micro-entreprise», explique Marc Jardini, consultant chez KPMG et auteur du Rapport d'évaluation des grappes d'activités stratégiques de la région Alsace. «Si l'on y ajoute les TPE, on atteint le taux de 74%», poursuit-il. Et l'on comprend mieux l'intérêt qu'elles ont à rejoindre les pôles : «L'innovation coûte cher, elle est risquée, le pôle permet de mutualiser ces facteurs», analyse le consultant. Les entreprises de taille intermédiaire, les ETI, représentent 10% des membres de ces pôles. Leur rôle est essentiel : capitalisant sur leur expérience internationale et leur capacité à innover, ces entreprises le plus souvent familiales sont capables de donner de fortes impulsions au pôle dans lequel elles évoluent et d'entraîner dans leur sillage les TPE. On pense naturellement à la Salm, à Burger ou encore à Weber industries au sein du Pôle aménagement de la maison. Mais ces structures sont aussi un moyen de générer des flux financiers importants dans le cadre des partenariats public-privé. 20 millions d'euros au cours de ces trois dernières années en Alsace, notamment grâce à la dynamique d'Energivie. «Le problème ne réside pas dans la captation de financements», tempère Marc Jardini, «rappelons que ce sont les entreprises qui portent 60 à 70% du coût des projets».
Des pôles jeunes
Il n'en reste pas moins que ces pôles permettent aussi de développer un marketing territorial pour les collectivités. La finalité d'un cluster étant bien entendu de renforcer l'attractivité d'un site au point d'y faire venir des entreprises et des capitaux étrangers. «Attention», avertit toutefois le spécialiste, «on ne créé pas un pôle ex nihilo, il faut des éléments préexistants. Ensuite, il faut laisser du temps au temps : le cycle d'un pôle n'est pas celui du politique». De ce point de vue, selon lui, l'Alsace a la particularité d'avoir des pôles particulièrement jeunes, encore en phase de cristallisation des enjeux.
Le pôle doit aider Weber Industries à développer les ventes de sa nouvelle gamme Lifestyle.
L'entreprise de Mertzwiller (35 salariés, CA 12M€), jusque-là connue pour ses gammes de meubles bon marché à destination de la grande distribution, s'est lancée l'an dernier dans la conception et la fabrication de meubles haut de gamme, sous la marque Weber Lifestyle. «Le pôle doit nous permettre de développer, pour cette gamme, la sous-traitance au niveau local, nous voulons travailler avec des entreprises implantées ici pour renforcer la touche ?Made in Alsace? de cette ligne», témoigne Dominique Weber, président de Weber Industries. «Il y a une vraie demande pour nos produits à l'étranger, mais nous ne pouvons pas jouer cette carte seuls» affirme le responsable. Ses ambitions sont grandes pour cette gamme : 10 à 15% de son activité d'ici 2012. Et il ne s'en cache pas : «Le pôle doit générer du business, porter notre activité haut de gamme», conclut-il.
Le sélestadien DHJ veut apporter son expertise technique du textile au pôle.
«Écouter et capter les besoins des uns et des autres pour leur apporter des solutions». Dirigeant de DHJ (100 personnes, CA 20 M€), Bernard Finckenbein en est convaincu : «Difficile d'imaginer l'aménagement d'une maison sans parler textile et les membres du groupe de travail innovation dans lequel j'évolue peuvent avoir besoin de mon expertise». Ces échanges lui permettent aussi de faire de la veille et de voir dans quelle direction les autres métiers de la maison vont : design, matériaux, innovation, légèreté... «Avec le textile, nous avons des pistes à creuser en matière d'isolation et d'étanchéité des toitures, par exemple», poursuit-il. Son engagement au sein du pôle doit aussi lui permettre d'atteindre un objectif qu'il s'est fixé : apporter une activité nouvelle à son entreprise tous les trois ans.
Pôle d'excellence rurale énergies nouvelles, Peren (créé en 2006) ; Cluster Energivie (2006) ; Réseau des éco-entreprises (2006) ; Biopôle Colmar Alsace (2005) ; Pôle aménagement de la maison (initié en 2007, créé en décembre 2009) ; Association régionale des industries agroalimentaires, Aria (1994) ; Pôle textile (2001) ; Pôle image, Iconoval (2004) ; Pôle matériaux et nanosciences (2006) ; Pôle chimie (2007) ; Pôle régional et international des sciences de la mesure, Prism3 (2000) ; Pôle TIC Grand Est, Rhénatic (2006) ; Pôle optique et photonique, Rhénaphotonics (2003) ; Pôle de compétitivité Alsace Biovalley (2005) ; Pôle de compétitivité fibres Grand Est (2005) ; Pôle de compétitivité véhicule du futur (2005) (Source KPMG)
- Contact pôle aménagement de la maison en Alsace: à l'Union des industries du Bas-Rhin au 03.88.35.40.63 (Angélique Gasmi) - Contact KPMG Marc Jardini: 03.88.18.23.00 - À lire: Les pôles, réseaux d'excellence et d'innovation, de Jean-Sébastien Scandela, éditions Autrement (2008) - Étude de l'Adira: Les clusters et réseaux d'entreprises dans le Rhin Supérieur (Septembre2009) - Étude prospective du pôle aménagement de la maison, à l'UIBR.
JDE | Édition Haut-Rhin 68 | 2 avril 2010

