Rencontre
Skipper, organisateur de courses à la voile et ingénieur TP, Damien Grimont dirige la société nantaise Blue Ring, qui propose un nouveau concept de port de plaisance. Elle pourrait gagner un premier marché en septembre.
Stéphane Vandangeon
Imaginez un puits de 75 mètres de diamètre. Sous terre, un port à sec comprenant 200 bateaux, un parking de 400 places, des espaces commerciaux, un cinéma. À la surface, une marina avec une cinquantaine de voiliers au mouillage. Voilà ce à quoi pourrait ressembler le port de plaisance de demain, tel qu'il est imaginé par la société nantaise Blue Ring créée il y a trois ans par Damien Grimont. Blue Ring est née d'une rencontre entre deux mondes, celui de la voile et celui des travaux publics. Trait d'union entre ces univers qui d'habitude ne se côtoient pas: Damien Grimont, à la fois skipper, organisateur de courses et ingénieur en travaux publics. Ces carrières, ce quadragénaire adepte du «décloisonnement des mondes», qui partage sa vie entre Vannes où il habite, Nantes, où est basée Blue Ring, et l'océan, sa passion de toujours, les a toujours menées en parallèle.
1ere course, 1ere victoire
C'est par la voile que le jeune Grimont, tout juste diplômé de l'école supérieure des travaux publics et de l'IAE de Paris, commence. Amateur de challenges et de bateaux depuis l'enfance, il réussit, à 25 ans, à convaincre des sponsors et une banque de lui accorder 250.000francs pour participer à la mini-Transat 6,50, dont il termine premier! «Un gros coup de bol, cela s'est plus joué sur un concours de circonstances que sur mes talents sportifs», reconnaît t-il aujourd'hui. Ce succès lui apporte une bonne dose de confiance et Damien Grimont se lance dans une carrière professionnelle, en rejoignant la bande à Desjoyaux, Le Cam et Jourdain au sein de l'équipe Finistère de course au large. «Cela a été une leçon d'humilité. En côtoyant des garçons comme ça, je me suis rendu compte que je ne savais pas faire du bateau». L'aventure dure un an, puis le skipper intègre Bachy, une filiale de GTM Entrepose, entreprise qui l'avait sponsorisé à condition qu'il finisse par la rejoindre. Changement radical d'environnement, car l'univers de Bachy est celui des fondations spéciales. Damien Grimont découvre le métier pour lequel il a été formé. Il est ingénieur travaux et construit des barrages dans les alpes suisses. Cinq ans, plus tard, il débarque à Nantes. Une façon de se rapprocher de la mer tout en assurant la direction locale du centre de profit de Solétanche, avec qui Bachy vient de fusionner. Il utilise alors des techniques issues du monde des fondations spéciales pour construire une cale sèche à Concarneau ou le parking circulaire se trouvant sous le siège de la communauté urbaine de Nantes. L'idée lui vient alors d'utiliser cette technique - la paroi moulée circulaire-pour construire un nouveau concept de port de plaisance. Cette idée se transforme en brevet déposé fin 2006par Solétanche, Damien Grimont en négociant la licence exclusive pour le monde. Quelques mois plus tard, il crée Blue Ring dont Yves Gillet, patron du groupe SCE rencontré à l'arrivée d'une course à Saint-Barth, prend 48% du capital. «On s'est dit en 2007 qu'il fallait trois ans pour réaliser le premier port. D'où le deal réalisé avec Yves Gillet. Il me finance sur trois ans, contre une partie du capital de la société», explique Damien Grimont. Durant ce temps, le jeune chef d'entreprise soutenu par Atlanpole et différents dispositifs publics (conseil régional des Pays de la Loire, FUI) peaufine son concept et entame «un véritable parcours du combattant» (lire ci-contre) pour créer un premier port. Le dirigeant d'entreprise espère d'ailleurs gagner son premier appel d'offres en septembre.
Solidaire du Chocolat
Avec Yves Gillet, Damien Grimont crée aussi en 2009 la Solidaire du Chocolat, une course à la voile reliant Nantes à Cancun, où chaque bateau s'engage à soutenir un projet humanitaire. Au final, 500.000€ ont été récoltés dans cette opération qui sera peut-être renouvelée en 2011. Cette expérience n'était pas la première de Damien Grimont sur le front de l'événementiel. Il dirige en effet depuis 2005 la société vannetaise Profil Grand Large (4 personnes), chargée de recruter des sponsors pour les courses au large et qui organise un autre événement nautique, le record SNSM, dont la sixième édition s'est tenue fin juin à Saint-Nazaire. Entre les premiers pas de Blue Ring, l'organisation d'un événement mêlant nautisme et musique au large en septembre à laTrinité, l'agenda de Damien Grimont est tout aussi chargé qu'éclectique. D'autant que le Nantais prépare la prochaine Route du Rhum en 2011. Il devrait y skipper un bateau qui s'appellera Blue Ring, histoire de définitivement rapprocher sa passion sportive et son projet d'entreprise.
Damien Grimont, qu'est ce qui vous a amené à imaginer le concept Blue Ring?
L'innovation naît parfois de mecs géniaux, parfois de mecs malins. Je pense faire partie de la deuxième catégorie. Je suis plus un rassembleur d'idées qu'un créateur. Je crois beaucoup aux mélanges culturels, à la croisée de mondes qui ne se connaissent pas. Ce qui a été déterminant pour moi, cela a été de rencontrer des gens avec des compétences différentes. Qu'est ce qu'on a fait dans Blue Ring? Assembler des techniques existantes et les utiliser d'une manière nouvelle. Les parois moulées circulaires par exemple, ça existe depuis longtemps dans le monde des travaux publics, pour faire des cales sèches ou des parkings. Mais cela n'a jamais été utilisé pour fabriquer des ports de plaisance. Aujourd'hui, je me retrouve au centre d'un groupement d'entreprises. Je peux m'appuyer sur un gros groupe de TP, Solétanche et sur des spécialistes de l'ingénierie, de la conception et de l'aménagement avec le groupe SCE. Je dois dire aussi qu'Atlanpole m'a beaucoup éclairé sur la démarche à suivre au niveau des aspects techniques, financiers et des aides publiques pour l'innovation.
Quels sont selon vous les atouts de ce nouveau concept de port?
Économiquement, c'est la façon la moins chère de créer une infrastructure. Cela répond aux besoins du marché de la plaisance-il manque des places dans les ports-, sans dévorer énormément d'espace, le stockage de bateaux et les parkings étant enterrés. Sur le plan environnemental, c'est une réponse aux problèmes d'envassement que peut connaître un port comme celui de Trentemoult: le port est autonettoyant. Enfin, sur le plan sociétal, Blue Ring est l'antithèse du port réservé aux riches. C'est un théâtre nautique, on fait rentrer l'eau dans la ville.
Où en êtes-vous aujourd'hui en matière de développement commercial?
C'est un véritable parcours du combattant. Le frein à l'innovation, pour nous, c'est l'administratif et le juridique. L'avantage de Blue Ring, c'est que l'on peut créer des ports dans des endroits qui n'étaient pas prévus pour. Le revers de la médaille, c'est qu'il faut attendre parfois longtemps pour que le PLU change. Et les découpages administratifs sont d'une complexité! Nous avons par exemple mené un projet pendant deux ans avec Saint-Gilles Croix de Vie pour finalement se rendre compte que le terrain appartenait au conseil général...
Quand espérez-vous implanter votre premier port?
Nous menons actuellement une dizaine d'études de faisabilité en France et à l'étranger. Si tout va bien nous devrions signer notre premier port en septembre, suite à un appel à projets mené dans le Sud-Ouest. Cela devrait déboucher sur une première livraison en 2012.
Blue Ring porte aussi un projet collaboratif financé par le FUI...
On travaille sur quatre axes de développement: le port autonettoyant, la manutention des bateaux, de nouvelles portes et la durée de vie du béton. C'est un projet de 2,8M€, qui se termine en 2012 et que nous menons avec plusieurs partenaires, comme Centrale, Solétanche ou SCE. Ce sont pour nous des améliorations qui nous feront gagner en compétitivité.
1966
Naissance à Paris
1990
Ingénieur ESTP
1991
Diplômé IAE Paris
1992
Intègre l'équipe Finistère de course au large
1993
Ingénieur TP chez Bachy
1997
Dirige le centre de profit de Solétanche à Nantes
2005
Crée Profil Grand Large à Vannes
2007
Crée Blue Ring à Nantes
2009
Organise la Solidaire du Chocolat
- La voile, sa grande passion. Skipper, il a participé à cinq Solitaires du Figaro et à six courses transatlantiques. Organisateur de manifestations, il a créé le record SNSM, dont la sixième édition s'est tenue en juin à Saint-Nazaire, et la Solidaire du Chocolat. - La musique. Saxophoniste et flûtiste, il organise en septembre Happy Baie à laTrinité, un festival de jazz couplé d'un grand rassemblement de skippers et de bateaux.
JDE | Édition Loire-Atlantique 44 | 2 juillet 2010


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