Fait du mois
Lancée en juillet2006, Autoessor, l'action collective en faveur de la filière automobile lorraine, initiée par la CRCI de Lorraine, en partenariat avec la DRIRE et le Conseil régional, prouve son utilité en temps de crise. Pour faire face, la filière doit se restructurer et trouver des synergies. Le point avec le chargé de mission Autoessor, Vincent Carel.
Quel est le futur d'Autoessor?
En 2010, nous entrons dans la fin de la deuxième phase d'Autoessor. Le dispositif a acquis une certaine notoriété et la phase 3 va consister à pousser encore plus avant nos actions, notamment en terme de travail en réseau, mais aussi à toucher plus concrètement les sous-traitants de rangs inférieurs, pour mieux les intégrer au dispositif. Le plus gros axe de travail sera l'innovation, dans la continuité de ce qui a été lancé avec les états généraux de l'automobile. Le secteur change et va changer à toute vitesse. Notre rôle est de donner une vision globale aux chefs d'entreprise, afin de leur permettre d'anticiper et de conserver voire gagner des marchés qui vont forcément évoluer. Pour faire face aux enjeux de demain, comme par exemple le respect de l'environnement, il va falloir refonder la filière. Dans les dernières années, en France, la politique a été axée uniquement sur les coûts, et certains pans entiers de l'industrie ont disparu, au point que l'on commence à manquer de certaines compétences. Il apparaît aujourd'hui urgent de se poser les bonnes questions pour trouver la panoplie de solutions afin de se mettre en cohérence avec les grands enjeux. Avoir une vision par rapport aux grands enjeux, travailler à l'amélioration de la performance industrielle, et cultiver l'innovation, sont les trois principaux axes sur lesquels il va falloir continuer à travailler.
Comment envisagez-vous l'avenir de la filière automobile en Lorraine?
La région est encore marquée profondément par une industrie automobile traditionnelle, avec le travail des métaux. Il y a très peu d'électronique dans la région par exemple. Cette situation impose, voire condamne les entreprises à innover pour rester dans la course. Et de plus en plus d'entreprises du secteur se posent la question de leur place dans la filière, de la possibilité de s'ouvrir à d'autres marchés.
L'action d'Autoessor porte notamment sur l'organisation interne des entreprises, pour trouver des gains de productivité.
Effectivement, nous mettons en avant des démarches comme le «Lean», qui permet d'agir sur l'outil de production, sur les flux dans l'entreprise. Il ne s'agit pas de reproduire le «Toyota Production System», qui est le système qui a inspiré la démarche «Lean», mais de permettre aux entreprises de s'en saisir pour dégager de la productivité. Dans les rangs des sous-traitants immédiatement inférieurs aux équipementiers, la prise de conscience intervient assez rapidement, du fait de leur proximité, mais très souvent à N -2 ou -3, il y a encore de grosses marges de productivité à trouver en appliquant cette démarche. Au-delà de la démarche en elle-même, les rencontres organisées autour du Lean permettent à l'ensemble de la filière de mieux se connaître, d'appréhender les subtilités dans la manière de s'organiser de chacun afin, par exemple, de comprendre le pourquoi d'un conditionnement et de pouvoir s'adapter pour travailler de manière plus rationnelle. Dans la filière automobile, il y a une langue commune, des spécificités qui favorisent la communication. Mais dès que l'on passe le rang 1, les choses deviennent plus compliquées, notamment quand les entreprises ne sont pas à 100% sur l'automobile.
Née de la reconversion industrielle dans les années 70, la filière automobile en Lorraine se cherche aujourd'hui un avenir. Fin février, la visite de Patrick Pélata, le numéro2de Renault, dans l'usine de Batilly, a souligné une bonne nouvelle: avec la production du nouveau Master, l'avenir de la Sovab et de ses 2.350 salariés est garanti pour dix ans. Avant le grand rendez-vous de la sous-traitance, avec le salon Proceed du 4 au 6mai, le signe est bon pour les équipementiers. Mais ne signifie par pour autant la fin de la crise.
Jean-François Michel
L'art de souffler le chaud et le froid. Lors de sa visite du site de la Sovab, Patrick Pélata, le directeur général de Renault, se voulait rassurant en évoquant «dix belles années d'activités à Batilly». Tout en soulignant que le «marché du véhicule utilitaire est en panne». Pour la filiale de Renault comme pour ses sous-traitants, la nouvelle fait l'effet d'une éclaircie dans un ciel bien chargé. Les prévisions les plus optimistes évoquent 3.000emplois induits. La Sovab a bénéficié d'un investissement de 150M€ de sa maison mère, pour produire deux familles de véhicules à partir de la même caisse autoporteuse. Ergonomie des postes, taux de robotisation de 85%, les gains de productivité ont été sensibles. Au final, il ne faut plus que six heures pour sortir un Master de type X62. Les 100.000 unités pourraient être dépassées dès 2010, pour atteindre à plein régime les 150.000 véhicules par an. Des gains de productivité qui ont été accompagnés d'un véritable changement de mentalité dans l'entreprise entière: «En 2009, la Sovab a participé à un gros effort de réduction de coût, des ateliers de la base au sommet. Pour finalement économiser 30M€.» Car la direction de Renault ne s'en cache pas: la délocalisation de la production du nouveau Master a été mise à l'étude. La Sovab a donc dû faire la preuve de sa compétitivité pour remporter le marché. Patrick Pélata a évoqué une décision «raisonnable et optimale», avant de refroidir les enthousiasmes: «Bien sûr, l'usine doit rester compétitive, si elle s'endort, ce ne sera plus vrai.» Il en va de la Sovab comme de l'ensemble de la filière lorraine.
Le poids de la filière
Avec 20.000 salariés, soit 13% des emplois industriels régionaux, en se basant sur les codes NAF de l'Insee ou plus de 35.000 emplois si on considère l'ensemble des sous-traitants, la Lorraine est la deuxième région équipementière automobile française, avec près de 300 entreprises travaillant dans le secteur. Une position fragile, car les sous-traitants lorrains ont beaucoup souffert. L'État a bien tenté d'interférer dans la quête effrénée du moindre coût: mise en place du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles, fort de 600millions; ouverture de 6,5milliards d'euros de prêts bonifiés afin de financer les programmes de développement de véhicules propres; mise en place du fonds de garantie pour les prêts octroyés aux équipementiers et sous-traitants permettant de garantir 4milliards d'euros de prêts pour les petites et moyennes entreprises et 1milliard d'euros pour les entreprises de taille intermédiaire.
JDE | Édition Moselle 57 | 2 avril 2010

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