Rencontre
Nedjma Boutlélis s'est lancée il y a cinq ans dans la création d'entreprise. Elle est aujourd'hui à la tête de trois sociétés. Élue conseillère municipale d'opposition à la ville d'Angers depuis 2008, elle s'engage dans chacun de ses projets avec conviction.
Stéphanie Bodin
Née à Oran, en Algérie, Nedjma Boutlélis est arrivée en France à l'âge de six ans. Sa mère est femme de ménage et son père maçon. Avec ses cinq frères et soeurs, elle grandit à Bellevue, à Nantes. Des origines sources de «richesse», témoigne Nedjma Boutlélis. «Être issu d'un quartier et héritier de l'immigration, vous oblige à faire des efforts, à trouver le système D.Cela vous pousse à puiser dans vos capacités. Et vous découvrez que vous êtes capables d'aller très loin.» Dès l'âge de 20 ans, Nedjma Boutlélis s'investit dans la vie de son quartier. Elle crée et préside une association dont l'objectif est d'obtenir, auprès de la mairie, une salle qui permettra aux jeunes de se réunir. Les prémices de son engagement en politique, quelques années plus tard.
Créatrice d'entreprise à 30 ans
À l'université, elle entreprend des études en sciences économiques. Licence en poche, à la recherche «de plus de pragmatisme», elle décide de quitter la fac pour intégrer, à Angers, un BTS en alternance en économie sociale et familiale. Elle s'oriente plus tard vers un DESS en ressources humaines. Elle multipliera ensuite les expériences professionnelles dans le domaine des ressources humaines, avant de décider, à 30 ans, de se créer son propre cabinet. Avec l'objectif de «faire cohabiter dimension sociale et dimension économique.»
Courage, volonté et humilité
L'«aventure de la création d'entreprise» est semée d'embûches. «J'ai rencontré les institutionnels. On m'a qu'il ne fallait pas y aller. Selon eux, j'étais trop jeune, pas crédible. Et ce sans prendre en compte mes huit années d'expérience dans les ressources humaines, ma formation et les clients prêts à me suivre», se souvient Nedjma Boutlélis. C'était sans compter non plus sur la pugnacité de la jeune femme pour qui «courage, volonté et humilité constituent le socle» de la création d'entreprise. En 2003, elle décide de se lancer. «Et je ne regrette pas une seconde!» Isis conseil RH voit le jour en 2004 à Angers.
Plus d'une quinzaine d'emplois créés
Cette première création agit comme un révélateur pour Nedjma Boutlélis. En 2006, elle reprend Acasaide, une entreprise de services à domicile. L'année suivante, elle crée Néa, une société spécialisée dans le coaching et la gestion. Grâce à ces différentes structures, la chef d'entreprise a créé plus d'une quinzaine d'emplois. Une vraie satisfaction pour celle qui aime parler de «business équitable. Il faut que l'entreprise ait du sens, le sens économique ne suffit pas». Toutes ces réalisations «m'ont donné beaucoup d'énergie, souligne Nedjma Boutlélis. On peut avoir les rêves les plus fous, mais il faut oser les tenter pour les voir se réaliser.»
«Être actrice dans la société»
Ce «goût d'entreprendre», constitue aussi la base de son engagement politique. Un investissement dans lequel elle veut donner de la voix. «Je ne suis pas là pour être ?la femme? ou ?la colorée? de la photo!Je veux initier, proposer des choses et les mettre en place. Et conserver toujours ma liberté d'expression, quoi qu'il arrive. Le protocole politique ne m'intéresse pas.» Élue depuis 2008 conseillère municipale d'opposition à la ville d'Angers, elle compte bien être «actrice dans la société comme j'ai été actrice dans ma société».
23mars 1973
Naissance à Oran, en Algérie.
20mai 1979
Arrivée en France, à Nantes.
1995
«Mon premier vrai job»: responsable pendant trois ans d'un centre de loisirs destinés aux 13-15 ans, dans le quartier Bellevue de Nantes.
1999 Diplôme de conseillère en économie sociale et familiale.
2003
Lancement du projet de création d'entreprise.
2004
Création d'Isis conseil RH.
2006
Reprise de l'entreprise Acasaide, services à domicile.
2007
Création de la société Néa, coaching et gestion.
2008
Élue conseillère municipale d'opposition à la ville d'Angers.
Nedjma Boutlélis s'investit dans de nombreuses associations, notamment en faveur des habitants des quartiers. Elle travaille actuellement sur l'organisation de cinq rendez-vous annuels, où les chefs d'entreprises viendront à la rencontre des jeunes porteurs de projets.
Comment est né le projet? Une première rencontre, organisée par l'association Graine d'Angers, a eu lieu en février dernier à La Roseraie. Une vingtaine de chefs d'entreprise et trente-cinq jeunes y ont participé. Vu la demande des jeunes et l'engagement des chefs d'entreprise dans la manifestation, nous avons décidé d'aller plus loin et de se structurer en association. En cours de création, elle rassemble actuellement huit membres fondateurs et 44 chefs d'entreprises sont prêts à adhérer. Nous prévoyons d'organiser cinq rendez-vous dans l'année dans les différents quartiers d'Angers, dont un dans le centre-ville. La première édition devrait avoir lieu au cours de la première quinzaine de décembre.
Quel est l'objectif de ces rendez-vous?
Créer des passerelles, à la manière d'un speed-dating, entre les chefs d'entreprise, issus de différents secteurs d'activité, et les jeunes, ou moins jeunes, porteurs de projets de création ou de reprise, issus des quartiers. Le but est de permettre des échanges en toute simplicité et dans la convivialité. Les jeunes soumettent leurs idées à des chefs d'entreprise qui les aident, les conseillent et les orientent. Nous travaillons actuellement avec la société FriendsClear, qui pourrait accompagner financièrement des projets concrets de personnes souhaitant créer dans leur quartier et soutenir ainsi son développement économique.
Quel est l'intérêt de ces rencontres pour les jeunes?
Ils vont très peu dans les salons et il est très difficile de se lancer quand on n'a pas de réseau. L'objectif est de créer des contacts. Un simple coup de pouce peut révéler un talent caché, redonner de la confiance. Les jeunes ont une vision erronée du chef d'entreprise. Ils ont besoin d'un discours concret, pragmatique, en face à face. Consacrer deux heures de son temps, ce ne pas grand-chose dans la vie d'un décideur. Pour un jeune, c'est énorme.
Et pour les chefs d'entreprise?
L'occasion de faire de belles rencontres. Les jeunes ont du potentiel, de l'audace. Ils sont plein d'idées. On n'imagine pas toute l'énergie qu'il y a dans les quartiers.
Renseignements: 06.09.62.73.20.
Elle aime - Les gens - Apprendre au contact des autres - L'audace - La simplicité, l'authenticité - Le chocolat et le café Elle n'aime pas - Le manque de respect - Le manque de volonté - La superficialité - Le protocole - La routine
JDE | Édition Maine-et-Loire 49 | 2 octobre 2009


Choisissez votre édition
Articles les plus lus
Depuis près de trente ans, Sogal apporte des solutions décoratives, innovantes et pratiques en terme de rangement sur mesure et de dressing. Elle emploie 630 salariés dans...
Cortizo, industriel spécialisé dans l'aluminium, a choisi d'implanter deux usines de 10.000m² à Chemillé, à partir de 2011. À terme, c'est une centaine d'emplois qui est en jeu. Après Isover en...
Autres articles