

L'Enquête
ajouté le 8 juin 2012 - - Mots clés : Actualité, Fait du mois, technicolor, Difficulté, redressement judiciaire, montebourg, paul raguin, eolane, michel houdou, lea valley, thomson angers
C'est officiel : Thomson Angers a été placée en redressement judiciaire depuis le 1er juin. Une course contre la montre s'est engagée pour assurer un avenir aux 350 salariés. Les PME locales s'organisent: on parle de 150 postes à la clef.
Déposé devant le tribunal de commerce de Nanterre le 31mai, le dépôt de bilan de la SASU (Société par actions simplifiée à associé unique) Thomson Angers a été entériné le lendemain. L'entreprise a été placée en redressement judiciaire avec une période d'observation de 6 mois. Le tribunal a fixé la consignation devant être acquittée par Technicolor à deux millions d'euros pour financer la période d'observation. Six mois: ce temps escompté par Frédéric Béatse (voir ci-dessous) pour assurer de la charge au site, qui ne produira plus de décodeurs numériques à partir de juillet, suffira-t-il? «Tout le monde oublie que trouver des approvisionnements, ça ne se fait pas en trois mois», pense, pessimiste, ce patron angevin.
150 emplois ?
La reprise de l'usine semble de toute façon exclue. Pierre Jullien, mandataire social de Thomson Angers, assurait avoir trois repreneurs sur les rangs. En tout cas, ce ne sera pas Eolane. Paul Raguin l'affirme dans ces colonnes (voir ci-contre). Néanmoins, le P-dg du sous-traitant électronique pourrait tout de même reprendre une partie des salariés, notamment si son projet de production de cellules photovoltaïque avec des lentilles ultra-performantes se développe aussi bien que prévu. L'avenir des 350 salariés, dont la moyenne d'âge atteint les 52 ans pour 26 ans d'ancienneté, est-il entre des mains de locaux? En tout cas, les PME régionales de la filière se sont organisées pour venir en aide à une entreprise historique, présente depuis 1957 boulevard Gaston-Birgé à Angers. Après avoir recensé tous les projets de développement de ses adhérents, l'association LEA Valley, qui regroupe 88 entreprises du secteur électronique, aurait évalué à 150 les embauches possibles à l'avenir. Mais rien n'est joué. Quels que soient ces projets, soumis aux aléas de la conjoncture, ils ne peuvent se structurer avant un ou deux ans. Aucune entreprise n'ose aujourd'hui faire part sur la place publique de son engagement même si certains politiques se sont empressés de faire des raccourcis. Discrets et réservés sur leurs besoins, les dirigeants locaux impliqués dans ce dossier ne désirent en aucun cas créer de faux espoirs. «J'ai quitté Thomson il y a 25 ans. Je ne suis au courant de rien. Je ne connais pas les compétences présentes dans l'usine, avance prudemment Michel Houdou, patron de Créative Eurecom à Saint-Barthélémy-d'Anjou. Potentiellement on peut avoir des besoins mais il faut trouver des compétences en corrélation avec nos objectifs. Chez nous, on embauche des ingénieurs, des personnes extrêmement qualifiées.Nos volumes de production sont incomparables avec ceux de Technicolor.» Tapies dans l'ombre, certaines PME attendent aussi une liquidation pour se positionner. Cynique mais logique.
La politique s'en mêle
Si les dirigeants locaux sollicités ne s'expriment pas sur la voix publique, c'est aussi parce qu'ils ne veulent pas créer de la confusion à un dossier déjà très politisé. En ce printemps des élections, présidentielles et législatives, quoi de plus normal. À l'image de Jean-Claude Antonini. S'il n'a pas le look du leader syndical, le président de l'agglomération angevine en a la gouaille. «Technicolor a une conduite de voyous! Depuis longtemps ils y pensent, ils l'ont organisé et ils arrivent à leurs fins avec le mépris des salariés», déclarait-il devant ces derniers le 31mai dernier. Avant une nouvelle charge: «Pierre Jullien nous a baladés depuis qu'il est en place, prétendant qu'il avait quatre repreneurs possibles mais on n'a jamais vu les noms.Mais je vous rassure: on les tient par les c... Ils ne pourront pas vendre le site par appartement pour se faire du fric!» La Ville possède bien un droit de préemption sur les 13,5 hectares du site. Mais Thomson n'attendrait plus cette manne financière, inutile en cas de liquidation judiciaire.
Autre modèle économique
Jugée aujourd'hui urgente et préoccupante, la situation n'est pourtant pas nouvelle. Dans les milieux économiques, l'issue ne faisait plus de doute. «C'est la chronique d'une mort annoncée, celle de la gestion de la décroissance de l'électronique grand public», nous avait fait remarquer Olivier Jeanneau, délégué général de l'UIMM en mars dernier. Ils sont nombreux, acteurs publics, industriels et observateurs économiques, à partager son avis. Devenu un centre de coûts (8M€ de pertes l'an dernier), la dernière usine dans l'Hexagone, qui a perdu la fabrication des décodeurs d'Orange, ne serait plus compétitive avec la baisse des droits de douane. Le groupe a décidé de délocaliser la production de décodeurs en Asie et dans son usine de Manaus au Brésil. Mais celle-ci serait également en sursis à terme. Angers subit donc de plein fouet cette concurrence tarifaire et le changement de stratégie du groupe. Ce dernier, puissamment endetté, à hauteur de 1,1milliard d'euros, s'est recentré sur les métiers du cinéma et de l'image, comme l'atteste rachat de Quinta industries, société de post production. Il réalise 95% de ses ventes hors de France et principalement aux États-Unis. «Je ne peux pas dire que Technicolor peut tenir la charge à Angers mais dire que c'est la finance qui l'impose, oui. Les brevets, c'est la poule aux oeufs d'or. 500M€ sont garantis sur trois ans», avance Pierre Lecarpentier, délégué CFE-CGC de Technicolor. La gestion de plus de 40.000 brevets contribuerait à hauteur de 73% de résultat d'exploitation du groupe (346millions) et pour 13% du chiffre d'affaires de 3,45Md€! En attendant l'issue du dossier angevin, Technicolor demeure attractive. Les fonds JP Morgan et Vector Capital se battent pour rentrer au capital, avec à la clé une augmentation de capital de 150 à 190millions d'euros. Le 25mai, l'action bondissait de 7% en Bourse.
Paul Raguin s'exprime peu. Voire pas du tout. C'est le cas depuis qu'une partie de la presse a évoqué la possibilité de la mise en place d'ateliers partagés entre les PME locales de l'électronique pour fournir du travail aux 350 salariés de Thomson Angers. Pour Le Journal des entreprises, le P-dg d'Eolane a accepté de sortir de sa réserve. «Les ateliers partagés? Je ne sais pas ce que c'est. Ce sont des affabulations. C'est plutôt dans la tête de M.Jullien. Je me demande quelle est la réalité des choses alors que nous n'avons jamais avancé dans ce sens et qu'il garde le secret», réplique le dirigeant. Le président du cluster Lea Valley, qui regroupe 80 entreprises de la filière électronique dans les Pays de la Loire, précise la position de l'association sur ce dossier. «Le bureau s'est ému de la situation d'un membre de LEA Valley. Nous nous sommes demandés comment agir pour limiter la casse. On a fait un inventaire des projets d'embauche, à 5 mois, 6 mois, 1 an, 3 ans, des profils techniques attendus par nos entreprises et on a envoyé nos propositions à l'entreprise. On attend une réponse.» On parle de 150 prévisions de recrutement par ces entreprises. À quel horizon? Cité par les politiques et les acteurs du dossier comme éventuel repreneur, Paul Raguin est clair: «Dans le département, dans la filière, Eolane emploie près de 400 personnes. On est inévitablement concerné par ce dossier. Mais les gens ont conclu des choses alors qu'on n'a jamais rien dit. Si le projet présenté par LEA Valley et si le contexte économique le permet, alors Eolane en fera partie. Mais il n'a jamais été question de reprendre l'usine d'Angers.»EXCLUSIF
Que vous inspire la situation de l'usine angevine de Thomson?
C'est un symbole de la ville et c'est un élément du patrimoine de l'agglomération. On a défendu le dossier auprès du gouvernement avec la Région. Désormais, on a besoin de temps pour continuer à travailler sur des pistes.
Quelles peuvent être ces pistes sérieuses alors que la fin semble inéluctable?
Le dossier nécessite une attention particulière. Il faut réfléchir avec les acteurs nationaux, les donneurs d'ordre comme Orange dont l'État est actionnaire. Il faut aussi impliquer les acteurs locaux de l'électronique. Je suis certain qu'il existe des possibilités un peu comme ce qui avait été fait avec Continental et Eolane en assurant une charge de travail avant le départ de l'entreprise.
Quelle est l'attitude du nouveau gouvernement?
Fleur Pellerin suit le dossier. La pression s'exerce.
Mais rien n'empêche un industriel d'attendre la mise en liquidation avant de s'intéresser au dossier, à moindre coût...
Non car les industriels ont besoin de charge. On peut très bien imaginer un projet de charges partagées entre différents clients.
Thomas Giraudet
JDE | Édition Maine-et-Loire 49 | 8 juin 2012

