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ajouté le 3 avril 2009 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, transgene, investissement, essai clinique, production, vaccin, cancer, strasbourg, International, industrie, _biotechs-santé
Des locaux flambant neufs à Illkirch, un partenariat avec un grand de l'industrie pharmaceutique visé pour le milieu d'année... 2009 s'annonce riche pour la société bio-pharmaceutique cotée Transgene qui, avec plus de 80M€ de trésorerie, envisage l'avenir sereinement.
Marine Digabel
Sociéte de R & D bio-pharmaceutique, Transgene fait figure d'exception en Alsace. Avec une durée moyenne de 10 à 15 ans minimum pour mettre un produit sur le marché, le business modèle de Transgene, introduite au nouveau marché en 1998, a de quoi surprendre dans une terre industrielle (voir interview). Après une première vie de "contract research organisation", qui consistait à travailler sur des axes de recherche définis par des clients privés, Transgene s'est recentré sur le développement de ses produits propres dans les années 2000. Des vaccins utilisant la thérapie génique et destinés, non pas à prévenir, mais à guérir. Concrètement, des virus atténués et qui ne se reproduisent pas, génétiquement modifiés, aident l'organisme des patients à coder des protéines qui détruisent les cellules cancéreuses ou les cellules infectées par des virus comme celui de l'hépatiteC.
Cibler la R & D
«En 2005, nous avons décidé de mieux focaliser le champ de nos recherches. En ciblant mieux les vecteurs de transmission sur lesquels nous travaillons en amont (les virus utilisés, ndlr), nous sommes plus efficaces. Nous avons aussi considérablement renforcé les moyens alloués au développement des produits pour mener à bien les phases d'études cliniques», explique Jean-Yves Bonnefoy, directeur R & D.Le scientifique a aussi largement impliqué Transgene dans un programme consacré à l'étude des marqueurs biologiques, qui permettent d'étudier la réponse aux traitements de différentes sous-population, et donc de prédire l'efficacité des traitements. Transgene a la chance, depuis 2005, de profiter d'un taux d'attrition très faible sur les produits lancés en phase clinique. Après un partenariat conclu avec Roche en 2007 sur le traitement des liaisons précancéreuses causées par le virus HPV (produit TG4001), la société de biotech espère conclure un nouveau partenariat avec un grand de l'industrie pharmaceutique sur le produit TG4010, destiné à soigner le cancer du poumon. «Ce produit permet d'allonger la durée de vie des patients en phase terminale de 11 mois à 17 mois en moyenne. Et le travail sur les marqueurs biologiques a donné des résultats très intéressants», constate Philippe Poncet, directeur administratif et financier.
Partager l'expérience
Les partenariats sont une étape nécessaire pour la suite des projets de Transgene. Les grandes sociétés bio-pharmaceutiques ont en effet les moyens de financer les dernières phases d'études cliniques en vue d'une mise sur le marché. «D'ici quatre à cinq ans, l'idéal serait que nous soyons devenus une société "normale", qui vit de la vente de ses produits», explique Philippe Archinard. Pour l'instant, Transgene, cotée sur Nyse Euronext, vit du renforcement régulier de ses fonds propres. À terme, la biotech compte bien devenir une "biopharma" productrice et pourrait même commercialiser certains de ses produits elle-même, sans recours à des partenaires.
Intégration verticale
Dans cette stratégie, Transgene dispose d'un atout de taille avec son laboratoire de fabrication, construit en 1995. Il jouxte les locaux flambant neufs des équipes de recherche et administratives, occupés depuis début 2009 (16,5M€ d'investissement) sur le parc d'innovation à Illkirch. «Peu de biotechs sont dotées de tels équipements, qui nous donnent une vraie souplesse. Fabriquer conforte nos marges car il faut un réel savoir-faire. Ce n'est pas négligeable quand les investissements se chiffrent en centaines de millions d'euros.La compétence marketing est une tout autre affaire. Nous n'allons pas recruter des visiteurs médicaux dans tous les pays du monde», admet le dirigeant. Mais Transgene vise clairement l'intégration verticale la plus complète possible.
Des pertes record depuis des années, les résultats de Transgene ont de quoi laisser songeur. Le point sur le business model de la biotech avec Philippe Archinard, dg, et Philippe Poncet, daf.
Quel est votre modèle de développement?
Philippe Poncet: Depuis 1994 et l'entrée dans le giron de la famille Mérieux (près de 55 % des parts actuellement, ndlr), il a été décidé de développer nos propres produits. Le partenariat conclu avec Roche en 2007 prévoit qu'à chaque étape de développement du produit, nous touchons des droits. Philippe Archinard: Notre actionnaire de référence a toujours soutenu Transgene, notamment quand les levées de fonds en bourse étaient difficiles. Il a une vision industrielle et la décision d'investir dans une unité de production dès 1995 était un acte de foi très fort. Notre activité présente un couple bénéfices risques particulier. Les risques sont beaucoup plus élevés que dans une industrie classique, mais la rentabilité à long terme aussi. P.P.: Des enquêtes chiffrent à 800 millions de dollars le développement d'un produit, depuis la sélection de la molécule jusqu'à l'autorisation de mise sur le marché, en prenant en compte le cout des échecs des autres produits. En ce qui concerne les marchés, on estime celui du TG4010 à plus du milliard d'euros au pic des ventes. C'est donc un blockbuster potentiel. Celui du TG4001 est de l'ordre de 700M€ au pic des ventes selon les analystes financiers qui nous suivent P.A.: D'ici quatre à cinq ans, l'idéal serait que nous soyons une société "normale", qui vit de la vente de ses produits.
Comment financez-vous vos dépenses en R & D?
P. P.: Notre modèle de développement implique d'énormes investissements en R & D avant de pouvoir commercialiser nos produits. Du fait de son caractère risqué, notre activité ne se prête pas à l'endettement bancaire. Il faut donc financer la société par des fonds propres. Nous nous sommes introduits en bourse en 1998 et avons réalisé des levées de fonds et augmenté le capital à plusieurs reprises. La dernière augmentation de capital, de 100M€, remonte à juin2007. Elle couvre encore nos besoins de financements pour trois ans.
Et comment se porte votre situation boursière?
P.A.: On estime que 50% des sociétés de biotech dans le monde ont moins d'un an de trésorerie disponible et que 30% vont disparaître d'ici à un an. Notre position est donc très confortable. Et le cours de Transgene en bourse est extraordinairement préservé, avec une hausse de la cotation d'environ 20% depuis un an*.
Comment se caractérise votre marché?
P.A.: C'est un marché qui s'agrandit en permanence. On se soigne de plus en plus et de mieux en mieux. Par ailleurs, une grande partie du portefeuille des grandes sociétés pharmaceutiques va devenir généricables, environ 20% des ventes sont con cernées d'ici 2012-2015. Elles ont donc besoin de relais de croissance. Comme elles n'ont plus la capacité de développer des produits innovants, à cause notamment de leur aversion au risque, elles ont besoin de biotechs comme nous.
* L'indice next biotech d'Euronext a enregistré une baisse de plus de 11 % sur la même période.
Philippe Archinard, 49 ans, a été sollicité par la famille Mérieux pour prendre la direction générale de Transgene en 2004. Ingénieur chimiste de formation, docteur en biochimie et immunologie, il a suivi un mini MBA à Harvard en 1994, avant de prendre la direction de la filiale nord-américaine de Biomérieux. Il a également présidé Innogenetics (Belgique) pendant cinq ans. Son arrivée a coïncidé avec celle de
Jean-Yves Bonnefoy
, 49ans, directeur recherche et développement. Titulaire de deux doctorats, en biochimie et immunothérapie, il a rejoint Transgene motivé par l'équipe dirigeante, qu'il connaissait déjà. Outre la redéfinition du champ de recherche, il s'est attaché à la montée en compétence des équipes, en recrutant des collaborateurs confirmés. Philippe Poncet, 41 ans, a rejoint Transgene en 2002. Après un parcours chez Aventis, ce diplômé d'HEC, a souhaité prendre la direction financière d'une structure à taille humaine, qui plus est cotée en bourse. «Transgene est une société qui bouge, qui doit changer de taille. Le mode de gestion projet est aussi très intéressant», estime-t-il. François Valencony, 36 ans, également diplômé d'HEC, a commencé sa carrière chez Schneider electric, au service fusion-acquisitions en Amérique du Nord. Passé par la holding Mérieux Alliance, il a rejoint Transgene en 2005 en tant que directeur corporate développement. «Nous travaillons sur des marchés nouveaux pour construire de nouvelles solutions thérapeutiques. C'est très motivant», commente-t-il.
-Philippe Archinard, directeur général; Michel Dubois, président du conseil d'administration. -Valorisation boursière au 23 mars 2009: 320,31M€. - 241 personnes fin 2008 soit 230 ETP (dont 30 CDD et intérimaires). -produits d'exploitation 2008: 13,9 M€ (28M€ en 2007, dont un versement de 23M€ de Roche lié au partenariat de 2007; perte nette2008: 18 M€ (5,5M€ en 2007); dépenses de R& D 2008 : 32,3 M€ (28,8 M€ en 2007); consommation de trésorerie 2008 : 24,6 M€ (5,5 M€ en 2007) ; 20 M€ prévus en 2009 (accélération du remboursement du crédit impôt recherche : 9,5 M€; financement du programme Adna sur les marqueurs biologiques par Oséo); 86,7 M€ de trésorerie fin 2008, soit plus de trois ans de financement d'exploitation courante. -www.transgene.fr; 03.88.27.91.00
1979
Création de Transgene à Strasbourg.
1992
Spécialisation dans le transfert de gènes.
1994
Entrée au capital de la famille Mérieux.
1995
Site de production à Illkirch.
1998
Introduction au Nouveau Marché et au Nasdaq: 93,8M€ levés.
2001
Spécialisation en cancérologie; 63M€ levés.
2005
Sortie de bourse aux États-Unis. Recentrage sur le cancer et les maladies infectieuses. 34,9M€ levés.
2007
Partenariat avec Roche; 100M€ levés.
2008
Déménagement à Illkirch.
JDE | Édition Bas-Rhin 67 | 3 avril 2009

