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jeudi 17 mai 2012

Fait du mois

JDE Edition Maine-et-Loire 49

Mécénat de compétence. Vitrine d'un savoir-faire

ajouté le 8 octobre 2010  - 

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Construction atypique à L'Isle-Jourdain (Gers), un clocher aux structures apparentes créé par l'entreprise Bodet. Porteur d'image, le projet a permis de stimuler l'aspect créatif et la stimulation des salariés.

Encore marginale, la mise à disposition de compétences est en plein essor. Stratégie différente du mécénat «classique», elle permet d'exposer son savoir-faire, de renforcer l'implication des salariés, mais pas seulement...

[--------]Depuis cet été, L'Isle-Jourdain, petite ville du Gers, accueille une réalisation peu commune. Pendant plusieurs mois, une dizaine de salariés de la société Bodet, des ingénieurs chargés de dessiner les plans aux monteurs dépêchés sur place, se sont en effet succédé pour créer un clocher de neuf mètres de haut, composé de quatre cloches et d'une horloge du XIXe restaurée pour l'occasion. Particularité: il s'agit d'un «squelette» de clocher, dont les structures permettent au visiteur de voir les mécanismes à l'ouvrage au sein de l'édifice.

Stimuler les équipes
L'action n'est pas une commande classique, mais une oeuvre de la société de Trémentines, dans le cadre d'un mécénat de compétence. Un moyen de promouvoir le patrimoine tout en asseyant sa notoriété, mais aussi d'exposer un savoir-faire souvent caché. «Beaucoup de nos réalisations sont gardées assez confidentielles, pour ne pas trop attirer l'attention sur les matériaux de valeurs généralement utilisés», confie Jacques Burel, le directeur du département affichage et horlogerie, qui souligne surtout l'humain. «Cela nous a permis de stimuler l'émulation et la créativité au sein de l'équipe, puisqu'il a fallu tout concevoir de A à Z et non plus travailler à partir d'une commande précise. Les salariés en retirent une certaine fierté. J'ai récemment appris que certains étaient même partis avec famille et amis pour voir le résultat.» Déjà investi dans Mécène et Loire, Mécènes d'Aujourd'hui et dans le sponsoring sportif, Bodet voit le mécénat de compétence comme une action complémentaire et non comme un doublon.

Se lancer des défis
Une activité qui prend parfois l'allure d'un défi à relever. Au milieu des années 90, les ateliers Perrault se sont, par exemple, lancés dans la réalisation du «Phare du bout du monde», un monument du XIXe situé sur le Cap Horn en Argentine. Le spécialiste de la menuiserie bois a aussi apporté une petite contribution à la réalisation d'une plate-forme d'observation solaire en Antarctique. À la fois un «un coup de coeur», «un défi technique» et «un enrichissement personnel» pour les différents acteurs du projet, dixit François Perrault, son dirigeant.

«Pilier sociétal»
Certaines actions émanent parfois même des salariés eux-mêmes. C'est le cas de Stéphanie Gérard, assistante hygiène et sécurité des aliments pour l'entreprise de restauration collective Restoria. Après avoir envisagé de partir à Madagascar pendant ses vacances, c'est finalement via un contrat de mécénat de compétence, qu'elle a passé quinze jours en Afrique, salaires et voyage pris en charge par la société. Là-bas, elle a ensuite pu mener des actions de sensibilisation aux étapes du nettoyage dans une école hôtelière et à l'équilibre alimentaire dans un pensionnat malgache à Majunga. Pour l'année prochaine, l'entreprise change de cap et réfléchit à la conception d'un restaurant scolaire très simple à réaliser et d'une capacité de 300 personnes, pouvant être fabriqué à Haïti. Une vision encore différente du mécénat de compétence. «C'est pour nous un élément clé du pilier sociétal du développement durable, dont nous voulons être un exemple», commente Emmanuel Saulou, dirigeant de Restoria. Avant de rappeler que, comme tout type de mécénat, cela reste avant tout «un moyen de donner encore plus de sens au projet d'entreprise». [/--------]

Barthe Bordereau. «Des actions à notre échelle»

Investis dans la restauration du patrimoine angevin, les ateliers Barthe Bordereau, spécialisés dans les vitraux d'art, défendent une action des PME à leur échelle, pour participer, elles aussi, l'attractivité du territoire.


Considéré parfois comme un luxe de grande entreprise, le mécénat s'étend de plus en plus aux PME et même aux TPE. Illustration avec un membre fondateur du tout nouveau club «Mécènes d'aujourd'hui pour le patrimoine de demain en Anjou», créé en mai dernier, l'entreprise Barthe Bordereau (7 salariés, 140.000? de CA), verrerie spécialisée dans la création et restauration de vitraux d'art, qui se revendique plutôt comme une entreprise artisanale, mais aussi comme mécène. «L'entreprise existe depuis 1848. De par notre âge et notre domaine d'activité, nous faisons partie du patrimoine, rien d'étonnant à ce qu'on s'engage pour le préserver», explique Philippe Rollo, son dirigeant. Élément déclencheur, l'incendie du château d'Angers l'an passé, qui a nécessité le recours aux financements privés. Un choc qui a achevé de convaincre l'Angevin de s'investir personnellement.

Dynamiser les petits Pays
Avec Mécènes d'aujourd'hui, Barthe Bordereau soutient désormais la rénovation du petit patrimoine caractéristique de l'Anjou: ces chapelles, vitraux, lavoirs, fontaines, calèches etc., qui parsèment le département. Première action en date, la restauration du moulin Garreau à Louerre. «C'est un moulin cavier, typique de l'Anjou qui fut construit entre le XVe et le XVIesiècle et ne fonctionne plus aujourd'hui, détaille l'artisan. Il recèle à la fois un intérêt historique et pédagogique car il peut accueillir des visites, un intérêt économique puisque le site comprend un restaurant et peut recevoir des touristes, et même écologique, puisqu'il pourrait fabriquer de la farine bio, comme les moulins voisins, par exemple. C'est une activité pérenne et complète.» Pour Philippe Rollo, ce moulin - qui pourrait également produire sa propre électricité - participe à l'attractivité touristique locale et nationale «qui passe aussi par celle des petits Pays».

«Nous avons notre rôle à jouer»
Si l'apport du club reste modeste, avec 20.000 € de dons sur 243.000 € prévus pour la rénovation (et 4.000 € par entreprise et par an sur trois ans au total au sein du groupe de mécènes) - il juge le défi fondamental. «Nous avons notre rôle à jouer, à notre échelle, insiste-t-il. Nous voulons aider ceux qui ont des petits besoins mais pas toujours les moyens de se financer: une commune à qui il manque un peu d'argent pour boucler son budget etc.» Cette place des petites entreprises, le maître verrier la voit même s'accroître à l'avenir. «Les dotations de l'État devraient diminuer. À nous d'être un relais de financement.»

Mécène et Loire. La fondation multi-entreprises s'ouvre à de nouveaux projets

La fondation d'entreprises Mécène et Loire vient de nommer les lauréats de son 4e appel à projet, tous nouveaux à quelques exceptions près. La première bourse (45.000€) sera, elle, attribuée mi-octobre.


Réunis au château de Pignerolle, à Saint-Barthélémy-d'Anjou, les 24 chefs d'entreprise de la fondation Mécène et Loire épluchent les dossiers. Innovation, contrepartie, visibilité pour le territoire et montage financier sont regardés de très de près. Un chronomètre Bodet - l'entreprise est membre fondateur - équipé d'un buzzer, décompte le temps de parole... L'ambiance est relaxe. Les mécènes aiment être surpris et jouent la carte de l'ouverture.

De 2.000 à 15.000euros par projet
À quelques exceptions, la fondation n'a soutenu que des nouveaux lauréats. «Nous ne voulions pas favoriser un nombre restreint de structures, explique Stéphane Martinez, dirigeant de Marty Sports et président de la fondation. Le but est aussi de porter des petits projets qui ne se seraient sans doute pas faits sans nous.» Au menu, des fresques monumentales prévues sur les murs de la maternité du CHU d'Angers, un livre musical de l'ONPL, qui représentera en relief les châteaux de la Loire et dont les textes seront traduits en anglais, ou encore la réalisation d'une oeuvre de 2m de haut et en Inox par les habitants de Montreuil-Bellay et des artistes berlinois. Sans oublier des projets solidaires, avec un programme d'activités sportives à destination des SDF en lien avec à l'Abri de la Providence. Au total, 143.000euros ont été distribués répartis en dons de 2.000 à 15.000€.

Photo abstraite vs Human beatbox
Doté d'une enveloppe considérable - 45.000€ - la bourse Mécène et Loire, s'est jouée entre deux idées originales et à une voix près. La décision sera rendue publique mi-octobre. Le premier projet présentait des photos aériennes de deux axes de communication «qui forment l'identité du département». L'un historique et naturel avec la Loire, l'autre contemporain et construit avec l'autoroute Océane. Des images abstraites, marquées par une perte de repères spatiaux, et qui doivent montrer le paysage sous un angle nouveau, ainsi que la main mise de l'économie sur le territoire. Radicalement différent, le second dossier est un spectacle de human beat box associant les nouvelles technologies: manettes Wii, caméras infrarouge ou l'Iphone, sur lequel les porteurs de projet ont développé une application pour diriger sur commande le son vers les enceintes de leur choix, parmi celles qui entourent les spectateurs. Un volet économique prévoit également l'organisation à Angers de rencontres nationales sur les nouveaux modèles économiques de la culture (coopératives, clusters, pôles de compétitivité...).

Mécénat. En Anjou les entreprises s'engagent

Premier projet soutenu par la nouvelle fondation Mécènes d'Aujourd'hui, créée en mai2010, la restauration du Moulin Garreau à Louerre. Un monument typique de l'Anjou construit entre le XVe et le XVIesiècle.

En septembre étaient désignés les lauréats de l'appel à projets et de la bourse de la fondation Mécène et Loire. Quelques mois après la création du nouveau club Mécènes d'Aujourd'hui, qui rassemble quasi exclusivement des PME, la dynamique autour du mécénat semble réelle dans le département. Tour d'horizon des projets soutenus, des différentes pratiques. Mais aussi des stratégies des dirigeants angevins, qui vont de l'image de marque aux projets solidaires, en passant par la motivation des salariés.

Dossier réalisé par Florent Godard


En fort développement, depuis la loi de 2003, qui permet de déduire 60% des dons de l'impôt sur les sociétés dans la limite de 0,5% du CA HT, et avec la promotion de la responsabilité des entreprises, accentuée par la crise, le mécénat n'est plus un luxe. Phénomène nouveau également, la pratique, souvent associée aux grandes entreprises, s'étend de plus en plus aux PME et même aux TPE.

Fondation Mécène et Loire, la figure de proue
Si les études sur le sujet sont peu nombreuses et actuellement en cours, la tendance est claire. «Lorsqu'on dépasse les 30.000 entreprises pratiquant le Mécénat à travers des dons à des oeuvres d'intérêt général, cela montre clairement que ce n'est plus l'apanage des grandes entreprises», analyse Robert Fohr, directeur de la Mission du mécénat au ministère de la Culture. Un dynamisme qui s'affiche ostensiblement dans le Maine-et-Loire. Figure de proue, l'incontournable fondation Mécène et Loire qui a désigné en septembre les 24 lauréats de son 4e appel à projet et de sa première «Bourse» d'une valeur de 45.000 €. Le nom du vainqueur, récompensant un projet porteur d'image pour et sur le territoire autour du thème «Art, innovation et économie en Anjou», sera dévoilé officiellement le 15octobre. L'exemple n'est pas isolé, puisque d'autres acteurs poursuivent leurs actions comme le club de mécènes de l'Abbaye de Fontevraud, ou encore le nouveau club «Mécènes d'Aujourd'hui», spécialisé dans la rénovation du petit patrimoine typique et qui s'apprête à soutenir son premier projet. Sans oublier toutes les actions menées à titre individuel par les entreprises du département. Via un club, une fondation ou un fonds de dotation, un mécénat financier ou de compétence, les moyens utilisés sont multiples. Tout comme les raisons qui poussent les entrepreneurs à faire valoir leur responsabilité sociale: communication externe, renforcement de l'implication des salariés, promotion et renforcement de l'attractivité et de la compétitivité du territoireetc. Différentes stratégies dont le but, s'il n'est pas toujours économique, est créateur de valeur pour tous les acteurs et surtout de «sens» pour l'entreprise.

Clubs, fondations. L'Anjou un territoire en pointe ?

Même si les études sur le sujet sont encore peu nombreuses, le Maine-et-Loire fait figure d'exemple. Sa fondation, présentée comme la première du genre, et ses nombreux clubs attestent de son dynamisme.


L'Anjou ne manque pas d'exemples d'initiatives en matière de mécénat. À commencer par l'emblématique fondation Mécène et Loire. «C'est la première fondation multi-entreprises et multi-thématiques de France», commente Thierry Chevalier, correspondant mécénat auprès de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Responsable de la Mission du mécénat au ministère de la Culture, Robert Fohr, y voit, de son côté, «la première fondation collective d'entreprises dans le domaine culturel avec un programme d'actions territorial». Certains ont déjà dupliqué le modèle, comme la CCI de Perpignan qui a récemment fondé «Mécènes Catalogne».

Fondation du Patrimoine: 426 projets soutenus
Autre exemple, du côté de la Fondation du Patrimoine. «L'antenne angevine est la plus importante de France avec 426 projets soutenus en douze ans, soit la moitié des affaires réalisées dans la région», affirmait il y a quelques mois dans nos colonnes, François-Xavier Gourdon, délégué départemental de la fondation. Ne parvenant pas à satisfaire la demande, elle a même lancé un nouveau club «Mécènes d'Aujourd'hui», en mai2010, pour prendre le relais. En 2008, une vingtaine d'entreprises, comptant près de 2.000 salariés de différents secteurs d'activité ont également signé une convention de mécénat avec l'Abbaye royale de Fontevraud. Un dynamisme à relativiser toutefois, les études réalisées et la remontée d'informations s'avèrent en effet limitées. «En Vendée, en Mayenne et dans la Sarthe, les institutions comme la CCI ne se sont pas encore saisies du dossier», souligne Thierry Chevalier, qui explique le manque de visibilité ailleurs pour comparer. Il précise aussi que «l'activité la plus importante en la matière est à mettre au crédit de la Loire-Atlantique.» Certains experts, comme Fabrice Van Kot, directeur marketing à la fondation de France, voient encore une marge de progression dans le département, comme dans la région: développer le mécénat de compétence et les actions de solidarité, sous-représentés par rapport au mécénat financier et culturel. Pour aller, «jusqu'au bout de la logique de développement du territoire».

Pour en savoir plus...

- Fondation du patrimoine. Tél.: 02.41.39.48.98. - Mécène et Loire. Tél.: 02.41.20.54.45. www.mecene-et-loire.fr - Admical. Tél.: 01.42.55.20.01. www.admical.org - Fondation de France. Tél.: 02.51.83.20.70. www.fondationdefrance.org - La fondation Mécène et Loire organise la deuxième rencontre mécénat et entreprise en Maine-et-Loire, le vendredi 22octobre, à 16h à Terra Botanica. Contact: Cécile Grosbois, tél.: 02.41.20.49.04, cecile.grosbois@maineetloire.cci.fr

JDE | Édition Maine-et-Loire 49 | 8 octobre 2010

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