

L'Enquête
ajouté le 6 juillet 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Conseil général du Nord, Pas-de-Calais, conseil régional, Percheron, Dupilet, Kanner, SAD marketing
Faut-il fusionner les départements du Nord et du Pas-de-Calais? Effacer les frontières au profit d'une grande région? Le Journal des entreprises lance le débat, étude à l'appui réalisée auprès des cadres et dirigeants, en partenariat avec SADMarketing et France Bleu Nord.
> A écouter RFM le 6 juillet 2012 :
Durée : 21 sec
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> A écouter sur France bleu :
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Fusionner nos deux départements pour former une grande région économique. L'idée peut paraître saugrenue, mais elle fait son chemin. L'entité régionale est plus forte que l'échelon départemental. Le Nord - Pas-de-Calais ne vient-il pas de se doter d'une nouvelle image internationale autour de «Lille Region, coeur d'Europe»? Fini la querelle des beffrois ! On ne parle plus de bastions, mais bien d'aire «eurométropolitaine». Les limites départementales s'effacent peu à peu. C'est d'autant plus vrai dans le business, qui ne connaît pas de frontière.
Des résultats très équilibrés Interrogés sur le sujet par notre partenaire SAD Marketing (Villeneuve-d'Ascq), en partenariat avec France Bleu Nord, les cadres et dirigeants des deux départements concernés ont nettement tranché: 61% d'entre eux se disent favorables à l'idée d'une fusion. 29% d'entre eux y sont même «tout à fait» favorables et 32% «plutôt favorables». Les plus hostiles ne sont que 17%. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Nord et Pas-de-Calais ont le même résultat. On aurait pu penser que le Pas-de-Calais, historiquement très attaché à son territoire et revendicatif vis-à-vis du grand frère nordiste, serait plus hostile. Or, l'engouement est partagé de façon équivalente dans les deux territoires. Seule distinction: les gérants et chefs d'entreprise sont plus convaincus que les cadres. D'un côté, ils sont 63% à être «pour» la fusion; de l'autre, ils ne sont «que» 55%.
Age, sexe et ancienneté
À noter aussi une réticence à la fusion plus grande de la part des femmes : 53% d'opinions favorables contre 63% pour les hommes. Les classes d'âges font aussi varier les résultats: les 45-54 ans sont les plus favorables (63%); les 35-45 ans les plus hostiles (46% contre). L'ancienneté dans la région joue également sur l'enthousiasme à fusionner: ceux qui y travaillent depuis plus de dix ans sont davantage convaincus (63 % pour), que ceux arrivés depuis moins de 5ans (53% contre).
Fierté d'appartenance
Enfin, la fierté d'appartenance à son territoire joue aussi. Paradoxalement, on est ainsi d'autant plus favorable à la régionalisation que l'on est fier d'appartenir à l'un ou l'autre de ses départements: 61% de ceux qui se disent fiers d'appartenir au Nord ou au Pas-de-Calais sont prêts à fusionner. Et ils sont 93% à se dire fiers de travailler dans la région! Une fierté plus marquée chez les femmes (98%) et corrélée à l'ancienneté dans la région.
Avantages et inconvénients
Quant aux avantages et inconvénients perçus, la première réponse spontanée qui ressort est, de loin, la «réduction des coûts administratifs/baisse des charges» (36%), suivi du poids d'un plus grand territoire (12%), avec une meilleure visibilité en France et à l'international (5%) et d'un allègement des formalités (5%). À noter que 33% n'y voient aucun avantage et 41% aucun inconvénient. Au rang des inconvénients justement, c'est la perte d'identité départementale qui ressort le plus (15%). Là encore, les réponses divergent selon qu'on est gérant et chef d'entreprise ou cadre. Les réductions de coûts administratifs sont logiquement plus affirmés pour les premiers (41%) que pour les seconds (28%).
Hors débat pour les élus
Du côté des politiques, les avis se rejoignent. Pour Patrick Kanner, président du Département du Nord, ce débat n'est plus d'actualité. Mais l'heure est davantage au travail concerté. Nouvellement élu, il est à l'initiative d'un conseil des exécutifs, sorte de «G3» pour faire émerger des projets communs. Un avant-goût de fusion? Pour le président de Région Daniel Percheron, moins farouchement opposé, cette fusion ne peut passer que par un État fédéraliste, comme en Allemagne. Ce qui n'est pas d'actualité non plus. Et si fusion il y avait, elle passerait sans doute par une grande région élargie à la Picardie. Diviser le nombre de régions par deux a déjà été envisagé. Dominique Dupilet ne voit aussi cette opportunité de fusion que sur des territoires proches. «Ce ne peut être possible que dans des régions à deux départements comme ici, en Alsace et en Haute-Normandie.»
Un mouvement engagé à l'Est
Les élus alsaciens, eux, bien ancrés à droite, ont été précurseurs dans cette idée de rapprochement. L'Alsace peine toutefois à trouver la voie. La faute à des divergences entre les exécutifs et la vieille crainte haut-rhinoise de se faire absorber par le Bas-Rhin. De conseil «unique», on est passé à conseil «uni». Nuance! Strasbourg et Colmar veulent toutes deux récupérer le siège de la future collectivité. Le président de Région, Philippe Richert, ministre en charge des collectivités sous le gouvernement Fillon, voulait avancer par référendum avant les échéances électorales. Il n'aura pas réussi. Le 20 juin, Marylise Lebranchu lui a tout de même assuré que «le gouvernement n'avait pas l'intention de remettre en cause les projets de rapprochement ou de fusion des colectivités qui étaient engagés».
Daniel Percheron (Région) :
«Ce qui m'a frappé dans cette étude, c'est l'unisson et cette fierté d'appartenance: une région homogène et cohérente. La Région réussit déjà institutionnellement et politiquement à peu près la fusion des deux départements, malgré des compétences mal perçues. Fusionner une telle densité par une institution régionale nécessiterait une approche politique particulièrement lucide et consensuelle. Cette perspective s'imposera peut-être un jour. Si c'est dans dix ans, ce sera très rapide! François Hollande est un départementaliste.»
Patrick Kanner (59) :
«Je prends cette étude avec beaucoup de circonspection et un peu d'agacement. Je respecte les positions des cadres et dirigeants, mais chacun doit rester à sa place. Ils ont une volonté de fusionner les départements, mais les raisons ne sont pas claires. Pour quelles économies? Cela se jouerait à la marge. C'est une vraie fausse bonne idée. Les départements seront maintenus! Les Français veulent un service de proximité et je crois à trois échelons de territorialité que sont les régions, les départements et les communes. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas déjà une recherche de complémentarité et d'harmonisation entre nous.»
Dominique Dupilet (62) :
«Le résultat ne me surprend pas. Oui il faut penser à une harmonisation en affinant les compétences de chaque structure! Nos champs d'actions sont larges. Quand nous aurons déjà réussi à avoir une politique commune pour nos collèges, la prise en compte de la dépendance, etc, peut-être alors que la fusion s'imposera mais elle ne devra omettre la notion de proximité qui est irremplaçable. C'est un sujet à dix ans. Nos successeurs s'y attelleront.»
Questions à Gonzague Hannebicque, directeur associé de SAD Marketing.
Quels enseignements principaux tirez-vous de cette étude inédite en région ?
Bien sûr, c'est la convergence de vue des chefs d'entreprise et des cadres des deux départements qui marque de prime abord: même taux d'acceptation de la fusion, même fierté de travailler dans son département. Des différences sont cependant marquées: les chefs d'entreprise sont plus favorables à la fusion que les cadres, les hommes plus que les femmes. Un paradoxe sympathique: plus on est fier de travailler dans son département, plus on est favorable à la fusion.
Vous attendiez-vous à de tels résultats ?
Je trouve le niveau d'adhésion élevé sur un sujet dont on n'a quasiment pas entendu parler jusqu'à présent. Les avantages (réduction des coûts administratifs, poids plus important d'un grand département...) dépassent de loin les inconvénients (perte d'identité, départements trop différents...). Souhaitons que ce sondage réalisé auprès des chefs d'entreprise et des cadres lance un débat citoyen plus large sur le sujet
SAD Marketing a mené une étude auprès de 400 cadres et dirigeants d'entreprise travaillant dans le Nord-Pas-de-Calais. Cette étude a été réalisée par téléphone du 21 au 30mai 2012 auprès de gérants, chefs d'entreprise et cadres: 200interviews dans le Nord; 200 dans le Pas-de-Calais.
G.Bertrande et S.Mahias
JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 6 juillet 2012

