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L'Enquête

JDE Edition Anjou-Maine

Packard Bell. Que s'est-il passé depuis le plan social de 2008 ?

ajouté le 3 juin 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois, Packard bell, plan social

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Le centre de réparation Acer d'Angers a traité 150.000 machines en 2010 des marques Acer, Packard Bell et Gateway vendues en France. C'est l'un des huit centres européens de la firme asiatique.

Au début des années 2000, Packard Bell comptait 1.500 salariés à Angers. Dix ans plus tard, il en reste 150. Lors du dernier plan social de 2008, 134personnes ont été licenciées. La majorité a retrouvé un emploi. Douze ont même créé une entreprise.

Au 299 boulevard Patton, dans la zone d'activités d'Angers Technopole, l'enseigne Acer - Packard Bell - Gateway est apposée en grand sur l'immeuble. À quelques centaines de mètres, les quais de livraison sont, eux, désespérément vides de trafic. Alors qu'au début des années 2000, 1.500 personnes grouillaient sur place, ils ne sont aujourd'hui plus que 150. En cause: trois plans sociaux successifs, entre 2005 et 2008. Arrivée en 1996 pour y construire ses ordinateurs pour l'Europe, Packard Bell, sous l'étendard de Nec depuis 1998, s'est d'abord séparée de ses équipes de production. 500 personnes ont été concernées d'un seul coup. Les rachats successifs, en 2006 et 2008, par John Hui de la branche Packard Bell (grand public), séparée alors de la branche Nec (professionnels), puis par Acer (20 Mds de dollars de CA; 7.500 personnes dans le monde), ont conduit au départ de 350 personnes. La fabrication des composants et des machines en Asie, la guerre des prix et la course aux volumes auront eu raison en dix ans de la fabrication française et européenne de Packard Bell.

«Des gens bien formés»
En 2008, lors du dernier plan social, ce sont 134 personnes, 86 hommes et 48 femmes, qui ont été licenciées. Le cabinet angevin Caminno RH a accompagné ces salariés dans la mise en place de leur nouveau projet professionnel. Aujourd'hui, ils ne sont plus que quatre à être toujours à la recherche d'un emploi. La durée moyenne de reclassement aura été d'un peu moins de neuf mois. Au démarrage du chantier, la tâche s'annonçait pourtant difficile, au vu du contexte. Les premiers départs ont en effet eu lieu en juillet2008, aux prémices de la crise économique. Le cabinet angevin a alors décidé de déployer des outils qu'il n'avait «pas l'habitude d'utiliser», explique sa directrice, Lénaïck Le Gratiet. Théâtre d'improvisation, coaching en image... tout a été mis oeuvre pour «mettre en mouvement et doper» les anciens salariés. Plusieurs facteurs clefs auront aussi contribué à la réussite de l'accompagnement. Le profil des anciens salariés d'abord: «Nous avions à faire à des gens très bien formés et dotés d'une vraie capacité d'adaptationet d'une bonne résistance au stress», souligne Lénaïck Le Gratiet. La qualité du partenariat avec l'entreprise ensuite. «Elle a été très réactive et a mis les moyens financiers nécessaires», souligne la consultante. Conséquence: aujourd'hui, les ex-salariés de Packard Bell «parlent avec respect de leur ancien employeur», constate la spécialiste des ressources humaines. Un élément important à prendre en compte, à l'heure où les réputations des entreprises se font et se défont sur la toile.

Créateurs d'entreprise
Karine Dolet, une ancienne salariée, confirme «les bonnes conditions» qui ont accompagné son départ: «J'ai pu me permettre d'être exigeante pour mener à bien la réorientation professionnelle que j'espérais.» Aujourd'hui elle travaille au service relations internationales de l'Université d'Angers. D'autres ont pris la voie de la création d'entreprise. Ils sont douze en tout, soit 9% des salariés accompagnés. «Un chiffre conséquent, souligne Lénaïck Le Gratiet. Nous sommes généralement autour de 3 à 5%.» Certains sont restés dans leur domaine de prédilection, l'informatique, une dizaine a été embauchée chez le spécialiste de l'enfant Dorel et d'autres comme Michael Harrison (lire ci-contre), ont même pris un virage à 180º.


Quel avenir à Angers?
Aujourd'hui, Acer France (750M€ de CA dont 250M€ par Packard Bell) dispose à Angers d'un des sept centres de réparation européens pour ses PC et, désormais, ses tablettes numériques. L'objectif est de le pérenniser (cf. ci-dessous). Mais en occupant seulement 7.000m² des 27.000m², Packard Bell supporte des coûts de fonctionnement qui pourraient lui être préjudiciables à terme. La solution serait de vendre. Mais l'entreprise n'est pas seule décisionnaire dans ce dossier. La Ville a également son mot à dire. Cette dernière, injoignable, aurait refusé, il y a moins d'un an, un projet bien avancé qui ne correspondrait pas à ses attentes, celles de faire venir un industriel. Qui de Thomson qui cherche à déménager? Il se murmure que si la Ville accepte ce transfert, l'entreprise utilise la vente de son terrain à Saint-Barthélémy-d'Anjou, pour réaliser un plan social afin de dimensionner les équipes. «On a des pistes.Il faut dans le courant de cette année un projet viable même s'il se met en place l'an prochain. Il n'y a pas de menaces du groupe Acer sur les emplois, indique Jean-Luc Bayel, le DRH d'Acer France. Mais ces locaux, il faut les maintenir. Ces coûts impactent le centre de réparation.»

Michael Harrison. De l'informatique aux yaourts

 Packard Bell.  Que s'est-il passé depuis le plan social de 2008 ?

La carrière professionnelle de Michael Harrison, 47 ans, a pris un tournant singulier, après son départ de Packard Bell, en avril2009. À l'époque, il occupait le poste de Business area manager (responsable informatique pour les applications de gestion). Aujourd'hui tout jeune chef d'entreprise, il est à la tête de la Crémerie de l'Aubance. «J'ai eu la chance, en tant que créateur, de pouvoir transformer l'après-Packard Bell en période très constructive», souligne l'Angevin, à l'accent anglais - il a posé ses valises en France il y a 22 ans - et la carrure de rugbyman. Michael Harrison insiste sur les «bonnes conditions» qui ont accompagné son départ de l'entreprise et sa reconversion. «Tous les moyens nécessaires ont été mis en place. J'ai été accompagné pendant douze mois. J'ai eu le temps de prendre du recul.» Ce temps de réflexion lui aura permis de détecter le projet qui combine, à la fois, son «envie d'autonomie et de maîtriser les choses», décelée par un bilan de compétence en juillet2009, son souhait de rester ancré dans la région angevine et son goût pour les produits du terroir. Deux formations dans un lycée agricole rennais et auprès d'un cabinet d'expert-comptable ont précédé son installation, l'été dernier. Aujourd'hui, dans son atelier de Brissac-Quincé, il transforme le lait d'une ferme voisine en yaourts, riz au lait, beurre, crème, fromage frais..., distribués sur les marchés de Blaison-Gohier et Lafayette à Angers et dans 17 supermarchés et hypermarchés angevins. «Je veux continuer de progresser en volume, trouver d'autres moyens de distribution et, pourquoi pas, travailler autour du tourisme. À terme, j'espère embaucher. Mais cela prendra du temps. Ce métier, je ne le faisais pas il y a un an. J'ai de la crédibilité à acquérir.» Et celui «qui n'avait jamais songé à créer une entreprise avant» est aujourd'hui convaincu d'avoir fait «le bon choix». ZOOM

«Pérenniser le centre de réparation»

 Packard Bell.  Que s'est-il passé depuis le plan social de 2008 ?


Que représente aujourd'hui Packard Bell à Angers?
Sur le site, il y a 150 personnes dont 100 à l'atelier de réparation Acer, créé il y a 18 mois. Tout le monde se bat pour assurer sa pérennité. On se bat pour avoir d'autres produits à réparer comme les smartphones et les tablettes. On se bat aussi pour essayer de réparer pour d'autres pays en Europe. On envisage aussi de le rendre autonome. On se dit, qu'un jour, on pourra peut-être réparer des machines de concurrents, pas forcément des PC mais des moniteurs par exemple. À Angers, on a toujours eu une main-d'oeuvre de qualité. Autant l'utiliser, la pérenniser.

Le site angevin

a connu près de 1.000 suppressions d'emplois en six ans. Aujourd'hui il n'y a plus de craintes à ce sujet?
Le centre de réparation a une pérennité de 5-6 ans si nous ne sommes pas embêtés financièrement par des coûts de fonctionnement. Il y a des volumes importants réalisés en France, il n'y a donc pas de raison de craindre l'avenir. Sur les fonctions supports (marketing, finance...), je suis incapable de vous répondre. Je ne prédis pas l'évolution des marchés et des marques. Acer a une stratégie multimarques (Acer, Packard Bell, Gateway). Est-ce qu'ils l'auront encore? En tout cas, depuis le rachat en 2008, Packard Bell n'a jamais eu d'aussi bons résultats. 2010 a été une année record avec 2millions de machines vendues.

Packard Bell 02 41 36 47 00


Caminno RH 0241050520 www.caminno.fr/rh
Crémerie de l'Aubance 02 41 54 60 48 www.cremerie-aubance.fr
EN SAVOIR PLUS

Stéphanie Bodin et Thomas Giraudet

JDE | Édition Anjou-Maine | 3 juin 2011

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