Fait du mois
SeaFrance a fait naufrage. Le 9 janvier dernier, la liquidation de la compagnie maritime a été prononcée. 510 salariés ont déjà reçu leur lettre de licenciement. Qui pour lui succéder sur l'axe Calais - Douvres? La Scop portée par la CFDT ou le projet privé de LD et DFDS sont en lice.
«SeaFrance ne circule pas pour le moment. Vous trouverez de nombreuses alternatives de traversées sur cette page.» Voilà ce que l'on peut lire sur le site internet de SeaFrance depuis plusieurs semaines. Et pour cause, la filiale de la SNCF a été placée en liquidation judiciaire le 9janvier dernier. La dette de la compagnie s'élèverait à 190M€. Depuis, 510 salariés sur les 880 que compte la compagnie ont reçu leur lettre de licenciement. Pour les autres, les situations divergent: salariés protégés, employés toujours en poste comme le prévoit la liquidation, l'avenir demeure morose. Seule une quinzaine d'ex SeaFrance ont été reclassés au sein de la SNCF qui avait pourtant «identifié 260 vrais emplois» comme l'indiquait Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre des Transports, lors de sa venue à Calais le mardi 10janvier.
Premier employeur privé
La situation a déjà des impacts économiques sur un territoire où le taux de chômage atteint 17%. «SeaFrance est le premier employeur privé de Calais», ont pointé différents élus comme Natacha Bouchard, députée maire de Calais ou bien encore Philippe Blet, président de l'agglomération de Calais. «La liquidation de l'entreprise, deuxième client du port, peut générer une perte de neuf millions d'euros. Nous recherchons activement de nouveaux clients pour rester leader sur les liaisons Transmanche», avance Jean-Marc Puissesseau, président de la CCI Côte d'Opale et gestionnaire des ports de Calais et Boulogne-sur-Mer. Sur le front de l'emploi et du Transmanche, la situation de SeaFrance n'a pas laissé de marbre, les élus, les salariés, les organisations syndicales et les autres opérateurs du détroit.
Trafic en hausse des autres opérateurs
Eurotunnel a vu ses flux augmenter. P & O, l'autre compagnie présente sur la ligne Calais - Douvres a vu son trafic croître entre 20 et 30% depuis l'arrêt des traversées de SeaFrance le 15novembre dernier. L'arrivée du Spirit Of France, le dernier né de la flotte, va porter à sept le nombre de navire de P&O sur Calais -Douvres. Même renforcement à Dunkerque où le Danois DFDS a mis en place un quatrième bateau et attend l'arrivée du Norman Spirit qui appartient à Louis Dreyfus. Ce géant maritime d'Europe du Nord connaît lui aussi une hausse de 25% de son trafic sur cette période.
300 recrutements pour LD/DFDS
Opérant depuis Dunkerque, DFDS et Louis Dreyfus portent une offre claire sur le détroit. Candidats à la reprise il y a quelques mois, les deux compagnies ont dû ferrailler avec les organisations syndicales de SeaFrance. Aujourd'hui, leur projet porte sur la mise en service de deux bateaux opérant sous pavillon français. «Ils créeraient 300 emplois avec une montée en puissance possible ensuite. Le recrutement d'anciens salariés de SeaFrance, expérimentés, les intéresse forcément», confie Nathalie Kosciusko Morizet. Ses deux bateaux pourraient être le Norman Spirit appartenant à Louis Dreyfus et le Côte d'Albâtre. Le nom de ce ferry, propriété du conseil général de Seine-Maritime, est avancé. Mais sa mise en service pourrait faire polémique dans le contexte de la liquidation. La CFDT Maritime Nord et une partie des salariés portent un projet de Scopavec 550 embauches. Eurotunnel est partenaire de projet. Cette vue est ambitieuse et elle serait unique dans le secteur maritime français. Reste que pour voir le jour, la Scop doit mobiliser 50M€ et donc rassembler de nombreux salariés qui investiraient dans cette nouvelle entreprise tout ou partie des 36M€ d'indemnités extralégales qu'ils toucheraient.
La Scop, une première dans le maritime
Sur ce dossier, la Scop compte un allié de poids: Eurotunnel qui pourrait racheter les bateaux pour les louer ensuite à la Scop. Dans cette perspective, plusieurs questions sont posées: la CFDT Maritime Nord, plus que chahutée sur certaines pratiques, parviendra-t-elle à mobiliser? Quel sera le montant des aides publiques versées à la structure? Autre doute à lever: espérer que Bruxelles laisse l'opérateur ferroviaire se développer dans le maritime sans que cela n'assomme la concurrence. Et pourquoi pas un invité de dernière minute? Peu crédible a priori. Le Transmanche demeure un marché très concurrentiel.
«Il y a urgence à se mobiliser pour la création d'emplois dans le Calaisis et plus largement sur la Côte d'Opale. Il faut montrer que le Calaisis est un territoire où l'on peut investir et réussir.» Conseiller régional sur le littoral, Yann Capet s'est fait l'annonciateur du plan d'urgence avancé par le conseil régional. La Région va ainsi alimenter un fonds littoral d'au moins dix millions d'euros dédié au développement économique du Calaisis et de la Côte d'Opale. Sur sa partie opérationnelle, ce plan d'urgence s'appuierait sur une cellule dédiée. «Elle serait restreinte avec l'État, la Région, la SNCF, le conseil général, les collectivités locales et consulaires notamment. La cellule pourrait être animée par un haut fonctionnaire d'État», confie l'élu. Les organisations patronales et syndicales locales pourraient également participer à un comité de suivi. Mais à ce soutien économique, la Région met des exigences. «L'État et la SNCF doivent intervenir au même niveau. Trente millions d'euros permettraient d'apporter un vrai coup d'accélérateur pour différents projets.» Chahuté sur la question de ce fonds qui arrive sur un territoire où bien avant SeaFrance, le taux de chômage avoisinait déjà des records, le tout sur fond de prochaine campagne électorale, l'élu a avancé «que la Région et son président Daniel Percheron n'avaient pas découvert le sujet SeaFrance le 9janvier dernier, lors de la liquidation». Et de rappeler qu'ils avaient travaillé sur un projet de SEM avec le conseil régional de Bretagne voilà deux ou trois ans avec Britanny Ferries et la SNCF. Cette dernière n'ayant pas donné suite, le projet s'était arrêté. À ce jour, la Région met en avant sa préférence pour un pavillon français ainsi que le reclassement des anciens salariés et la pérennité de l'activité par le repreneur. Des discussions se poursuivent avec la Scop, Eurotunnel et LD/DFDS.ZOOM
Dans l'après SeaFrance, deux projets sont avancés sur la ligne Calais - Douvres, comment jugez-vous celui de la Scop? Il ne verra pas le jour, c'est de la poudre aux yeux. L'appel de fonds nécessaire à son bon fonctionnement est bien supérieur aux cinquante millions d'euros avancés. Il faut aussi intégrer la location des trois bateaux soit quelque dix millions d'euros comme indiqué par la SNCF.
Quels intérêts a Eurotunnel à soutenir la Scop? Cette annonce a surpris. Le groupe y voit peut-être un moyen d'avoir une alternative au Tunnel, d'avoir plus d'opportunités sur ce marché Transmanche, d'absorber le flux de passagers des JO. Après est-ce un engagement sur la durée? La question est posée.
Et l'offre de LD/DFDS? En saisissant cette opportunité sur la ligne Calais-Douvres, Louis Dreyfus consolide son activité Transmanche qui existe depuis 2005 au sein du groupe. L'armateur pose ainsi les bases d'un partenariat solide avec DFDS, qui est un acteur majeur sur le marché des ferries en Europe du Nord.
2millions Le nombre de passagers transportés chaque année par SeaFrance. 190Millions d'euros La dette de la compagnie. Le passif total atteint 490millions d'euros. 36millions d'euros Le montant des indemnités extralégales que la SNCF versera aux ex-SeaFrance.CHIFFRES CLÉS
Ségolène Mahias
JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 3 février 2012


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