Rencontre
Ancien président national du CJD, actuel membre du conseil d'administration de Greenpeace, Sylvain Breuzard est un homme de convictions. Il les applique au quotidien à Norsys, la société de service informatique qu'il a créée en 1994. Elle compte aujourd'hui 200 salariés à Ennevelin.
«Il ne faut jamais oublier l'humain dans chaque décision que l'on prend pour l'entreprise.» C'est la conviction profonde de Sylvain Breuzard, P-dg du groupe Norsys, société de service en ingénierie informatique située à Ennevelin. Chemise décontractée, sourire franc, le P-dg de Norsys salue chaleureusement tous les salariés qu'il croise dans les locaux lumineux de l'entreprise. Pour ce Bourguignon de naissance, une entreprise se compose de trois piliers indissociables qui forment un équilibre: le sociétal, le social et l'économique. C'est ce qu'il appelle la performance globale. «La prise en compte du sociétal et de l'humain ne nuit pas à la rentabilité, bien au contraire», soutient le P-dg du groupe.
Se différencier pour garder une longueur d'avance Sylvain Breuzard, lorsqu'il crée Norsys en 1994, souhaite avant tout se démarquer de la concurrence: «Par exemple, en 1998, toutes les sociétés d'ingénierie informatique se sont précipitées sur le bogue de l'an 2000. Pas nous.» Ce détail en dit long sur son état d'esprit et sur la façon dont il dirige son entreprise: se différencier pour garder une longueur d'avance. Cette volonté de différenciation prend forme fin 2007. Sylvain Breuzard et ses collaborateurs ont créé l'école Easymakers pour former les employés de Norsys à être plus efficaces sur le terrain que la concurrence. «Faire du service en informatique est une chose mais la façon de le faire en est une autre. Avec la formation Easymakers nous travaillons sur l'adaptabilité et sur la façon de se comporter de nos collaborateurs chez les clients. Aujourd'hui, les compétences et l'expérience ne sont plus des éléments assez différenciateurs», avance le P-dg de Norsys.
Impliquer les salariés Aujourd'hui, Norsys est dans une logique de stratégie sur 3 ans (2007-2010) avec un objectif de 70% de croissance. Entre2007 et2008, elle a connu sa plus forte progression passant de 14 à 17M€ de CA (+20%). Ce sont ses collaborateurs, plus que lui, qui ont parié sur un tel rythme de croissance. «Ce sont eux qui ont décidé, précise-t-il, humblement. Quand on élabore une stratégie, il est normal que les salariés soient questionnés et associés au projet.» Cette implication du salarié tient à coeur Sylvain Breuzard. Tous les ans, 25% des salariés de Norsys participent à un séminaire durant 3jours. «C'est l'occasion de susciter leur créativité, beaucoup de bonnes idées naissent au cours de ces séminaires», remarque-t-il.
Un partage des valeurs Le P-dg de Norsys dit détester les stéréotypes de recrutement utilisés par la plupart des entreprises. Il a d'ailleurs élaboré sa façon de recruter en réaction aux façons de faire des entreprises où il a travaillé avant. Chez IBM entre1984 et1989, puis chez Soleri de 1990 à 1994. C'est son passage dans cette société qui a amené Sylvain Breuzard dans le Nord. Pour lui, les compétences doivent être là, mais s'il n'y pas de valeurs communes, cela ne suffit pas.
Engagement Rapidement, le travail de dirigeant amène Sylvain Breuzard vers d'autres horizons, affirmant un peu plus au fil des années son engagement social et sociétal. Une expérience semble avoir été décisive dans la vie du créateur de Norsys: ces années passées au sein du Centre des jeunes dirigeants d'entreprise (CJD). Il parle «d'un grand pas en avant dans son rôle de dirigeant». Avant de devenir le président national du CJD de 2002 à 2004, Sylvain Breuzard a exercé cette fonction au sein de la section de Lille à partir de 1999. «Laisser l'individu se développer et évoluer fait partie des valeurs prônées au CJD. Je me retrouve complètement dans cet organisme», conclut-il.
Virginie Charpenet
En 2003, vous avez créé une fondation au sein de Norsys, quel est son objectif? Je voulais d'abord montrer que les fondations n'étaient pas réservées qu'aux grands groupes. C'est aussi une volonté personnelle d'assurer la responsabilité sociétale de Norsys de façon concrète. Avec la fondation on peut mettre des choses en mouvement. Nous avons des projets liés à l'emploi et aussi à l'environnement.
Quelles sont les actions concrètes menées par la fondation? D'abord il faut savoir que tous les projets sont proposés et portés par des salariés de Norsys. Pour donner un exemple dans le Nord, nous menons des actions avec l'AIFE (Association initiative formation emploi) dans le bassin lensois. Nous aidons des personnes discriminées à retrouver le chemin de l'emploi. Ils passent une journée dans l'entreprise. Cela leur permet de retrouver un peu le milieu professionnel pour leur redonner confiance. Nous leur proposons une formation aux entretiens et à l'usage professionnel d'internet. Nous avons aussi des projets liés à l'environnement, notamment au Maroc, où nous créons un jardin biologique dans un lycée de Marrakech pour sensibilier les jeunes.
En dehors de la fondation, quelles sont les autres occasions de vous engager? Un des sujets qui me tient le plus à coeur est l'environnement. Ma prise de conscience de l'urgence à agir m'est venue lors d'une rencontre marquante avec les scientifiques Albert Jacquard et Hubert Reeves. Au cours de la conversation, ils m'ont fait part de ce chiffre stupéfiant: si au XXIesiècle tous les pays ont un rythme de croissance de (seulement) 3% par an, cela nécessitera 200 fois plus de matières premières et d'énergie que ce qui est utilisé aujourd'hui sur une année. C'est cela qui m'a incité à amener Norsys vers le «toujours mieux» et non vers le «toujours plus». Et au niveau des engagements concrets, j'ai été membre du Conseil national du développement durable de 2003 à 2005. Depuis fin 2008, je suis au conseil d'administration de Greenpeace.
Quelle est la politique de Norsys concernant le recrutement du personnel? Depuis 2006 nous sommes engagés dans une politique de diversité. Nous avons complètement revu nos méthodes de recrutement en mettant en place le CV anonyme. Quand on postule à Norsys, toutes les expériences de plus de 15 ans n'ont pas à figurer dans le CV, cela évite les discriminations liées à l'âge. Mais le CV anonyme ne fait pas tout, car on finit toujours par rencontrer les personnes lors de l'entretien. On a donc mis en place une sensibilisation aux préjugés pour ceux qui sont amenés à recruter du personnel. Début 2006, nous n'avions aucun salarié de plus de 45 ans, aujourd'hui ils sont 12. Cela évolue petit à petit. Chez nous, tout recrutement est issu d'une co-décision.
Pourriez-vous définir ce qu'est pour vous un chef d'entreprise? Je dirais que c'est un leader-animateur. C'est lui qui doit mettre l'entreprise en mouvement, insuffler une direction claire, et ça quelle que soit la taille de l'entreprise. Il doit fédérer les énergies et les talents autour de lui. L'important est de donner envie à ses collaborateurs d'aller de l'avant.
15 février 1960
Naissance à Avallon (89).
1984
Intègre IBM pendant 5 ans en tant que technico-commercial.
1990
Entre comme commercial dans la société de service informatique Soleri (59).
1994
Création de Norsys.
1996
Engagement au CJD et création d'une agence Norsys à Marrakech au Maroc.
1999-2001
Président de la section de Lille du CJD.
2001
Création du groupe Norsys (agences à Marrakech, Paris et Lyon).
2002-2004
Président national du CJD.
2003
Création de la Fondation Norsys.
2008
Entre au conseil d'administration de Greenpeace France.
Il aime... - La culture (art, littérature, cinéma, théâtre...), l'art de la table. - Le changement et la création. - Les relations humaines et le management. - Les réunions où on trouve une solution à un problème. - L'authenticité. Il n'aime pas... - L'injustice sociale. - Le «m'as-tu-vu». - La dégradation de la nature. - Les choses répétitives.
JDE | Édition Nord 59 | 3 avril 2009

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