Loire-Atlantique - Vendée

Rencontre

JDE Edition Loire-Atlantique - Vendée 44

Jérôme Choblet. Le Marco Polo du vignoble

ajouté le 10 septembre 2010  -  - Mots clés : Actualité, Rencontre

  • Agrandir le texte
  • Agrandir le texte
  • Réduire le texte
  • Réduire le texte
  • Envoyez l'article à un ami
  • Imprimez l'article
  • Flux RSS
  • L'article au format PDF
  • Ajoutez cet article
  • Réagissez à cet article
  • Partager l'article sur Facebook
  • Partager l'article sur Twitter
A la tête du Domaine des Herbauges à Bouaye, Jérôme Choblet exporte près de 90 % de sa production dans 43 pays. Le solde est vendu en France auprès d'un réseau de cavistes.

Marchant sur les pas de Marco Polo, Jérôme Choblet a fait de la Chine son deuxième pays. À la tête du domaine des Herbauges à Bouaye, le jeune viticulteur y a trouvé un relais de croissance pour ses muscadets également distribués dans 42 autres pays.

Simon Janvier

Avec Jérôme Choblet, viticulteur rime avec globe-trotter. À la tête du domaine des Herbauges à Bouaye, le jeune entrepreneur sillonne le monde depuis 2004, sans cesse à la recherche de nouveaux débouchés pour ses muscadets côtes de Grandlieu. Les chiffres donnent le vertige. En 2009, il aura passé plus d'un mois de l'année à bord de 220 avions. Pour cet habitué des aérogares, une destination favorite: la Chine où il a effectué cet été ses 33e et 34e déplacement depuis 2006!

L'Eldorado chinois
C'est qu'en l'espace de quelques années, l'Empire du milieu s'est transformé en nouvel Eldorado pour le viticulteur boscéen qui y a vendu 80.000 bouteilles sur les 800.000 exportées en 2009 par le Domaine des Herbauges. À la clé, des marges confortables puisque ses flacons y sont vendus entre 20 et 80 € contre 5 à 10 € en France. De quoi faire dire au jeune viticulteur que «les Chinois subventionnent les consommateurs français». Et avec l'élévation du niveau de vie local, le marché n'est pas prêt de se tarir puisque ce sont près de 200millions de consommateurs potentiels qui sont identifiés par les négociants présents sur place. Malgré une croissance à trois chiffres en Chine, Jérôme Choblet a pourtant déjà des envies d'ailleurs. Le Vietnam, la Thaïlande et Sigapour constituent aujourd'hui de nouveaux relais de croissance à l'export pour ses muscadets mais c'est surtout vers le très prometteur marché brésilien, «la nouvelle Chine», selon lui, que le viticulteur concentre aujourd'hui ses efforts.

43 pays clients
Si le domaine des Herbauges exporte aujourd'hui 90% de sa production vers 43 pays, l'Angleterre, l'Allemagne et la Belgique en tête, Jérôme Choblet n'est pas pour autant né avec la bosse de l'export. Après des études de commerce et d'oenologie, il rejoint l'exploitation viticole familiale aux côtés de ses parents en 1998. Les vins du domaine sont alors distribués à 85% auprès de la GMS alors que seulement 40.000 bouteilles partent à l'étranger. C'est finalement à partir d'un échec que Jérôme Choblet va se tourner vers l'international. En 2003, une enseigne de la grande distribution auprès de qui il écoule 65% de sa production souhaite lui imposer 50% de remise ou lui racheter son vignoble. Fin de non-recevoir du jeune viticulteur qui perd son principal client. «Avec ce refus, j'étais marqué au fer rouge par les négociants et il n'y avait que l'export qui pouvait absorber nos65% de production», explique Jérôme Choblet. Malgré un anglais très rudimentaire et des partenaires bancaires plus que circonspects face à sa nouvelle stratégie, l'entrepreneur part prospecter les marchés européens et américains, appuyé par CCI International. Pour se faire une place à l'export, Jérôme Choblet mise sur la qualité de ses vins régulièrement primés - ses vignes sont conduites en agriculture raisonnée depuis 1991 - et sur le marketing et la communication, prenant modèle ici sur les vins du nouveau monde. Pour le marché chinois, les étiquettes de ses bouteilles sont ainsi spécifiquement adaptées à la culture et aux habitudes nationales.

La chance de perdre son premier client!
Passionné de communication, Jérôme Choblet s'est évertué, tous pays confondus, à faire parler de ses vins dans les revues spécialisées ou grand public et à organiser des séances dégustations. Pour mener de front ses activités de viticulteur et d'exportateur, le jeune entrepreneur a appris à déléguer certaines fonctions auprès de ses collaborateurs. Pas question cependant pour lui de s'enorgueillir du succès commercial de son exploitation (2,8 M€ de CA, en hausse de 10 à 15 % par an) à l'heure où le vignoble nantais doit faire face à une crise de surproduction. «Perdre notre principal client il y a quelques années a été finalement notre plus grande chance pour voler de nos propres ailes», reconnaît-il.

«La prochaine étape en Chine, c'est de planter nos propres vignes»


Jérôme Choblet, vous devriez exporter cette année 180.000 bouteilles en Chine contre 80.000 en 2009. Comment une petite entreprise comme la vôtre s'est organisée pour attaquer seule ce marché? Le potentiel sur place est énorme car les vins français ont une image très haut de gamme
alors que le muscadet a encore des problèmes d'image en France, encore plus à Nantes d'ailleurs. Pour autant, le marché chinois est très difficile à aborder car il nécessite beaucoup de présence humaine pour éviter les mauvaises surprises comme la copie. J'ai donc multiplié les allers-retours sur place depuis 2006, environ tous les deux mois, et je me suis appuyé sur un VIE (NDLR: Volontaire international en entreprises), depuis recruté en CDI et installé dans un bureau de représentation à Shangaï. D'ici à la fin de l'année nous devrions en ouvrir un autre à Shenzen. Il a également fallu adapter notre offre au marché chinois avec un vin et une bouteille qui correspondent au goûts locaux. C'est un long travail.
Quels sont vos nouveaux projets en Chine?
La prochaine étape, c'est de planter nos propres vignes sur une vingtaine d'hectares à Penglai, entre Yantai et Qingdao, dans la région du Shandong. Les caractéristiques du sol y sont assez similaires à notre terroir. Dans la même région, les
domaines Baron de Rotschild créent leur propre vignoble sur 25 hectares. Pour exploiter ce futur domaine en Chine, la seule contrainte est que nous avons l'obligation de nous associer à un chinois car un étranger ne peut pas acheter de foncier.
Vous avez également créé début 2010 une société à Hong-Kong...
Effectivement. Je suis passionné de communication et je constatais depuis plusieurs années que certaines entreprises françaises ne parvenaient pas à vendre leurs produits en Chine tout simplement parce qu'elles n'adoptent pas les codes de communication locaux. J'ai donc créé Perfect Sino Developpment. On retravaille la charte graphique de l'entreprise pour la mettre au goût chinois. Cela va des plaquettes commerciales, aux fiches techniques en passant par les objets promotionnels ou les kakémonos. On réalise également des films d'entreprise.
Après la Chine, quels sont les pays que vous visez?
En Asie, le Vietnam, la Thaïlande et Singapour
paraissent des pays prometteurs. Pour les aborder, nous allons nous appuyer dans un premier temps sur le bureau de Shenzen. Le prochain gros objectif, c'est le Brésil. Nous y sommes déjà référencés par un des premiers importateurs du pays. Le marché est énorme. C'est la deuxième Chine ! À partir de là, on peut aussi envisager de vendre nos vins au Paraguay et en Uruguay.
Pour aller à l'export, la solution ne serait-elle pas de mutualiser vos forces avec d'autres viticulteurs?
Les viticulteurs sont assez individualistes mais on tend vers cela. Nous allons d'ailleurs monter un club de vignerons de la Loire avec cinq ou six confrères. L'objectif est de faire des actions communes sur des salons professionnels et de pouvoir proposer une offre plus large à nos clients. Je pourrai proposer à l'étranger leurs effervescents ou leur rouge et, eux, notre muscadet. Nous avons tous compris que l'export, c'est vital et qu'y aller ensemble, c'est plus facile et moins coûteux.

Parcours


1975
Naissance à Nantes
1996
BTS viti-oenologie à Montagne Saint-Emilion
1998
Il reprend en fermage les 17 hectares du Fief Guérin à Bouaye, un des plus prestigieux domaine des muscadets Côtes de Granlieu, avant de s'associer à ses parents au sein du Domaine des Herbauges. Il prend en charge la commercialisation et la récolte de l'exploitation familiale
2003
Le Domaine des Herbauges perd son principal client en GMS représentant 65% de sa production
2004
Premier voyage de prospection aux États-Unis
2006
Jérôme Choblet s'attaque au marché chinois
2009
Le Domaine des Herbauges exporte 800.000 bouteilles soit 90% de sa production

Il aime: - La bonne gastronomie. - Les vins californiens et le Barolo, vin rouge italien. - L'aviation. Il doit prochainement passer son brevet de pilote. Il n'aime pas: - Attendre - Les gens qui se plaignent. «En voyageant, on s'aperçoit que c'est très français», regrette t-il.

JDE | Édition Loire-Atlantique - Vendée 44 | 10 septembre 2010

Vos réactions Aucun commentaire

Masquer toutes les réactions

Votre commentaire

Votre commentaire


Vos réactions Aucun commentaire

Lire toutes les réactions

Palmarès des entreprises 2016

Hors-Série Palmares des entreprises - Novembre2015

Hors-Série Ressources humaines - Septembre 2016


Espace abonnementpapier - web - packChoisissez votre formule


Besoin d'aide ?
Numéro Azur : 0810 500 301

Téléchargez le numéro du mois

JDE édition 44 - juin 2012