

L'Enquête
ajouté le 6 juillet 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, gaz
Il y a moins d'un an, une compagnie pétrolière australienne annonçait que la Lorraine dormait sur de gigantesques réservoirs d'énergie fossile dite «non conventionnelle». La perspective du pic de production mondiale relance l'intérêt pour ce type de gisement.
Il y a des patrons qui peuvent tout se permettre. Même de mettre les pieds dans le plat et de relancer un débat sur la place publique. «Il paraît qu'il y a des gaz de schiste, ici, en Lorraine. Pourquoi ne pas se lancer dans l'exploration?», a lâché Jean-Louis Beffa, le président d'honneur de Saint-Gobain, invité le 13juin comme «grand témoin» devant le Conseil économique, social et environnemental de Lorraine. Une semaine plus tard, dans les rues de Nancy, les employés de Lush, le distributeur de cosmétiques «frais faits mains», proposaient des boissons enflammées aux passants, avec pour objectif de mobiliser «contre l'exploitation des gaz de schiste par la fracturation hydraulique». L'image d'un verre à eau en flammes, référence au film «Gasland» de Josh Fox, a fait le tour des médias locaux sans aucune mise en perspective. Car la question ne peut plus se poser en terme binaire: pour ou contre, là n'est pas la question. Invitée par le groupe Lorraine de l'Association technique énergie environnement, Sylvie Duflot, directeur administratif et des relations publiques de Total Gas Shale Europe, a remis le problème en perspective. Mais du côté de l'industriel. «Nous, notre rôle, c'est de fournir de l'énergie. Donc nous fournissons toutes les énergies. Qu'iriez-penser si les pompes à essences étaient vides?»
La France isolée
Le discours est rodé, la position rendue volontairement limpide: il faut fournir de l'énergie, alors il faut aller la chercher là où elle est. Les projections donnent raison à cette vision du problème. À l'échelle du monde, en 2030, 76% de l'approvisionnement énergétique devrait encore être issu des énergies fossiles. Entre2010 et2020, la croissance de l'usage du pétrole devrait être de 1,1% et de 2,5% pour le gaz. En septembre2011, quand le gouvernement français a décidé l'abrogation de tous les permis exploratoires utilisant la technique de la fracturation hydraulique, tous les «anti» gaz de schiste ont été soulagés. Mais ce n'était qu'un répit. Avec cette position, la France s'est retrouvée isolée en Europe. Au Danemark, le gouvernement voulait comprendre et évaluer le potentiel avant de trancher. Idem en Pologne. L'abrogation décidée par la Bulgarie devrait être levée rapidement, laissant la France seule sur sa position. Mais quelles sont les réserves non conventionnelles en France? «En tant que pétrolier, nous ne nous prononcerons jamais sans être allé voir sur place...», affirme Sylvie Duflot. «Mais pour vous donner une idée, le gisement de Lacq faisait près de 300 Md de mètres cubes. Disons que l'ordre de grandeur du non-conventionnel en France est de x 100.» Avec un sous-entendu à peine voilé: laissez-nous faire...
Des annonces en Lorraine
Pour la Lorraine, les choses sont encore moins précises. La compagnie australienne Elixir Petroleum a annoncé en octobre2011 que la région dormait sur 164 Md de barils de pétrole de schiste et près de 650.000milliards de pieds-cubes de gaz de schiste. Des données impossibles à vérifier et «largement sur-évaluées» pour les géologues, bons connaisseurs du sous-sol de la région et un peu agacés du battage médiatique fait autour de cette annonce. Mais qui concèdent que «des volumes très importants sont présents dans la région».
Peur dans l'opinion
Suffisamment important pour justifier une exploration? La technique maîtrisée par les pétroliers, dite de la fracturation hydraulique, a conduit à des excès aux États-Unis et terrorise l'opinion. Elle consiste à injecter jusqu'à 10.000m³ d'eau dans un gisement (parfois à -3.000 mètres) à très haute pression afin d'ouvrir des fissures de quelques millimètres sur plusieurs centaines de mètres autour du puits. Les bulles de gaz, prisonnières de la roche, sont alors libérées et peuvent être pompées vers la surface. Deux points de crispation: les additifs à l'eau, permettant notamment d'empêcher le développement de bactéries. «Nous nous sommes engagés à publier la liste de tout ce que nous utilisons», assure Sylvie Duflot. Ensuite, ces forages traversent des zones aquifères, qui peuvent être polluées. «Aujourd'hui, nous maîtrisons parfaitement la technique du casing qui permet de multiplier les couches entre le puits et le milieu», assure Sylvie Duflot. De l'autre côté de l'Atlantique, la ruée vers le gaz de schiste est en marche: il y a actuellement près de 500.000 forages d'exploitation actifs aux États-Unis. Et les projections du MIT montrent que 40% des besoins énergétiques du pays pourront être couverts par le gaz, contre 20% aujourd'hui.
Metz et Nancy peuvent-elles disparaître des radars? Si ce n'est pas encore le cas, les deux agglomérations sont déjà en rase-mottes dans les nuages... Notre classement le montre avec la froideur des données chiffrées: peu attractives, pénalisées par une démographie atone, Metz et Nancy ne parviennent pas à tirer le développement économique de leurs bassins respectifs. Le directeur de l'Insee Lorraine, Christian Toulet, le rappelle à qui veut l'entendre: «Vu d'ailleurs, on identifie la Lorraine comme une région à l'Est de la France. Mais Metz ou Nancy, c'est déjà plus compliqué...» Dans la cité des Ducs, deux options ont été posées : l'université et la santé. Grosse machine un peu lente au démarrage, l'Université de Lorraine a déjà permis de décrocher des budgets pour des programmes de recherche ou pour conforter la position de laboratoires de pointe comme l'Institut Jean-Lamour. Le programme Artem, qui patine aux yeux des impatients, est déjà une réalité pour les étudiants. Dans le domaine de la santé, Nancy met le paquet pour sortir du lot un CHU qui est tout simplement le premier employeur de la région. Et qui commence, dans certain domaine à faire de l'ombre à d'autres CHU situé plus à l'Est. Avec l'ouverture du Centre Pompidou-Metz, la capitale lorraine a relevé un défi monumental : changer d'image. Bénéficiant de la proximité du Luxembourg et surtout du poids des entreprises basée en Moselle-Est, Metz souffre toujours de ne pas arriver à attirer les centres de décisions. Mais progressivement, les lignes bougent, d'autant que les élus mènent une politique très volontariste, mêlant décision publique et argent privée afin de reconstruire une cité qui s'était assoupie. ZOOM
JDE | Édition Meurthe-et-Moselle 54 | 6 juillet 2012

