Meurthe-et-Moselle

L'Enquête

JDE Edition Moselle 57

Sidérurgie. Que reste-t-il de l'acier lorrain ?

ajouté le 4 janvier 2013  -  - Mots clés : Actualité, L'enquête, Arcelor Mittal, haut-fourneaux, Florange, Lakshmi Mittal, P6 d'Hayange, sidérurgie, ArcelorMittal, Maizières-lès-Metz

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En 2011, la part de la Lorraine dans les livraisons totales de la sidérurgie française était de 21%. En juin 2012, ce chiffre est tombé à 13,6 %.

Avec l'extinction du haut-fourneau P6, une page s'est tournée dans la sidérurgie en Lorraine. Mais le feuilleton médiatique autour de Florange a occulté une réalité: l'acier en Lorraine ne se résume pas à la production de brames chez ArcelorMittal.

L'extinction définitive du P6 d'Hayange, dans une région qui a compté jusqu'à 170 hauts-fourneaux, répartis sur plus de 40sites de production, a eu l'effet d'un traumatisme. Lente agonie ou ajustement d'un outil qui doit faire face à des enjeux internationaux? Aujourd'hui, la France pèse pour 1% dans la production d'acier mondial, quand la Chine en produit un tiers. Pour autant, à la Fédération française de l'acier, on l'affirme: «La Lorraine est une grande région productrice d'acier». 
En 2011, la part de la région dans les livraisons totales de la sidérurgie française était de 21%, un chiffre relativement stable depuis 2007. En juin2012, cette part est tombée à 13,6%. Les décisions du groupe ArcelorMittal se lisent dans les statistiques: la production de fonte brute s'est effondrée de 87,5% et la production d'acier brut de 59,7%. «Dans la filière chaude, la Lorraine n'a plus la place qu'elle avait», précise Bernard Bertier, le directeur du Pôle statistiques et données économiques de la Fédération française de l'acier. «Mais dans le "froid", la région garde une place singulière. Son atout majeur, c'est la proximité technique et commerciale avec ses clients.»

Innovation dans l'acier

Oublié de l'accord entre le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et Lakshmi Mittal, ArcelorMittal Maizières Research, basé à Maizières-lès-Metz, est un centre de recherche indépendant employant près de 200 chercheurs. À Hagondange, Ascométal possède aussi un centre de recherche capable de répondre aux exigences clients. Au niveau des centres de recherches publics, l'Institut Jean-Lamour, basé à Nancy, est doté d'un budget de 75 millions d'euros et regroupe 370 chercheurs autour de la physique des matériaux ou de la chimie des surfaces. Dans l'acier, l'innovation n'est pas un concept abstrait: c'est la clé des marchés. À Hayange, l'usine Tata Steel vient d'engranger pour 50M€ de commandes, afin de fournir 50.000 tonnes de rail à Eiffage Rail Express pour construire la ligne LGV Rennes-LeMans, qui devrait être opérationnelle en 2016. Les rails de cette nouvelle ligne auront une particularité: ils mesureront 108 mètres quand un rail standard fait 36 mètres. 

En 2011, un investissement de 35 millions d'euros avait permis à l'usine d'Hayange de faire le pari de la grande longueur. Cet été, un deuxième investissement de 12 millions d'euros doit permettre d'ouvrir une seconde ligne de production, qui devra sortir 70.000 des 300.000 tonnes produites chaque année. À Thionville, Akers France avait parié sur une reprise en 2012: le spécialiste du cylindre de laminoir comptait sur la demande d'acier mondial pour mettre à profit un investissement de 7 M€ dans une nouvelle unité, faisant suite à la fermeture de l'usine de Fraisse.

Les aléas de la conjoncture
En injectant de l'argent sur le site de Thionville, le suédois Akers voulait avant tout préserver la compétitivité du site, et faire le pari de la qualité: la société a développé une gamme de cylindres forgés, baptisée Invicta, permettant des campagnes de laminage cinq fois plus longue. 

À Pont-à-Mousson, autour du dernier haut-fourneau lorrain encore en activité, on fait profil bas. La fonte produite ici par Saint-Gobain n'est pas transformée en acier mais sert à produire des canalisations. Le site de Pont-à-Mousson dispose de trois hauts-fourneaux : en 2009, quand la demande est passée sous la barre des 400.000 tonnes, Saint-Gobain PAM avait dû se résoudre à fermer un premier haut-fourneau. 

En octobre2011, c'est un deuxième haut-fourneau qui a été arrêté. À l'époque, les dirigeants du groupe avaient évoqué leurs craintes face à un durcissement de la crise financière, révélant l'exposition de leur société aux aléas de la conjoncture. Le groupe honore actuellement un gros contrat au Qatar, mais reste très attaché aux collectivités. Travaillant essentiellement pour le BTP et la construction mécanique, SAM, basé à Neuves-Maisons, appartient au groupe italien Riva. En 2007, la société a achevé un cycle d'investissement qui avait pour objectif de moins polluer afin de regagner en compétitivité.12M€ ont ainsi été investis dans un nouveau four électrique. En 10 ans, le site a baissé sa consommation d'énergie d'environ 10%: de quoi absorber le choc de l'augmentation des ferrailles et du coût de l'énergie. 

En 2008, les sites lorrains produisaient encore plus de 5millions de tonnes d'acier. Un point bas a été touché en juin2009, où les sites ArcelorMittal étaient à 50% de leur capacité. Depuis, il n'a pas été possible de parler de reprise. Mais il n'est pas non plus possible de dire que l'acier lorrain est mort.

Sidérurgie Sarroise : actionnariat croisé pour se protéger

 Sidérurgie.  Que reste-t-il de l'acier lorrain ?

Comme la Lorraine, la Sarre est un des berceaux de la sidérurgie européenne. Comme la Lorraine, la Sarre a connu des mutations économiques profondes. Mais la comparaison s'arrête là: car là où la Lorraine a échoué, les sidérurgistes sarrois résistent. Dillinger Hüttenwerke, spécialisé dans les produits plats, emploie près de 5.300 personnes et a réalisé en 2009 2,7 Md€ de chiffre d'affaires. Fondées en 1685, les forges de Dilling travaillent aujourd'hui sur les tôles fortes: en 2011, la société a choisi de se diversifier dans l'énergie éolienne offshore en Mer du Nord. 135M€ d'investissements sont programmés d'ici à 2014. Saarstahl est de son côté spécialisée dans les produits longs, destinés à 65% à l'industrie automobile allemande. En 2001, les conseils de surveillance de Dillinger Hüttenwerke et Saarstahl ont créé la fondation Montan-Stiftung-Saar, présidée par un directoire de 7 sages, animé par un objectif: garantir la pérennité et la compétitivité de l'acier dans le Land de Sarre, repousser les OPA hostiles. Le secteur avait été ébranlé dès 1993 par la faillite de Saarstahl, et le Land de Sarre avait dû apporter sa caution pour éviter une fermeture. En 2008, quand ArcelorMittal a tenté de prendre le contrôle de Dillinger Hütte, dont il détenait déjà 51,25% du capital, le sidérurgiste indien s'est heurté au jeu des participations croisées: il aurait en effet dû posséder 70% du capital pour contrôler l'entreprise. Aujourd'hui, ArcelorMittal est actionnaire minoritaire à 30,08%. Si les deux entités sont juridiquement bien distinctes, la cokerie et les hauts-fourneaux sont gérés par une entreprise dont Saarstahl et Dillinger Hütte sont actionnaires à 50%: la mutualisation des ressources va jusqu'à la gestion du personnel et des finances.

«L'IRT M2P va sortir»

 Sidérurgie.  Que reste-t-il de l'acier lorrain ?

Olivier Bonnet, directeur général du Pôle Matéralia.


Quelle est la place de la Lorraine dans le domaine des matériaux?
La Lorraine reste une grande région dans le domaine des matériaux. Évidemment, en ce qui concerne la sidérurgie et la production d'acier, la page se tourne, mais il n'y a pas que ça dans le domaine des matériaux. Avec le centre de recherche d'ArcelorMittal à Maizières-lès-Metz, nous avons un outil remarquable, de dimension mondiale. Avec l'École des Mines et l'Université de Lorraine, nous avons un réservoir pour l'innovation dans ce domaine.
Où en est le projet d'Institut de recherche technologique M2P, pour matériaux, métallurgie, procédés, qui doit asseoir la position de la Lorraine dans ce domaine?
Après avoir failli dérailler, on peut affirmer aujourd'hui que l'IRT M2P va sortir. Tous les éléments sont aujourd'hui raccords avec ce qui était demandé. Malgré la crise et les difficultés, les partenaires privés ont maintenu leur engagement dans le projet. La structure juridique de l'IRT M2P devrait être créée par décret dès le début de l'année. Ce sera l'acte de naissance de l'institut. Le montant de l'investissement est de 35M€ sur trois ans, avec une participation pour moitié des industriels et pour moitié de l'État.

JDE | Édition Moselle 57 | 4 janvier 2013

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