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jeudi 17 mai 2012

Rencontre

JDE Edition Morbihan 56

Jacques Rocher. Héritier naturel

ajouté le 2 octobre 2009  - 

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Le fils d'Yves Rocher, Jacques, perpétue l'engagement pour la préservation de la nature, qu'a initié son père, voilà cinquante ans.

Jacques Rocher, fils cadet du créateur de cosmétique végétale Yves Rocher, s'est construit en même temps que l'empire familial. Directeur du développement durable du groupe et maire de La Gacilly, il défend sa vision d'un monde durable, où la famille tient lieu de moteur.

Violaine Pondard

Jean sombre, chemise rayée et cravate absente, Jacques Rocher affiche la cinquantaine tranquille. Cette année a été célébré le cinquantième anniversaire de l'entreprise familiale. Une entreprise à côté de laquelle il a grandi et mûri. Et dont il défend les valeurs. «Mon père est un bâtisseur», glisse Jacques Rocher, conscient d'être l'héritier d'un empire industriel pourtant parti de rien au coeur de La Gacilly. «En tant que génération suivante, je ne peux qu'avoir de l'estime, de la reconnaissance envers mon père qui a eu cette clairvoyance, cette pugnacité et ténacité», explique-t-il. «Il n'avait pas d'argent, pas de relations, pas de diplômes...»

Refuser le diktat de la bourse
Si l'actionnariat d'Yves Rocher reste autant familial aujourd'hui (75% du capital) c'est aussi pour profiter d'une certaine indépendance. Une indépendance qui a un prix: celui d'ouvrir son capital au groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis (19,5%), né d'une fusion de deux filiales des groupes Elf et L'Oréal. Ainsi le groupe Yves Rocher peut s'offrir le luxe de ne pas être coté en bourse. «Pas question de répondre au diktat des contingences de tel ou tel actionnaire», assure Jacques Rocher. «Cette indépendance nous laisse du temps, nous donne une liberté de penser, de parler et d'être. Quand je vois les effets pervers des jeux d'argent et de la bourse, je suis content que nous n'en fassions pas partie!» La famille, une barrière contre les intrus. Et aussi une équipe de travail pour Jacques à qui son père a transmis la passion d'entreprendre. Comme au reste de la tribu. Ses trois fils: Didier à la tête du groupe quand il meurt accidentellement en 1994, Daniel, créateur de la marque de cosmétologie marine Daniel Jouvance, et Jacques, devenu, comme il aime le dire «planteur d'arbres», après avoir également dirigé le groupe dans les années 90. Et puis ses petits-enfants. Bris, vice-président depuis deux ans, et ses cousines Noémie (maquillage Galerie Noémie) et Aurélia, toutes deux membres du conseil d'administration, poursuivent la saga familiale.

Mesurer les risques
Tous participent à construire l'entreprise de demain. «Nous ne travaillons pas sur du court terme, nous essayons d'imaginer le futur. L'entreprise doit continuer de grandir et diminuer son impact sur l'environnement», ajoute Jacques, le fils de la 27e plus grande fortune de France, d'après Challenges. Tout cela en mesurant et en anticipant les risques. Comme disait son père: «Il vaut mieux avoir un pied au sec et un pied mouillé que les deux du même côté.» «Avoir les deux pieds au sec, ce n'est pas excitant», complète l'intéressé. «Et les deux pieds mouillés, c'est assez délicat... On ne doit pas prendre de risques pour rien.D'ailleurs, notre taux d'endettement de seulement 6% ne veut pas dire que l'on n'investit pas. Mais que l'on est prudent.» Malgré une quarantaine d'ouvertures de boutiques en Chine et la transformation de 200 autres à venir, la marge de progression reste importante. Yves Rocher ne représente que 0,8% de part de marché dans le monde des cosmétiques.

Revitaliser les terres d'origine
Directeur du développement durable et de la prospective du groupe, Jacques Rocher a fait voeu de revitaliser la petite commune de La Gacilly. Terre d'origine et d'avenir pour Yves Rocher. «Il y a 40 ans, c'était le far west ici: on mettait huit heures pour venir de Paris! Il était très difficile de recruter des cadres», se souvient cet amateur de moto et de plongée sous-marine. En 50 ans ont ainsi poussé une usine capable de fabriquer 160millions de produits cosmétiques par an, une plateforme logistique de 25.000m² et le siège international de Stanhome et Kiotis, filiales du groupe. Le tout employant 1.800 personnes pour une commune de 2.250 habitants au coeur de la campagne morbihannaise. Le fondateur de l'éco-hôtel, ouvert au printemps dernier sur les hauteurs de La Gacilly, continue de mener à bien les engagements de son père. Il a transformé les faiblesses du territoire en atouts, mais reste vigilant. «Mon père m'a toujours dit qu'il fallait faire attention à ses succès», précise-t-il.

«L'écologie doit être vécue comme une opportunité»


Au-delà de l'aspect innovant de l'éco-hôtel La Grée des Landes, quelle a été votre motivation à concrétiser ce projet?
L'éco-hôtel répond à deux ambitions. La première, celle d'élu, est d'aménager le territoire. Accueillir une clientèle de proximité et une clientèle d'entreprises sur un lieu de vie qui porte les valeurs de la marque Yves Rocher. Jusqu'ici, c'était morne plaine dans le bassin du pays de Redon. La seconde ambition est de revitaliser le territoire d'origine du groupe. 1.800 personnes travaillent pour le groupe Yves Rocher à La Gacilly. Ce lieu permet d'accueillir les partenaires et les collaborateurs dans un climat de relaxation et autour d'un repas gastronomique.
D'après vous, est-il difficile d'allier écologie et business?
Non, pas du tout. Les deux ne sont pas opposés. L'écologie ne doit pas être vécue comme une contrainte mais comme une opportunité. L'éco-hôtel est l'expression même de cette opportunité. Quand nous l'avons pensé avec ma femme, on s'est torturé le cerveau. Il fallait que le projet intègre le paysage, que le bâtiment soit chauffé par des énergies renouvelables, que les eaux usées soient récupérées, et bien d'autres choses. Évidemment, cela coûte plus cher aujourd'hui. Mais les produits et matériaux économes en énergie suivent l'évolution du marché. Plus on sera nombreux à les utiliser, plus les prix baisseront. On ne peut évidemment pas tout faire en écologie. Être dans un grand groupe est une chance. Cela nous a donné des moyens. Mais à côté de Proctor & Gamble, nous sommes tout petits.
Le concept de cet éco-hôtel est-il duplicable?
Nous ne l'avons pas conçu en nous disant cela. Nous ne sommes pas des professionnels de l'hôtellerie. Nous n'allons pas faire des petits pains... L'éco-hôtel a un faible impact sur le chiffre d'affaires du groupe, mais un très fort impact sur l'image et la notoriété.
En tant que directeur du développement durable et de la prospective du groupe Yves Rocher, quelle politique et quelles mesures mettez-vous en place?
Une étude révélait en 2004 qu'un Américain émettait 22 tonnes d'équivalent CO2 par an, un Français 8 tonnes, un Indien 1,5 tonne et un Malien 0,3 tonne. Il y a encore trois ans, la notion de bilan carbone n'était pas du tout intégrée. Notre fonctionnement permet pourtant de vérifier notre impact dans sa globalité car nous sommes récoltants, fabricants et distributeurs. Nous maîtrisons l'intégralité de la chaîne. Nous produisons 6.000 tonnes de déchets par an. Il y a 15 ans, nous en recyclions 50%. Aujourd'hui, on est passé à 92%. En 2012, notre objectif est de réduire de 10% notre bilan carbone. Je participerai d'ailleurs au sommet de l'ONU sur le climat à Copenhague en décembre prochain.
Avec la fondation Yves Rocher, vous participez déjà à la reconstitution des écosystèmes...
Je me suis engagé il y a deux ans à planter 20millions d'arbres. Nous en sommes déjà à six millions à travers le monde: Inde, Brésil, Sénégal, Australie, Éthiopie, Mexique, Maroc... Sur le terrain, des associations se sont approprié le projet. Cette dynamique humaine est extraordinaire. Les choses fonctionnent super bien. J'ai le sentiment que quelque chose s'est enclenché.

Parcours


1957
Naissance à Rennes le 29mars.
1991
Président de la fondation Yves Rocher - Institut de France.
2004 Crée le festival de photos Peuples & Nature, en plein air, à La Gacilly.
2006

Directeur du développement durable et de la prospective du groupe Yves Rocher.
2007 Avec la Fondation Yves Rocher - Institut de France, Jacques Rocher s'est engagé à planter 20millions d'arbres.

2008
Élu maire de La Gacilly. Parution du livre «Ma Terre est une femme», aux Presses de la Renaissance.
2009
Ouverture de l'éco-hôtel spa La Grée des Landes, dont il est le fondateur.
Décembre2009
Participe au Sommet de l'ONU sur le climat à Copenhague.

Il aime : - Le don. «Quand les gens donnent un peu de soi et de leur temps». - Le respect des autres, des différences, de ce qui nous entoure. - L'esprit de famille. - L'esprit d'entreprendre américain : «Just do it». Il n'aime pas : - Les râleurs. «Ceux pour qui le verre est toujours à moitié vide.»

JDE | Édition Morbihan 56 | 2 octobre 2009

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