Nord-Pas-de-Calais

L'Enquête

JDE Edition Nord-Pas-de-Calais

Friches. Que faire de ces chancres industriels concentrés au Nord?

ajouté le 3 décembre 2010  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Friches

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Faire d'une friche une opportunité. Le Nord commence à regarder son patrimoine avec fierté, à l'image d'EuraTechnologies, une reconversion réussie.

Le Nord concentre à lui seul un tiers des friches industrielles de France. La reconversion est pourtant possible et en marche. La métropole lilloise s'apprête à voter un vaste plan de reconquête. Ces zones peuvent devenir des opportunités pour les entreprises.

Symboles d'un passé glorieux, les friches encombrent le Nord. Avec 12.738sites, le département concentre 76,1% des friches de la région, dont 39,9% dans l'aire urbaine de Lille. Avec une densité de 0,0452sites pollués au km², le Nord - Pas-de-Calais détient la palme française, loin devant l'Ile-de-France et l'Alsace.

«Un coût» Ce constat amer, Michel Pacaux l'a dressé pour Lille Métropole Communauté Urbaine (LCMU). Dans un premier rapport de 180pages, qui a donné lieu à un vote de principe en juin, le vice-président et maire de Frelinghien dépeint un lourd héritage. Il réclame un cadre législatif pour traiter le problème et exhorte les élus à prendre leurs responsabilités. En février, un deuxièmevote doit leur ouvrir la boîte à outils nécessaire. «Les friches ont un coût, c'est à leur propriétaire de payer», lance Michel Pacaux qui dénonce des aberrations. «Au prix d'un terrain pourri, une TVA à 19,6% pour la démolition, non prise en compte dans le prix de vente, c'est incohérent.»

Des outils pour reconvertir La communauté urbaine vient de créer une mission spécifique d'information et d'évaluation des friches industrielles et pollutions historiques. Objectif: recenser et agir. L'action a commencé et s'accélère tous azimuts. L'un des acteurs majeurs de cette reconversion s'appelle Batixia. Pionnier en France, il épaule financièrement les entreprises dans leurs projets immobiliers. Une condition: s'implanter sur une zone en reconquête. «C'est aussi notre rôle social et sociétal de chef d'entreprise. Sans Batixia, je n'aurais jamais pensé m'installer à Roubaix», témoigne Patrick Bougamont, d'Impression directe (lire ci-contre). Il était hors de question pour lui d'aller en zone industrielle, trop connotée alors qu'il vend du service.

Hôtels d'entreprises, sièges... Batixia joue un rôle d'amorçage. «Pour encourager les entreprises à investir sur un territoire, il faut créer l'offre. Nous les emmenons là où elles n'auraient pas imaginé aller, grâce à une qualité de prestations supérieure, confie son DG Jean-Marie Bricogne. Nous amorçons la pompe avec un premier bâtiment, pour que les investisseurs privés prennent le relais. Nous leur disons: venez participer à un réensemencement économique. L'entreprise a beaucoup d'avantages à y trouver.» Batixia vient, entre autres, d'inaugurer un hôtel d'entreprises à Anzin et de lancer le programme Riveo de 20.000m² sur la friche Rhodia à Marquette-lez-Lille.

Des emplacements top Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les derniers investissements majeurs dans le Nord se font sur des friches. Dernier en date: le b'Twin Village sur les 18ha de l'ancienne fabrique de cigarettes Seita où 50M€ ont été réinjectés. «Trouver un bâtiment aussi grand et proche de Lille, c'est mission impossible!, s'exclame Olivier Robinet, directeur de b'Twin. Nous sommes à un noeud autoroutier, dans un espace sans limite qui nous permet de réaliser nos rêves les plus fous.» Le même groupe Oxylane prépare son arrivée à l'ex-brasserie Terken de Roubaix, où il va implanter le pôle mondial de Kipsta (10M€). Hors de Lille, les reconquêtes se multiplient aussi, comme à Crespin. Les anciens Ateliers du Nord de la France (ANF) renaissent sur 50.000m². C'est la deuxièmeopération d'Essor Promotion. «Nous sommes une structure parisienne de rénovation du patrimoine ancien», présente Pierre Braux, associé à d'anciens d'Eiffage. Pour lui, l'intérêt est de «conserver la localisation économique là où elle était prévue, à un emplacement privilégié». L'opération (30M€) est rentable: 10% de marge brute.

Gains d'espace et de temps Sur place, Portakabin implante sa première usine en Europe continentale. «L'avantage, c'est surtout la dimension du site et ce n'est pas forcément beaucoup plus cher», note son directeur Bertrand Boitel, séduit par les travées, les ponts roulants... «En terme de mise en oeuvre, c'est aussi avantageux. En sixmois, l'ensemble de l'installation a été refait. C'est quasiment impossible en neuf. Cela réduit l'investissement et les délais.» Du côté des promoteurs, on joue aussi le jeu face aux réserves foncières qui s'épuisent. «Ces friches sont rattrapées par l'urbanisation. C'est la matière première du développement économique, précise François Dutilleul, DG de Nacarat. Les techniques de dépollution se sont améliorées. Pour nous, c'est un terrain de jeu beaucoup plus agréable pour s'exprimer.» Le BTP s'y retrouve aussi. «C'est une nouvelle carte dans notre panel», indique ce conducteur de travaux de Valères, à Bois-Grenier. Les friches fédèrent.

Géry Bertrande

Batixia, investisseur pionnier dans les zones à reconquérir

 Friches. Que faire de ces chancres industriels concentrés au Nord?

D'un terrain vague au coeur de Roubaix, Patrick Bougamont (ci-dessus à gauche) a fait en 2004 le siège et atelier de sa société, Impression directe. Cette imprimerie créée dans son garage en mars2000 emploie aujourd'hui 47salariés, pour un chiffre d'affaires passant de 1M€ à l'époque à 8,1M€ aujourd'hui, pour 150tonnes de papier par mois. En 2006, il a quasiment doublé de surface pour atteindre 2.500m² bâtis. Seul, Patrick Bougamont n'aurait sans doute pas pu investir 1,5M€ pour son projet immobilier. Sa société est emblématique du travail de Batixia. C'est l'un des premiers dossiers achevés du fonds d'investissement nordiste, pionnier français des reconquêtes urbaines au service du développement économique. Batixia a investi à ses côtés à hauteur de 50% (jamais plus). Sept ans après, Batixia se retire. Patrick Bougamont a opéré un premier rachat partiel de parts en juin dernier et effectuera la totalité en juin2011. «Impression directe a valeur d'exemple. La boucle est bouclée, se félicite Jean-Marie Bricogne, DG de Batixia. Quand un dirigeant veut développer son entreprise, il lui faut un outil de travail adapté mais ne pas mettre toutes ses noisettes dans l'immeuble. Notre rôle est de permettre au chef d'entreprise de privilégier l'exploitation et d'investir à la bonne taille. Il faut convaincre les entreprises d'être pionnières avec nous.» Au capital de 15M€, Batixia n'est pas un promoteur mais un investisseur avisé et non spéculatif. Depuis 2002, il a réalisé 20opérations (5M€) et vient de franchir le cap des 50.000m² au profit de 130entreprises pesant 1.600emplois. «Les besoins sont importants», reconnaît Jean-Marie Bricogne qui veut passer la vitesse supérieure en doublant la mise. «Nous avons 25.000m² en cours de réalisation sous deuxans, pour 22M€ dont 3,1M€ de fonds propres Batixia. En cours d'étude, nous avons 35.000m² pour 34M€ dont 7,6M€ de Batixia. Notre ambition est de passer en moyenne annuelle, dès 2011, à 1,3M€ contre 700K€ aujourd'hui.»ZOOM

«Saisir l'opportunité»

 Friches. Que faire de ces chancres industriels concentrés au Nord?


Vous êtes l'auteur du rapport sur les friches industrielles et pollutions historiques. Quels enseignements en tirez-vous? Nous avons un lourd passé. Hier, le Nord - Pas-de-Calais était le fournisseur financier de toute la France. Il ne faut pas prendre les friches comme un cancer. Leur reconversion doit se faire par un coeur de ville, la ville renouvelée avec des logements, de l'économique... L'urbanisme doit passer par la reconquête de la ville.
Quel rôle donnez-vous aux élus? Quand on sait qu'il y a danger, c'est au maire d'agir. L'Ademe le déconseille, mais il faut une volonté politique. Il faut tirer un trait sur le passé, préparer l'avenir et prendre toutes les précautions nécessaires vis-à-vis de la santé publique. J'ai mis les pieds dans le plat, dans ma propre commune. C'est compliqué car il faut mettre en place des partenariats. C'est un travail collectif.
Quel est l'objectif du nouveau texte que vous préparez, pour un vote en février? Nous allons donner des enseignements et des recommandations aux élus, des outils pour gérer les risques et assurer la reconversion. Il faut saisir l'opportunité des friches et mettre les moyens lourds pour rayer ces chancres. Je réclame, dans le droit français, une législation sur les friches.

76,1% La part de friches de la région concentrée dans le seul département du Nord. 12.738 Le nombre d'anciens sites industriels et activités de services répartis au Nord (moyenne nationale: 2.700.) 50M€ Le montant d'investissements qu'a permis de lever Batixia depuis 2002 pour les zones en reconquête.EN CHIFFRES

JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 3 décembre 2010

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