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[Interview] « Le burn-out, c'est le corps qui vous éteint »

ajouté le 25 septembre 2017 à 22h00  -  - Mots clés : Actualité, Leader, Témoignage, burnout

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Jean-François Carré a vécu plusieurs situations de burn-out, en tant que salarié, puis entrepreneur.

Originaire de la région valenciennoise, Jean-François Carré est un entrepreneur nordiste qui mène de front plusieurs vies : consultant indépendant, start-upper, musicien... Véritable alliée au quotidien, son hyperactivité l'a toutefois conduit au burn-out en septembre 2006. Il témoigne.

Vous avez fait un burn-out en 2006, qu'est-ce qui vous a conduit à cette situation ?
J'étais salarié à l'époque pour une entreprise de type start-up, dans le domaine du marketing digital. Je travaillais beaucoup, j'aimais bien donner et je me mettais beaucoup de pression. J'avais aussi pas mal d'activités personnelles à côté, dans le domaine culturel. J'avais deux vies à gérer. Je suis convaincu que l'entreprise pour laquelle on travaille n'est pas responsable à 100 % d'une situation de burn-out mais plutôt à 40 voire 50 %. Le reste, les " burners " (NRDL : personnes en burn-out) le portent en eux. J'ai d'ailleurs moi-même vécu deux autres situations de burn-out, alors que j'étais devenu consultant indépendant, donc mon propre patron, et que j'étais libre de dire non...

Il y a selon vous des personnes prédisposées ?
Je pense qu'un burner est quelqu'un qui n'a pas pris conscience de ses limites. Ce sont en général des personnes hyperactives et qui ne s'en rendent pas compte. C'est comme de rouler en F1 en croyant être dans une 2CV : ça n'est pas le même entretien et on crame plus vite l'essence... Il y a aussi une notion de suradaptabilité : quand une personne prend beaucoup sur elle et ne sait plus dire non alors que rien ne le lui interdit... Les burners potentiels n'ont pas non plus conscience des éléments qui peuvent déclencher leur burn-out. Dans mon premier boulot, par exemple, j'ai connu une forme de management faussement responsabilisante, du style : « Prends des initiatives, mais fait comme j'ai envie ». Certaines personnes, au profil pas forcément bienveillant, peuvent être des déclencheurs. Quand j'ai craqué, en 2006, le déclencheur a été une rupture sentimentale.

Comment ce burn-out s'est-il manifesté ?

C'était en septembre 2006 : j'étais au volant de ma voiture, lancée à 130 km/h sur l'autoroute. Je revenais de Bruxelles pour le boulot quand j'ai fait un malaise. J'ai vite compris que ça ne tournait pas rond et j'ai eu peur. J'ai senti que c'était nerveux, j'avais des symptômes cardiaques... Le burn-out, cela s'apparente aux ruptures chez les sportifs qui s'entraînent trop : du jour au lendemain, le corps casse et ils se retrouvent alités. Le burn-out, c'est le corps qui vous éteint. C'est le moment où il dit "non, on arrête, on va se reposer."

Est-ce que l'on est tout de suite conscient d'être en burn-out ?

On se rend compte que quelque chose ne va pas, qu'il y a un truc qui bugue, mais on ne sait pas forcément quoi. Il faut dire qu'il y a 10 ans, on parlait moins de burn-out. On parlait d'épuisement ou de craquage nerveux. C'est important pourtant de mettre les bonnes étiquettes, le risque étant d'identifier, par exemple, de la dépression et de mettre le mauvais traitement en place. De la même façon, on parle aujourd'hui de burn-out à tout va, dans le cadre d'épuisement. Mais il faut bien comprendre que le véritable burn-out, c'est un épuisement extrême, une extinction complète qui peut durer plusieurs mois. Pour ma part, à la suite de cette expérience en voiture, je suis d'abord allé voir un cardialogue, qui n'a rien trouvé d'anormal, ce qui m'a ensuite conduit chez un psy...

Y a-t-il des signes précurseurs de cette situation ?

Il faut bien comprendre que je ne suis pas praticien. Je pars de mon expérience, qui n'est pas universelle. Mais dans la plupart des cas, quand on va trop loin certains symptômes physiques se manifestent, par exemple des troubles du sommeil, un débit de parole trop élevé, une alimentation difficile, de l'irritabilité... Quand on commence à se disputer avec une personne d'habitude très diplomate, c'est un signe !

Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui se retrouvent en burn-out ?

Le premier conseil que je donnerais, c'est de ne pas chercher à comprendre mais d'accepter, tout simplement. De reconnaître que l'on se trouve dans un état qui nécessite un accompagnement. Ensuite il s'agit de trouver le bon praticien : il est d'ailleurs possible d'en voir plusieurs avant de s'engager. Il faut aussi identifier dans son entourage les aidants et les personnes toxiques, j'entends par là celles qui projettent leurs peurs sur vous et vont vous brider, vous canaliser... L'important, aussi, c'est de ne pas croire que le fait d'avoir fait un burn-out une fois vous vaccine. C'est une situation qui peut se reproduire, comme dans mon cas.

Quel a été votre chemin vers la résilience ?

J'ai d'abord fait l'erreur de ne prendre que des arrêts de 15 jours, sans m'éloigner de l'environnement qui provoquait ce burn-out. Puis je me suis reconstruit en me lançant dans l'entrepreneuriat. Je suis devenu consultant en solutions marketing pour les TPE/PME et les start-up. Il y a aussi eu des projets artistiques en parallèle, comme la réalisation d'un album musical. Si je ne me lançais pas dans tous ces projets, je ne serais pas heureux. Aujourd'hui je travaille sur un projet de livre autour du burn-out, qui retrace mon cheminement personnel. La sortie est prévue en novembre. J'ai travaillé dans le même temps sur un autre album musical qui sera intimement lié au livre. Je suis aussi en discussion avec une entreprise nordiste pour donner des conférences sur la thématique du burn-out. Je travaille enfin au lancement d'une start-up dont la mission sera de permettre la rencontre de personnes grâce à des événements, comme des concerts. C'est un concept que j'ai déjà testé à Lille et je me suis installé fin juin à Paris pour en accélérer le développement.

Propos recueillis par Élodie Soury-Lavergne

Propos recueillis par Élodie Soury-Lavergne

JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 25 septembre 2017

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