Loire-Atlantique - Vendée

L'Enquête

JDE Edition Loire-Atlantique - Vendée 44

Vignoble nantais. Peut-on sauver le muscadet ?

ajouté le 7 janvier 2011  -  - Mots clés : Actualité, Fait du mois

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Le muscadet vit une crise de surproduction mais pas seulement. Le vignoble nantais ne parvient toujours pas à résoudre ses problèmes d'image. Surtout, les viticulteurs restent encore largement tributaires du négoce, faute d'avoir su prendre en main la commercialisation de leur production.

Le vignoble nantais vit une de ses périodes les plus noires. Pour en sortir, un plan de relance se prépare. Il vise notamment à supprimer 20% du vignoble. À contre-courant, certains viticulteurs misent sur l'export et des démarches collectives pour inverser la tendance.

Sur l'échelle de Richter des séismes qui frappent régulièrement le vignoble nantais depuis 20 ans, la crise actuelle est une des plus violentes. Pour certains observateurs, c'est même peut-être la big-one, capable d'emporter avec lui une bonne partie des viticulteurs les plus fragiles. Les chiffres sont terribles: 293.000 hectolitres ont été commercialisés en 2009, 373.000 en 2010. C'est deux fois moins que les 640.000 hectolitres vendus en 2008. Du coup, les stocks gonflent de façon exponentielle. Le surplus est évalué à «250.000 hectolitres au minimum», par le conseil régional. La faute à qui, à quoi? Interloire, l'interprofession des vins de Loire, met en avant le gel qui a frappé le vignoble en 2008 et entraîné un déficit de production qui a fini par déstabiliser le marché... Le grand méchant gel serait donc à l'origine de tous les tracas de la filière? Un raccourci facile pour Bernard Chéreau: «Un coup c'est la faute au gel, un autre à la neige... Mais gérer c'est prévoir. Tout le monde a préféré vendre son vin au prix fort sans faire de réserve. Le négoce a aussi une bonne part de responsabilité. Il s'est livré à une surenchère tarifaire auprès des viticulteurs et on se rend compte que pour un groupe comme Castel, le muscadet aujourd'hui n'est pas stratégique», explique le viticulteur-négociant de Saint-Fiacre.

Remède de cheval
Alors que le marché mondial du vin évolue vers la «consommation plaisir», l'image devin d'entrée de gamme qui colle à la peau du muscadet se révèle problématique alors que dans le même temps d'autres vins, comme le Ménétou-Salon ou le Cheverny, sont devenus très tendance. Problème, si le marasme est général, certains professionnels n'ont pas encore pris conscience de la situation. «Pour certains viticulteurs, les dégâts sont tels qu'ils vont se retrouver dehors, en slip et avec 20 ans de dettes. Mais ils n'en ont même pas conscience. Dans aucune autre profession, on ne verrait ça», déplore ce vigneron désabusé. Face à l'ampleur de la crise, le vignoble se prépare à un remède de cheval. Les pouvoirs publics s'en mêlent. Le conseil régional propose à la profession un plan de relance commun avec l'État, le conseil général, la Chambre d'agriculture.

20% du vignoble supprimé
La priorité, c'est d'abord de régler la crise de sur-production. Une campagne de distillation va permettre d'écouler 80.000 hectolitres de vins nantais. À cela, va s'ajouter un nouveau plan d'arrachage. Cette fois, il s'agira de supprimer 2.500 à 3.000 hectares. Soit 20% d'un vignoble qui ne s'étend plus que sur 11.300hectares. «Une chose est sûre, on n'arrivera jamais à revendre ce qu'on a vendu», estime Joël Forgeau, président de l'ODG Muscadet, persuadé que le marché se situe désormais «autour de 500.000 hectolitres, soit 9.000 hectares». Reste cependant à convaincre la profession à se résoudre à ce nouvel arrachage. L'un des espoirs des vins nantais, c'est la nouvelle cartographie du vignoble. S'inspirant du modèle mis en place dans le Beaujolais avec le Brouilly ou le Morgon, les appelations d'origines communales valoriseront une production tournée vers des vins haut de gamme. Les trois premières du genre verront le jour cette année à Gorges, Clisson et au Pallet (lire par ailleurs). Les secteurs de Goulaine, Saint-Fiacre et Chateau-Thébaud devraient leur emboîter le pas. «Ce seront des locomotives pour tout le vignoble. Dans la tête du consommateur français, il n'y a pas de grand vignoble sans vin de garde», assure Joël Forgeau. Quoi qu'il en soit, il va falloir du temps pour que ces appellations s'imposent dans le paysage vinicole français. D'autant que la communication autour du muscadet, ne fait l'unanimité. Certains jugent les vins nantais noyés dans Interloire, quand d'autres mettent en avant la puissance de frappe des campagnes de promotion des vins de Loire. Au coeur d'une polémique sans fin, les 500.000€ injectés en 2010 dans «Planète muscadet». Il faut dire que le vignoble cultive un goût prononcé pour l'individualisme. Ce qui ne plaît pas du tout à Christophe Clergeau, vice-président du conseil régional, qui plaide pour «un vrai pilotage collectif de la filière». Réponse cinglante d'une des figures du vignoble: «Regrouper vous et vous serez plus fort, c'est des conneries!». Enfin, la profession doit s'affranchir du poids du négoce qui écoule toujours plus de 80% du muscadet. Pour cela, les viticulteurs doivent endosser le costume de chef d'entreprise. Et c'est loin d'être une sinécure. «Trois mois après avoir livré le négoce, des viticulteurs me disent qu'ils ne savent pas combien ils seront payés. On marche sur la tête! Vous connaissez des entreprises qui livrent sans connaître leur prix de vente, vous?», s'offusque un autre vigneron. «On va peut-être assister à un grand ménage et voir naître une nouvelle catégorie de viticulteurs-commerçants», prophétise Bernard Chéreau. Le salut du vignoble pourrait bien passer par l'émergence de cette culture entrepreneuriale.

Les vignerons du Pallet s'unissent

 Vignoble nantais.  Peut-on sauver le muscadet ?

Pour être plus forts, notamment commercialement et à l'export, une dizaine de viticulteurs du Pallet ont décidé d'unir leurs forces. Depuis 2001, ils travaillent à l'élaboration du cru communal Le Pallet, validé en 2010 par l'Inao (Institut national des appellations d'origine). Une démarche collective qui a débouché en 2007 sur la création d'une coopérative pour la production et d'une SARL de commercialisation Just'1 vin. «Chacun de notre côté, on vendait à la GMS et au négoce ou on faisait un peu de vente directe. Mais au final la moitié de nos vins étaient mal vendus. L'idée a été de regrouper le fruit de nos meilleures parcelles pour produire un vin de garde et de gastronomie. Pour nous viticulteurs, c'est aussi plus valorisant de travailler des vins haut de gamme. Surtout, cela correspond davantage au marché. Le muscadet-cassis, c'est fini», explique Michel Bedouet (en photo), un des vignerons impliqués dans cette démarche. Les premières cuvées de la dizaine de vignerons palletais associés s'écoulent en vente directe, chez les cavistes et restaurateurs, en attendant cette année les premières bouteilles estampillées «Appellation Le Pallet». Ainsi regroupés sur un vin haut de gamme, les viticulteurs du Pallet nourrissent de gros espoirs à l'export, en particulier sur les marché anglais et américain pour lesquels deux VIE (Volontaires international en entreprise) ont été recrutés alors que la SARL bénéficie du soutien d'un directeur commercial issu du négoce. «Aujourd'hui, l'export ne réprésente que 5% de nos ventes mais en Angleterre, nous sommes en contacts pour vendre à des grands comptes. Ce qui est intéressant dans cette démarche, c'est que, nous viticulteurs, on commence à penser différemment. À penser entreprise et pas seulement production. On prend en main notre commercialisation et on ne subit plus les choses», ajoute Michel Bedouet. www.vigneronsdupallet.com
L'INITIATIVE

«On ne se bouge pas assez à l'export»

 Vignoble nantais.  Peut-on sauver le muscadet ?


Les exportations de muscadet sont passées de 200.000 à 40.000 hectolitres entre 1990 et aujourd'hui. Comment expliquer cette chute?
Il y a beaucoup de facteurs
comme l'émergence des vins du nouveau monde ou la crise.
Mais je pense aussi que nous, viticulteurs nantais, nous ne nous sommes pas assez bougés à l'export. Je me rappelle que lors d'un débat télévisé au sortir du gel de 2008, un représentant de Castel nous soutenait que vu le faible niveau de production, les producteurs de muscadet pouvaient se contenter du marché français. C'était une énorme erreur. On le voit aujourd'hui.
Le muscadet ne peut donc pas s'exporter ?
Si, mais cela demande du temps.
Il faut trois à cinq ans pour obtenir des résultats à l'export. Malheureusement, souvent les viticulteurs vont une année à l'international, sur un salon par exemple, et jetent ensuite l'éponge faute d'avoir signé tout de suite des contrats. Ceux qui réussissent à l'export, ce sont ceux qui s'inscrivent dans la durée. Si je prends notre cas, au Domaine des Herbauges, nous avons fait nos premiers voyages de prospection à l'export en 2004. En 2010, plus de 90 % de nos bouteilles sont exportées. Pour cela, il faut aller chercher le client.

- Muscadet : 11.300 hectares - 550 exploitations - 10.000 emplois - 373.000 hectolitres vendus en 2010EN CHIFFRES

JDE | Édition Loire-Atlantique - Vendée 44 | 7 janvier 2011

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