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ajouté le 8 juin 2012 - - Mots clés : Actualité, Entreprise du mois, BDN, Briquetterie du Nord
Deuxième fabricant français sur le secteur des briques apparentes, cette société qui fête son centenaire cette année, bien connue pour sa brique de Leers, investit en permanence.
En 1912, André Coisne qui avait regroupé en 1902 plusieurs briqueteries et Henri Bernard qui avait fait de même en 1905 décident de s'associer pour créer les Briqueteries du Nord, avec deux autres associés. En 1919, ils ont déjà neuf fours et, dix ans plus tard, créent la briqueterie de Leers. Celle-ci fabrique toujours ces fameuses briques de Leers, des briques pleines, cuites à l'ancienne dans un four Hoffmann, le dernier de la métropole lilloise, jamais éteint depuis 1947! À la différence des fours tunnels où les briques avancent sur des wagons, là c'est le feu qui se déplace pour cuire les briques. La température monte doucement et refroidit progressivement dans ce four au tirage naturel. Cette cuisson qui prend douze jours génère ce camaïeu de rouge qui fait toute la réputation de la brique de Leers fabriquée à partir de cette argile limoneuse propre aux plateaux du Nord, creusée dans cette carrière de Leers.
Héritage familial
«Aujourd'hui, avec les pigments on peut même obtenir des briques jaunes ou noires», souligne Gilles Bernard, P-dg de la société et arrière-petit-fils du fondateur. Entré dans la société en 1994 après une carrière d'ingénieur maritime, il dirige la société aujourd'hui aux côtés de Xavier d'Albissin, héritier de la famille Coisne. Ils représentent tous deux la quatrième génération des fondateurs et ont su moderniser les techniques pour mécaniser et automatiser au maximum les tâches.
Robotisation
Depuis 2005, plus de trois millions d'euros ont ainsi été investis sur ce site de Leers d'une capacité de 20.000 tonnes par an. Tout d'abord un hangar de stockage a été construit pour abriter l'argile creusée en quelques semaines, permettant d'avoir un stock disponible pour l'année. Passée dans un malaxeur vertical et épierrée, cette matière première est moulée en pains d'1m30 de long ensuite découpés en 20briques, grâce à un alignement de cordes de piano, une tâche qui jusqu'en 2005 se faisait manuellement, mais robotisée depuis. Tout comme la pose des briques sur des chariots. Auparavant des ouvriers mettaient les briques trois par trois dans des séchoirs hâlettes, de petites halles en extérieurs protégées de la pluie, où elles mettaient de onze jours à onze mois pour sécher, un travail alors très saisonnier. Aujourd'hui un bras robotisé vient poser les briques sur des wagonnets (supportant 66 briques), ensuite enfournés dans un séchoir à faible consommation d'énergie, chauffées et ventilées. Le séchage qui prend une semaine est régulé par informatique. «Nous avons gagné en productivité, en qualité de séchage, et surtout nous pouvons travailler à la demande sur ce principe du first in first out», souligne Gilles Bernard. L'investissement de 2005 a également permis d'automatiser le four, géré par informatique tout comme son alimentation en charbon, qui a été optimisée.
Trois sites
Sur les deux autres sites de Lomme et Templeuve, chaque four - à tunnel cette fois - et chaque séchoir est également géré par informatique. Ces deux établissements produisent des briques perforées, dotés chacun d'une capacité de 35.000 tonnes par an. Chaque site a sa propre carrière: 12 hectares à Leers, 15 hectares à Lomme sur le Pavé de Pérenchies, 50 hectares à Templeuve, d'où on extrait également du sable pour le secteur des travaux publics.
Diversification et développement du recyclage
BdN dont la production de briques ne représente que la moitié du chiffre s'est diversifiée depuis longtemps dans d'autres activités: extraction d'argile et de sable de remblais de ses carrières, négoce d'agrégats ou de produits de gros oeuvre ou encore enfouissement de déchets inertes. La PME a aussi développé une activité de recyclage de ces déchets sur son site du port de Lille (où se trouve son siège social), mais surtout à Leers, où depuis 2007 elle a investi dans une importante plateforme de recyclage, à hauteur de 700.000euros. Les solides sont concassés et revendus en cailloux, les mous malaxés mélangés à de la chaux et revendus comme remblais. À Leers, 70.000 tonnes de déchets recyclés sont ainsi revendues chaque année.
Nicole Buyse
Votre business s'est érodé en quatre ans, est-ce conjoncturel?
Il est tombé de 21,6M€ à 17M€ en 2011, affichant une stabilité entre 2010 et 2011. Si le résultat s'est très légèrement érodé également, nous sommes toujours bénéficiaires. Il y a une baisse de la demande en brique qui vient à la fois du recul de la construction, mais aussi des systèmes constructifs et de la réglementation thermique. Sans oublier les effets de mode. Architectes et maîtres d'ouvrage ont tendance à préférer d'autres matériaux. J'ai récemment écrit à Martine Aubry, afin qu'elle soit vigilante dans ses projets à ne pas oublier ce matériau traditionnel. Il est tout de même notable sinon regrettable que dans les nouvelles constructions des pôles d'excellence du Grand Lille, on trouve si peu de briques.
Comment faites-vous face?
D'une part nous mettons en avant les qualités thermiques de nos briques et leur compatibilité avec le BBC. Nous consacrons 4% de notre chiffre d'affaires à la R&D. Nous nous sommes ainsi lancés il y a quelques années dans la promotion de la brique crue qui apporte un grand confort grâce à sa capacité d'absorber l'humidité pour la rejeter plus tard. Notre pérennité repose aussi sur la diversification. En 2011, la brique ne représente plus que la moitié du chiffre d'affaires.
Le marché BdN est le 2e fabricant en France de briques apparentes (briques de parement pleines ou perforées) derrière l'autrichien Wienerberger qui en fabrique sur ses sites français de Flines-lez-Raches, près de Douai, et d'Ollainville (Loiret). Wienerberger détient un gros tiers du marché, BdN un petit tiers; le reste se répartissant entre l'importation (Belgique, Pays-Bas et Espagne) et quelques autres producteurs français pour un dixième environ. L'export représente pour BdN comme pour ses confrères français moins de 5% de leur business.
1912 André Coisne et Henri Bernard créent Briqueteries du Nord. 1918 BdN érige la Briqueterie du Pavé de Pérenchies (Lomme). 1920 Les Briqueteries réunies des Flandres, absorbées en 1956 par BdN, lancent les produits creux en terre cuite. 1929 Construction de la Briqueterie de Leers. 1957 à 2000 Modernisation des usines et nouvelle phase d'investissements en 2005.
JDE | Édition Nord-Pas-de-Calais | 8 juin 2012

