Nord-Pas-de-Calais

L'Enquête

JDE Edition Nord-Pas-de-Calais

Canal Seine-Nord. Les entreprises manquent encore à l'appel!

ajouté le 7 octobre 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, canal Seine-Nord

  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Envoyez l'article à un ami
  • Imprimez l'article
  • Flux RSS
  • L'article au format PDF
  • Ajoutez cet article
  • Réagissez à cet article
  • Partager l'article sur Facebook
  • Partager l'article sur Twitter
À l'horizon du futur canal Seine-Nord Europe, les entreprises et en particulier lesPME ne se précipitent pas beaucoup. Les retombées économiques sont pourtant à saisir dès maintenant. (Photo Présidence de la République/L.Blevennec)

Alors que s'amorçe le colossal chantier du canal Seine-Nord Europe, les majors du BTP sont dans les starting-blocks. Beaucoup moins les PME... Au-delà du chantier, peu d'entreprises s'intéressent aux futures retombées de la voie d'eau: logistiques, touristiques, etc.

Seine-Nord Europe ne passionne pas les foules pour l'instant. Hormis les majors du BTP (Bouygues vs Eiffage-Vinci), force est de constater que les entreprises régionales ne se sentent pas encore concernées, au risque de passer à côté d'une manne colossale. Car il n'y a pas que le chantier pharaonique du canal. Quatre plateformes logistiques sont à aménager (dont la plus grande de 156ha dans la région, à Cambrai-Marquion), des services à imaginer, des entreprises à créer... On estime entre dix et vingt le nombre d'emplois créés par hectare logistique. Marquion représenterait donc 1.560 à 3.120emplois.

Les enjeux Annoncé déjà comme «le nouvel axe marchand pour 2016», le canal Seine-Nord représente un potentiel de 28millions de tonnes de trafic fluvial à l'horizon 2050. «Le canal Seine-Nord est une chance unique», ne cesse de répéter Pierre Gaudin, secrétaire général pour les affaires régionales de Picardie. «La mobilisation des entreprises est importante. C'est un projet économique en osmose complète avec les territoires. Il faut réussir à mobiliser les entreprises sur l'enjeu de l'emploi et de l'activité», renchérit Nicolas Bour, directeur de la mission Seine-Nord aux VNF. L'objectif n'est pas d'en faire uniquement un axe de transport privilégié, mais bien 106kilomètres (un quart dans la région) de développement économique synonyme d'activités complémentaires, comme le tourisme industriel. «L'anticipation est nécessaire, martèle Nicolas Bour. Ce sont les décideurs économiques qui feront le canal Seine-Nord Europe.» Qu'en attendent-ils ? Comment l'utiliseront-ils? Ces questions restent en suspend. Les quelques séminaires programmés, notamment le mois dernier à Cambrai, commencent à y répondre mais avec encore trop de timidité. Ces ateliers doivent permettre d'exprimer des attentes et d'identifier les offres des entreprises locales, encore sous-représentées dans ces réunions. «Nous sommes encore dans l'abstrait, déplore Guy Bricout, maire de Caudry et président de Cambrésis Développement Economique. En ma qualité, nous allons questionner les entreprises sur leurs besoins concrets. Il faut créer une structure réactive et passer à l'action.»

Anticiper au maximum Aux dires de certains, les entreprises ont été trop tardivement associées aux contributions. PME, il n'est jamais trop tôt pour se positionner! Anticipation: c'est pourtant la clé du succès si l'on en croit Samuel Barbou, de RFF, adjoint au directeur des opérations de la ligne à grande vitesse LGV Rhin-Rhône. Après cinq ans de chantier, son retour d'expérience est intéressant dans la perspective de Seine-Nord: «Pour la LGV, 6.100emplois ont été générés en moyenne par an dont 2.300directs (1.700sur le chantier), autant d'indirects et 1.500induits. Un tiers des emplois directs ont été occupés par des habitants de la région», détaille-t-il.

12% aux entreprises locales D'après ses calculs, 12% des travaux Rhin-Rhône ont été réalisés par des entreprises locales. Quant aux retombées économiques, elles ont été évaluées à 120M€ sur cinq ans. Une paille au regard des 2,312milliards de ce chantier! Seine-Nord Europe porte, lui, sur quatre milliards et 4.500emplois directs pour le chantier et autant d'induits. Le manque de données techniques semble également freiner l'engouement des entreprises. Pour le Groupement d'entreprises régionales d'intérêt fluvial (Gerif) créé de longue date, «le principal souci de notre groupe et des professionnels de la logistique est le raccordement des futures plateformes. Beaucoup de choses ont avancé mais il reste une espèce d'angoisse par rapport à la capacité des plateformes à générer de l'activité. C'est notre préoccupation d'industriels». Quant à l'offre de services, «nous avons un vrai retard compétitif dans le Nord par rapport au Benelux. C'est un axe de travail pour décider les investisseurs», souligne le réseau consulaire qui lance un dispositif pour développer l'offre intermodale. «Ce qui fera le succès du canal c'est le maillage entre ses plateformes et l'offre de proximité et de services sur l'ensemble de l'axe.» L'intermodalité sera aussi cruciale pour la filière agricole, jusqu'ici en retrait, mais à cause des négociations foncières.

Retards sur l'eau aussi
Sur l'eau, les investissements tardent aussi. «Nous sentons un peu de réserve de la part des entreprises. Nous sommes encore en train de prouver la démarche bénéfique du canal. Beaucoup attendent de voir si l'infrastructure suivra», note Pierre-Antoine Troubat, d'Entreprendre pour le fluvial, qui octroie des prêts d'honneur pour l'acquisition de bateaux. «Les étrangers se sont déjà préparés à Seine-Nord, mais ils ont acheté de trop gros bateaux et se retrouvent en difficulté avec des pertes d'exploitation de 20%. Pour être compétitifs face aux Belges et Hollandais, il faudra des bateaux de 1.000 à 1.200tonnes, soit 3,5M€. Un lourd investissement!»


Géry Bertrande

La mobilisation des entreprises vous paraît-elle trop timide?

 Canal Seine-Nord. Les entreprises manquent encore à l'appel!

POUR/CONTRE


Martial Bellon, Consultant pour MBA Consultants auprès de l'association Seine-Nord Europe OUI.Les entreprises, en dehors de celles qui sont parties prenantes du chantier, ne sont pas encore mobilisées sur le canal Seine-Nord Europe. On peut estimer qu'à la mi-septembre 2011, environ 8.000questionnaires ont été envoyés par les réseaux économiques (CCI, fédérations professionnelles...) auprès de leurs membres et ressortissants. Il s'agit d'une opération de sensibilisation sur les opportunités liées au projet. Au 1erseptembre, nous n'avions reçu que 80retours... La machine n'est pas en marche. Il faut appuyer sur l'accélérateur! Nous avons un déficit de la part du monde économique et tout le monde a l'air de se concentrer sur les emplois du chantier. Or, ce sont les emplois induits qui sont les plus importants à considérer. Il y a aussi un retard sur l'offre commerciale des plateformes. Les opérateurs arriveront en fonction de cette offre de services. Vincent Liagre, Responsable de la distribution Europe de Columbia Sporswear Company à Cambrai NON.Nous sommes dépendants de l'offre maritime et portuaire, mais aussi des prestataires de services et des organismes portuaires. Nous réagissons en termes de coûts et de délais. Cela ne nous empêche pas de regarder de manière attentive le canal Seine-Nord Europe et d'être aux aguets. Chez Columbia, nous avons déjà mis en place des services internes pour s'adapter à l'intermodalité. Nous utilisons déjà des barges à Dourges. Les Douanes nous ont d'ailleurs beaucoup aidés à ce passage. Nous avons également créé un système informatique pour prioriser l'urgence des contenairs. L'objectif numéro un est de préparer nos équipes et, en amont, les planificateurs et acheteurs. Cela implique des formations. Nous avons des stagiaires spécialisés afin de modéliser les procédures d'importation par ces voies nouvelles. Le résultat est très positif. Il est évident que nous allons utiliser la future plateforme de Cambrai-Marquion, à six kilomètres de notre site. Le raccordement est essentiel.

«Il n'est pas trop tard»

 Canal Seine-Nord. Les entreprises manquent encore à l'appel!

Bernard Lauverjat, directeur de Cambrésis Développement Economique (CDE)



Pourquoi la mobilisation des PME est-elle faible? Depuis le lancement du dialogue compétitif, les gens y croient davantage, mais je pense que le délai de réalisation du canal est encore assez lointain. N'oublions pas que les entreprises naviguent actuellement à vue! En terme de gouvernance des plateformes, les acteurs locaux n'ont pas encore été mis dans le coup. À eux de s'organiser pour être présents.
Que faut-il faire pour mobiliser davantage? Il y a tout un travail de sensibilisation à faire. Il n'est pas trop tard. De notre côté, nous axons notre prospection pour attirer des services qui n'existent pas, pour le creusement du canal, mais aussi après. Je pense à la maintenance hydraulique, par exemple. Nous travaillons aussi avec la cellule emploi sur l'hôtellerie-restauration pour identifier ce potentiel. Il ne faut pas oublier non plus le tourisme économique. Il y a du business à faire autour de ce grand chantier.
En quoi est-ce une chance pour la région? Le canal renforce l'attractivité du territoire. Sur le plan exogène, nous commençons à sentir de l'intérêt lorsque nous signalons dans notre offre la proximité avec Marquion. Cela rassure les investisseurs, par exemple pour sécuriser leurs futurs approvisionnements et la livraison de leurs clients.

Association Seine-Nord Europe seine-nord-europe.asso.fr VNF seine-nord-europe.com Entreprendre pour le fluvial entreprendre-fluvial.comEN SAVOIR PLUS

JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 7 octobre 2011

Vos réactions Aucun commentaire

Masquer toutes les réactions

Votre commentaire

Votre commentaire


Vos réactions Aucun commentaire

Lire toutes les réactions

Hors-Série Spécial mondial - Septembre 2014


Fichier excel
Palmares de votre région


Palmarès des entreprises 2013

Hors-Série Palmares des entreprises - Novembre2013

Le journal en liseuse

JDE édition 44 - juin 2012

Espace abonnementpapier - web - packChoisissez votre formule


Besoin d'aide ?
Numéro Azur : 0810 500 301