Fait du mois
Le Grenelle de l'environnement a lancé les entreprises vers le développement durable. Parmi les grands enjeux, celui des déchets et de leur valorisation. Dans la région, de plus en plus de chefs d'entreprise franchissent le pas et développent des solutions, comme la transformation en énergie. Par ailleurs, des PME trouvent des solutions plus locales pour réduire les coûts. Car, il ne faut pas l'oublier, avec les déchets pas question de gagner de l'argent.
Dossier réalisé par les rédactions de la Sarthe, de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire
Selon l'Ademe, les entreprises industrielles et commerciales produisent plus de 20millions de tonnes de déchets non dangereux par an. On y retrouve principalement des métaux issus en grande partie de la métallurgie et des matériels de transports (18%), des papiers et cartons (12%) et des boues issues d'entreprises papetières et des industries agroalimentaires (9%). Cinq régions (IDF, Rhône-Alpes, Nord-Pas-de-Calais, Pays de la Loire et Aquitaine) produisent à elles seules près de la moitié des déchets non dangereux totaux des entreprises. Depuis plus de trente ans, la loi impose de valoriser ces déchets, ce que les entreprises se sont appliquées à faire avec aujourd'hui 80% de taux de valorisation. Mais peut-être est-il possible de faire mieux encore en terme de coûts. Depuis quelques années, les idées ont ainsi fleuri sur une autre utilisation des déchets des entreprises. Valorisation énergétique de ses propres déchets, meilleure efficacité du tri pour diminuer le tonnage annuel, revente ou échange avec des entreprises complémentaires sont quelques pistes de réflexion qui peuvent se révéler intéressantes économiquement.
Enjeu environnemental et économique majeur
Mais attention, que les chefs d'entreprises ne se leurrent pas. On ne gagne pas d'argent avec ses déchets, ils ont un coût comme l'eau ou l'assainissement. Par contre, on peut en limiter la facture et donner une image positive de l'entreprise en terme de communication. Un atout non négligeable avec le boom du développement durable, poussé par le Grenelle de l'environnement. Dans les Pays de la Loire, les exemples sont de plus en plus nombreux. Reste cependant aux acteurs économiques régionaux à se fédérer pour développer les bonnes idées en matière de valorisation des déchets. Trop souvent encore, les solutions sont individuelles et ne sont donc pas déclinées à grande échelle alors que TPE, PME et artisans de tous secteurs d'activité sont concernés. Pourtant l'enjeu est majeur, surtout en période de crise où chaque levier économique prend une importance vitale.
Depuis le 14mai et jusqu'à la fin de l'année, les chambres consulaires et le conseil général de la Sarthe proposent un cycle de conférences sur la problématique des déchets professionnels. Une démarche en lien direct avec le plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés (Pedma), dont l'adoption est prévue avant la fin de l'été.
Quel est l'objectif de ces conférences?
Il s'agit d'augmenter les connaissances de nos professionnels en matière de déchets et de leur donner des pistes pour diminuer la quantité de déchets produits. Les solutions abordées doivent aussi leur apporter économiquement un plus.
Qu'entendez-vous par là?
Nous essayons de démontrer qu'une gestion rigoureuse et efficace des déchets se traduit forcément par une maîtrise des coûts, voire par une diminution. Un déchet qui part vers une filière de valorisation coûte par exemple moins cher qu'un déchet qui part vers l'enfouissement ou l'incinération. Sans compter qu'au-delà de l'aspect économique, les avantages d'une bonne gestion des déchets pour une entreprise sont multiples: respect de la réglementation, motivation du personnel autour d'un thème fédérateur, image de marque d'une entreprise citoyenne et responsableetc.
Quels ont été les thèmes abordés lors de la dernière rencontre du 30juin?
Après avoir abordé le contexte réglementaire lors de la première matinale, nous avons tenté cette fois d'apporter des outils pragmatiques pour permettre aux entreprises de mettre en place une gestion efficace de leurs déchets: comment mobiliser le personnel sur le sujet, comment choisir les filières de valorisation, quels sont les équipements nécessaires pour trier en interne? etc. Et ce, à travers le témoignage de trois entreprises locales.
Et si mes déchets pouvaient servir à quelqu'un d'autre? Voilà une façon innovante de maîtriser les coûts de l'élimination de ses déchets. Certaines entreprises se sont déjà penchées sur la question, avec des résultats positifs à la clé.
La gestion des déchets à un coût, on le sait. C'est pourquoi il peut être intéressant pour une entreprise de voir si ses propres déchets ne pourraient pas être des matières premières pour une autre entreprise. S'il paraît difficile de pouvoir réaliser un gain financier, il est facile de penser que ce type d'opération permet en tout cas d'éviter le surcoût de la valorisation. Parmi les exemples dans la région, on trouve celui des ébénisteries et autres scieries. Plutôt que de faire venir un collecteur pour les sciures, ces professionnels passent des accords avec certains éleveurs. Ces derniers viennent régulièrement vidanger le silo à sciure, matière dont ils se servent en mélange pour pailler par exemple les poulaillers.
Une bourse des déchets dans certaines régions
À Cholet, les déchets des sous-traitants locaux ont servi à une entreprise pour créer son activité. De filles en fil se sert donc de matières premières récupérées pour réaliser des sacs et des petites accessoires de mode. Cette idée que les déchets des uns peuvent être les matières premières des autres a par ailleurs donné lieu à une démarche originale d'un groupement de chambres régionales de commerce et d'industrie. Les entreprises adhérentes à la bourse des déchets disposent ainsi d'un accès à un service gratuit d'annonces d'offres et de demandes de déchets. L'intérêt de cette démarche est triple. En effet, la bourse des déchets aide à maîtriser les coûts d'élimination des déchets, à valoriser ses déchets atypiques difficiles à éliminer par les filières courantes et enfin à faire jouer la concurrence dans son approvisionnement en matières premières de seconde main.
Des entreprises innovantes naissent de la valorisation des déchets. À Bel-Air-de-Combrée, près de Segré (Maine-et-Loire), une nouvelle entreprise va voir le jour. Méta Bio Énergies sera spécialisée dans la production de biogaz et de compost.
Le concept? La production de biogaz par méthanisation et de compost par aération forcée avec traitement de l'air. La société Méta Bio Énergies, qui va s'installer prochainement sur la zone industrielle de Bel-Air-de-Combrée, valorisera notamment les graisses collectées par la société Bouvier-Bricaud, spécialisée dans l'assainissement et dirigée par Marcel Gadbin, à l'origine du projet avec Jean-Paul Chazé. Additionné à d'autres déchets organiques de l'industrie agroalimentaires, des supermarchés ou encore des cuisines, mélangé et broyé, l'ensemble permettra la production de biogaz. «Méta Bio Énergies aura une production équivalente à la consommation électrique de 3.500 foyers et une production d'eau chaude permettant d'alimentaire les industriels voisins et les infrastructures de la commune comme la piscine de Combrée», explique Jean-Paul Chazé. Les restes de la méthanisation seront mélangés à des déchets verts pour produire du compost enrichi qui pourra être vendu à des maraîchers et des agriculteurs.
Un projet créateur d'emplois
Des sites seront installés à Rennes et Nantes afin de récupérer les déchets verts. L'entreprise espère réaliser 30.000 tonnes de compost par an. Cette installation devrait permettre la création de dix emplois. «Et au moins dix autres induits par le transport», soulignent les créateurs. Le chantier devrait bientôt commencer. «Pour l'unité de compostage, les travaux débuteront cette année pour une mise en production fin 2009, annonce Jean-Paul Chazé. Fin 2010, l'usine de méthanisation sera en route.»
De plus en plus d'entreprises mettent en avant leur démarche environnementale auprès des clients mais aussi en interne.
Valoriser sa démarche environnementale peut aider dans les relations avec les acteurs publics, servir d'argument marketing, mais aussi jouer un rôle fédérateur au sein des équipes. Nombre d'entreprises font de la valorisation de leurs déchets un axe fort de communication interne et externe. Côté commercial, la tendance au tout durable est de plus en plus visible. Alors que le prix était parfois le seul critère de choix, la notion d'entreprise citoyenne fait son apparition dans les priorités. Valoriser sa démarche de gestion des déchets auprès de sa clientèle devient alors un vrai outil marketing. Les professionnels du bois par exemple ont bien pris conscience de cette notion. Ils mettent de plus en avant les produits labellisés FSC.
Argument commercial et dynamique d'entreprise
En interne, la mobilisation autour de la thématique des déchets insuffle généralement une dynamique positive. Les salariés se montrent motivés par l'idée de travailler pour une entreprise respectueuse de l'environnement. Dans le cadre de la mise en place d'un tri sélectif plus poussé, le chef d'entreprise devra veiller à ce que ses collaborateurs soient bien formés et surtout bien informés. Pour cela, il peut être intéressant de se rapprocher de son collecteur. Celui-ci pourra expliquer concrètement comment et pourquoi mettre tel ou tel déchet dans un bac plutôt qu'un autre.
Sur le web : - www.ademe.fr - www.123environnement.fr - www.lemans.sarthe.cci.fr - www.bourse-des-dechets.com A lire : - Guide du traitement des déchets, par Alain Damien. Editions Dunod. - La prévention des déchets, par François Valérian. Edité chez Eska. - Les déchets , définitions juridiques et conséquences, par Catherine Ouallet. Editions Afnor. Entreprises : - De filles en fil, Cholet. Claire et Karine Batradière. Tél. : 02.41.58.46.28 - Terrena, Ancenis. Alain Guillemin. Tél. : 02.40.98.90.00.
JDE | Édition Maine-et-Loire 49 | 3 juillet 2009

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