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jeudi 2 septembre 2010

Rencontre

JDE Edition Bas-Rhin 67

Nicolas Carboni. La valeur n'attend pas...

ajouté le 5 mars 2010  - 

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Nicolas Carboni: «Le Québec, la Corse et l'Alsace ont beaucoup de similitudes: une culture propre, une identité forte. C'est pour cela que je me sens bien ici».

... le nombre des années. Corneille se reconnaîtrait-il dans Nicolas Carboni? À 40 ans, le directeur général d'Alsace Biovalley va très vite. Adepte de la méritocratie, il pilote le pôle, fort d'une expérience accumulée très jeune au Canada.

Philippe Armengaud

«De Corse, je viens de Corse: mon nom est Carboni», explique-t-il avec une pointe d'accent exagéré et dans un grand sourire, lorsqu'on lui demande d'où il vient. Nicolas Carboni n'a pourtant jamais habité sur l'Ile de beauté qu'il aime tant: il est né et a grandi à Deauville. Mais à l'instar de beaucoup d'insulaires, il a toujours été un homme de voyages, comme aimanté par l'inconnu. Son adolescence normande est un lointain souvenir. Son bac en poche à 17 ans, il a quitté le cocon familial pour aller faire ses études en région parisienne. Un âge précoce pour cela, mais l'envol n'était pas encore assez lointain. Et c'est à 21 ans, une licence de droit et une première année d'expérience professionnelle en poche, qu'il a vraiment largué les amarres, direction le Québec. «L'Amérique était, je pense, le rêve de beaucoup de gamins et le Québec la solution de facilité car il était relativement facile d'avoir un visa de résident», se souvient Nicolas Carboni. De facilité? Soit. Mais c'était surtout pour lui, qui n'avait que l'adresse de l'université de Montréal, un sacré saut dans l'inconnu.

Façonné par le Québec
Un inconnu qui lui est devenu tellement familier qu'il est resté 13 ans sur place. Et c'est là qu'est ?né? le directeur général d'Alsace Biovalley, l'un des pôles de compétitivité les plus en vue en France, dédié aux sciences de la vie et de la santé. En lui permettant d'accumuler les diplômes, de multiplier les expériences professionnelles, de découvrir dès 1993 les univers des nouvelles technologies et des biotechnologies, le Québec a façonné en une bonne décennie un homme pas encore quarantenaire mais d'une complétude déroutante. «Treize ans, c'est tout de même une grosse tranche de vie», admet-il. Le temps de vérifier le mythe du rêve américain et de s'imprégner durablement de méthodes de management et d'un savoir-être tellement naturels outre-Atlantique, tellement surprenants en France. «J'ai vu des choses rafraîchissantes au Québec: l'ouverture d'esprit, le brassage social, la possibilité donnée à chacun de faire ses preuves... cela m'a marqué à vie», poursuit-il, «et c'est parce que des gens m'ont fait confiance et donné de l'autonomie que j'ai pu avancer». Soit tous les ingrédients de la méritocratie, érigée en principe de management.

Construction collective
Un mode de fonctionnement que le directeur a mis en place d'abord en tant que directeur de la valorisation de l'Université Louis Pasteur en 2004, puis au sein de l'association Alsace Biovalley en 2006 avant qu'elle ne fusionne avec le pôle Innovation thérapeutique pour donner naissance au pôle Alsace Biovalley. «Je suis dans une logique de construction collective, je veux mettre les gens en responsabilités et en autonomie pour leur permettre de progresser», souligne-t-il, «c'est stimulant». Au sein du pôle Alsace Biovalley, il pilote ainsi une équipe d'une vingtaine de personnes, à qui il rend hommage: «Nous formons un cluster qui fonctionne bien», dit-il avec une certaine modestie. Audité comme tous les autres pôles en 2008, Alsace Biovalley fait partie de ceux «ayant atteint leurs objectifs» et pris une «dimension mondiale» selon le rapport remis alors au gouvernement.

Une visite présidentielle
Difficile, lorsque l'on rencontre Nicolas Carboni, de ne pas évoquer un froid matin de décembre2009, au cours duquel il a accueilli Nicolas Sarkozy, pour une visite présidentielle d'entreprises évoluant dans le giron du pôle. Quelques minutes plus tard, le directeur animait la table ronde sur le grand emprunt avec face à lui le Président de la République, les anciens Premiers Ministres Michel Rocard et Alain Juppé, la ministre de l'Économie et des Finances Christine Lagarde... Presque gêné -ce n'est pas lui qui a mis le sujet sur la table-, il dépersonnifie son rôle: «Il ne faut pas le prendre personnellement. Nous avons un territoire dynamique, un cluster qui fonctionne. Moi, en tant que directeur général, je n'en suis que l'incarnation». Tout juste admet-il que ses parents étaient fiers de cela. Et sans doute plus encore de tout le reste.

«Obtenir les financements du grand emprunt est une priorité»


Quel bilan faites-vous de l'action d'Alsace Biovalley en 2009? Le bilan chiffré prouve que nous continuons à nous inscrire dans les objectifs affichés lors de la labellisation. L'activité d'ingénierie et de projets coopératifs s'est maintenue à un bon niveau, avec 32 projets détectés, 9 expertisés et 7 labellisés, pour un volume global de 20,4millions d'euros de dépenses de R & D.D'une façon plus large, nous avons plus de grands projets structurants et ambitieux, fédérateurs sur tout le territoire, particulièrement depuis le deuxième semestre et les perspectives du grand emprunt, qui a été un catalyseur.
La crise a-t-elle eu un impact sur votre activité? Il y a eu un effet mécanique sur l'activité de nos sociétés. Les grands laboratoires ont plus externalisé leurs recherches vers des prestataires extérieurs. L'effet a donc été positif pour ces entreprises. D'autre part, en maintenant les mesures incitatives en faveur des partenariats public/privé, l'État a limité l'impact de la crise. Nous notons tout de même une petite baisse sur des projets de R & D qui n'est pas forcément tant liée à la crise qu'à des cycles de projets. Enfin, nous avons vu émerger l'an dernier des projets initiés en 2008.
Lesquels, par exemple?
La plateforme d'imagerie dans le médicament est emblématique de ce que nous voulons faire car elle rassemble GE Health Care, l'industrie pharmaceutique avec Roche, l'université et les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) ainsi que l'IGBMC (recherche en biologie moléculaire, NDLR). Le projet de campus dédié aux technologies médicales sur le site des hospices civils de Strasbourg est également en bonne voie. Il comprendra un institut hospitalo-universitaire (porté par l'Ircad), des plateaux techniques mutualisés pour les laboratoires et les entreprises et un technoparc destiné à accueillir des entreprises en phase de développement ou de préindustrialisation. Ces deux projets seront présentés au grand emprunt. Nous déposerons les dossiers probablement dans le courant de l'été.
Quels bénéfices le pôle peut-il retirer de la venue de Nicolas Sarkozy, début décembre2009? Il y a dans sa visite, je l'espère, une forme de reconnaissance de notre action. Cela nous donne plus de visibilité et de crédibilité vis-à-vis de nos grands partenaires industriels et pourrait nous ouvrir des portes. Cela nous renforce dans le sentiment que nous pouvons bâtir en Alsace un projet d'envergure européenne.
L'une de vos missions consiste à attirer des entreprises étrangères en Alsace. Où en êtes-vous? Nous venons d'accueillir la filiale européenne d'une entreprise new-yorkaise de biotechnologie, NexGenics. Avec Alsace International et l'université de Strasbourg, nous l'avons convaincue de développer ici une molécule découverte et maturée par Conectus, à qui elle l'avait rachetée. Au-delà de cette actualité, nous avons lancé avec ces deux partenaires une opération visant à identifier toutes les entreprises hors-Europe ayant des liens avec nos laboratoires, pour les convaincre de venir s'installer à Strasbourg.
Quelles priorités pour 2010? La priorité est de réussir à obtenir les financements du grand emprunt. Nous avons commencé à chiffrer nos besoins en partenariat avec l'université, les HUS et nos partenaires. Si nous ratons le coche, nous risquons de vivre une période de vaches maigres en matière de financements.

Parcours


4mai 1970 Naissance à Deauville
1987 Bac A1 maths-philosophie
1990 Licence de droit à Sceaux
Août1991 Départ pour Montréal, Bachelor en business, université du Québec
1994 Crée Valoritech à Montréal, société de conseil dans la valorisation et le management des technologies
1996 Créé le premier spin-off de l'université, Bio Artificial Gel Technologies. Master à l'école Polytechnique de Montréal en gestion de la technologie. Intègre des sociétés de consulting
2002 Doctorat (PHD) à Polytechnique de Montréal. Directeur d'un programme de recherche publique
2004 Directeur de la valorisation de l'ULP à Strasbourg.
2006 Directeur de l'association Alsace Biovalley, labellisée pôle de compétitivité Alsace Biovalley à partir de 2008

Il aime... - Sa famille, «un facteur d'équilibre totalement indispensable» - Être utile, «contribuer à créer quelque chose qui donne de l'emploi» - La bonne chair - La politique, «en tant qu'observateur» - Le sport (tennis, golf), la Corse Il n'aime pas... - L'hypocrisie, la malhonnêteté intellectuelle - Les réseaux et l'absence de méritocratie - Que l'on fasse vieillir les enfants trop vite - Les endives au jambon

JDE | Édition Bas-Rhin 67 | 5 mars 2010

Vos réactions 1 commentaire

  • PHIE - commentaire ajouté le 17 mars 2010 à 11h37
    bonne chair ?
    je pense qu\'il apprécie aussi la bonne chère

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Vos réactions 1 commentaire

  • PHIE : bonne chair ? - je pense qu\'il apprécie aussi la bonne chère

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