

Rencontre
ajouté le 9 janvier 2009 - - Mots clés : Actualité, Rencontre, René Kuppens, Macdonald s
Gérant des six McDonald's de la région messine, René Kuppens est tombé dans le fast-food il y a plus de vingt ans. Le Wallon, passionné d'architecture, avoue continuer à s'amuser dans ce business. Son secret: un mode de management basé sur les rapports humains.
«J'ai le caractère latin du Wallon quand il faut déconner et le côté germain du Flamand lorsqu'il faut respecter les règles de travail.» D'un rire communicatif, René Kuppens ponctue sa tirade. Son côté latin, assurément. Il faut dire qu'il peut se sentir chez lui chez McDo. Vingt-sept ans que l'homme est entré dans la maison aux arches jaunes. Et c'est certainement son caractère germain qui en a fait l'un des plus anciens franchisés d'Europe. Pourtant rien ne prédestinait ce Wallon de 62 ans à diriger six fast-foods. Qui plus est en Lorraine.
Passion pour l'architecture
Le jeune Kuppens a grandi dans la région de Liège en Wallonie, à quelques tours de roue du circuit de Spa Francorchamps. «J'ai grandi avec le bruit des moteurs et l'odeur de l'huile», sourit-il. Entre un père prof de sociologie, un frère pédagogue et une soeur interprète, lui envisage de suivre les pas de son grand-père architecte. Sauf qu'au collège un ami lui fait partager son désir de parcourir le monde. René Kuppens croque dans le rêve des voyages au long cours. «À l'école hôtelière, il a choisi la table et moi la gestion.Résultat: lui a fait plusieurs fois le tour du monde en tant que chef. Et moi, je rencontre ma future femme à cette époque. Alors...» Alors les rêves de voyage s'estompent pour laisser place aux joies de la vie de famille: deux filles et garçon. Il fait ses armes professionnelles dans le groupe de grande distribution belge Gb Inno Bm. D'abord via la gestion de cafétérias puis dans un projet de restauration rapide. À l'époque, le groupe s'inspire de la réussite de fast-food aux États-Unis. Au début des années 70, Quick voit le jour. À Liège, René Kuppens devient responsable de l'expansion de l'enseigne.
Entrée chez McDo
En 1981, il est approché par McDonald's qui veut se développer dans la vieille Europe. Le Liégeois est séduit par l'indépendance que lui offre le statut de franchisé et ouvre un McDonald's à Liège. «Je ne m'étais pas rendu compte que la concurrence était si importante», plaisante-t-il aujourd'hui. Mais à l'époque il revend son affaire. Il devient le gérant des McDonald's de Metz et Nancy. «J'étais parti pour cinq ou six ans, et cela fait 27 ans que j'effectue les allers-retours avec la Belgique chaque semaine. Mais j'aime le caractère lorrain, assez proche des Belges. En 1991, en pleine expansion, McDonald's l'incite à choisir entre Metz et Nancy. Il opte pour Metz. Un peu pour l'architecture et beaucoup parce que cela le rapproche de 60 kilomètres de sa Belgique natale. Depuis il a ouvert des enseignes rue du Palais à Metz et en périphérie à Augny, Marly, Borny et Saint-Julien. Un développement durant lequel il a pu s'appuyer sur des équipes fidèles qui l'ont suivi de Nancy à Metz. «Autour de moi, j'ai une vingtaine de personnes qui ont plus de 25 ans de maison.Mais j'aime la jeunesse! Et j'ai du nez pour sentir dans quel secteur les gens sont à l'aise, sourit-il en humant l'air. Il ne faut jamais contraindre une personne dans un poste qui ne lui convient pas.»
Humain
Pour René Kuppens, la réussite c'est d'abord l'écoute de l'autre et de ses envies. «Aujourd'hui, ce qui l'attriste le plus c'est justement de ne plus pouvoir faire progresser des jeunes dans la maison. Il a un côté paternaliste et très humain, glisse Reynald Carpentier qui est de l'aventure depuis 23 ans. Il a su nous mener où il voulait. Ses objectifs sont logiques et il est à l'écoute. Progressivement il nous a rendus de plus en plus indépendants.» Une façon de faire qui permet au franchisé de se concentrer sur le remodeling de ses restaurants. Lors des travaux, c'est lui qui choisit la décoration et l'agencement. Il savoure aussi un peu plus de temps libre. Et en profite pour s'adonner à sa passion pour l'architecture en retapant d'anciennes demeures en Belgique. Il suit aussi son fils Renaud, pilote semi-professionnel, sur les circuits du championnat du monde de GT. Mais ses plaisirs ne lui donnent pas l'envie de raccrocher son tablier de franchisé. Il vient d'ailleurs de resigner pour 20 ans de franchise avec McDonald's pour ses sites de la rue du Palais et d'Augny. «Cela m'amuse toujours autant. Et j'espère bien tenir jusqu'à 82 ans.»
A vos débuts vous étiez chez Quick pourquoi avoir changé de maison?
C'était une question d'indépendance. J'étais heureux d'avoir fait le choix de la franchise. Même si au début c'était très compliqué. Quand on s'est lancé dans les années 80 l'aventure était belle car on défrichait un secteur. Pour ceux qui débutaient en 1995, ce n'était pas pareil... mais il y avait un meilleur chiffre d'affaires.
Qu'est-ce qui vous a plus dans le fonctionnement de McDonald's?
J'ai ressenti très fort la force du groupe en terme de méthode de travail et de technologie. Il y avait un défi qui me plaisait avec une machine qui avait le temps pour la réussite. Il y avait une continuité dans l'effort pour améliorer le concept et une qualité de produit de base exceptionnelle.
Vous n'avez jamais eu de difficultés.
Si je devais faire un reproche c'est que dans les années 80 nous avons négligé la modernité informatique notamment pour les inventaires et les caisses enregistreuses. Mais depuis le retard a été rattrapé.
Quel apprentissage avez-vous fait dans cette entreprise américaine?
Les Américains m'ont appris trois choses. Faire faire aux autres ce que l'on ne sait pas faire; qu'il faut toujours les 10 centimes pour faire le compte mais s'arranger pour ne pas être celui qui paie et ils m'ont dévoilé ce que c'est que le marketing.
C'est-à-dire?
La première publicité à la télévision a été un déclic. La publicité représente 4,5% de notre chiffre d'affaires. Au départ, je ne pouvais pas comprendre qu'on dépense autant dans de l'image. Mais quel bonheur que des gens y aient pensé! Ces 4,5% sont versés à un GIE qui regroupe McDo France et les franchisés. L'argent est géré par un bureau exécutif. La direction marketing, une agence de pub et une agence de relation publique proposent des promotions et des projets pour l'image de l'enseigne. Ceux-ci sont discutés et votés par le bureau exécutif.
Vous ne pouvez pas avoir de choix personnels?
Tout ce qui est affichage est géré en national pour éviter une disparité des campagnes. Nous avons un budget local de 1 à 1,5% du CA. Mais il est destiné à la promotion d'événements régionaux, comme des rencontres sportives.
Et au niveau de votre carte, avez-vous une latitude pour proposer des produits?
L'ensemble du matériel de fabrication est conçu par McDonald's et on ne peut pas le changer. Les produits alimentaires sont sélectionnés et contrôlés par la direction des achats McDo international et France. Les produits passent par une centrale d'achats basée à Frouard. L'assortiment est mis au point avec l'ensemble des franchisés. Même si certaines promotions fonctionnent bien, il m'est impossible de la prolonger car ma commande passe obligatoirement par la centrale d'achat.
Que représentent vos six sites messins?
Avec l'ensemble nous atteignons un CA de 18M€. Les plus rentables sont les restaurants de périphérie. Mais l'objectif est
d'avoir des sites en centre-ville à l'équilibre pour avoir une taille critique intéressante. C'est très important, cela permet de répartir les coûts entre les six sites. Sur deux ans nous avons réalisé quatre remodeling et créé un Mac Café. Après un an d'exploitation celui-ci représente près de 10% du CA du McDonald's République. En 2009 nous engageons deux autres remodeling pour un coût compris entre 600.000 € et 1M€ pour chacun.
Olivier Guyot
JDE | Édition Moselle 57 | 9 janvier 2009

